Paris : ce que l'on sait de l'agression transphobe de Julia, dimanche, place de la République

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TRANSPHOBIE - Les images de l'agression d'une personne transgenre à Paris ont provoqué un tollé sur les réseaux sociaux ce mardi. Une personne a été placée en garde à vue, avant que celle-ci ne soit levée. Dans le même temps, la victime est sortie de son silence et a fait savoir son intention de porter plainte. On fait le point.

Un calvaire qui a fait le tour des réseaux sociaux. Lundi 1er avril en fin de soirée, SOS Homophobie a diffusé une vidéo montrant l'agression d'une personne transgenre. La séquence, d'une trentaine de secondes, a été filmée à la sortie du métro, place de la République à Paris, ce dimanche. Particulièrement violente, elle a provoqué un tollé, choquant jusqu'aux plus hautes sphères. Où en est l'enquête qui a été ouverte ce mardi ? Qui est Julia, la victime ? Comment ont réagi élus et associations ? LCI fait le point. 

Insultes, crachats, agressions physiques et sexuelles

La séquence a eu lieu dimanche 31 mars, à la sortie du métro place de la République, à Paris. Sur les images apparaissent des manifestants rassemblés contre le maintien au pouvoir du président algérien d'Abdelaziz Bouteflika. Et pour cause, l'agression a eu lieu aux alentours de 20h30, selon les informations de la RATP à LCI. Sur les images, on aperçoit une femme se faire agresser par un groupe de personnes hostiles. Et notamment être frappée par l'un d'eux. 


Mais le calvaire ne se résume pas à ces trente secondes. À nos confrères du HuffPost, la victime raconte comment, alors qu’elle allait prendre le métro, trois hommes lui ont bloqué le passage. "L’un d'eux m’a dit : 'Hé, mais t’es un homme toi !'", témoigne-t-elle. Un affront auquel elle ne répond pas. Préférant dans un premier temps les éviter. "Mais ils m’ont retenue en disant que je devais répondre à leur question. L’un d’eux m’a alors touchée la poitrine en s’étonnant que j’aie effectivement des seins", raconte la jeune femme transgenre, toujours sous le choc.


Peu avant que ne démarre la vidéo, un homme aurait également "sorti son sexe" lui demandant de "lui faire du bien". Après avoir "dégagé sa main", la femme d'une trentaine d'année a choisi de partir dans l’autre sens, en remontant les marches, avant d’être ciblée par des projectiles et des insultes. Un homme l’aurait même giflée. C'est après cette claque que débute la vidéo ci-dessous.

Mais le cauchemar ne s’arrête pas sur les marches de la place de la République. Car une fois en sécurité, Julia raconte, toujours à nos confrères, qu’elle a ensuite dû supporter des propos déplacés venant d'agents de la RATP l'ayant secourue. "Même avec eux, j’ai été humiliée. Ils m’ont appelée 'Monsieur', puis m’ont demandé pourquoi j’étais sur la place de la République pendant cette manifestation, vu les dangers que cela pouvait comporter pour moi", explique-t-elle. Et d’ajouter que les agents lui auraient même conseillé de s'habiller autrement. Une leçon de morale qui l'a choquée. "Je suis en France, je me promène où je veux en ville et je ne devrais pas avoir à craindre que l’on m’agresse parce que je porte un short."

Julia, 31 ans, en transition depuis cinq mois

Sur les images, on peut apercevoir une personne blonde aux cheveux courts, vêtue d'une tunique rayée noire et blanche et portant un short. Elle s’appelle Julia et est transgenre. Une transition qu'elle a débuté récemment. Toujours selon son témoignage auprès de nos confrères, la femme confie ainsi n’avoir commencé à prendre des hormones que depuis cinq mois. "J’avais réussi à avoir confiance en moi et là ils ont tout détruit", regrette-t-elle dans son témoignage. 

Selon Le Parisien, Julia est âgée de 31 ans et a été mise en arrêt de travail ce mardi. Et pour cause, son retour au bureau aurait été particulièrement "difficile". Mais ce qu'elle décrit comme un "choc psychologique" et cette perte de confiance en soi ne l'ont pas abattue. "Ils ne m’empêcheront pas d’être qui je suis, ils n’arriveront jamais à me changer", ajoute-t-elle.

Une enquête ouverte

Une enquête a été ouverte ce mardi du chef de "violences aggravées par la circonstance qu'elles ont été commises à raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre". Dans le cadre de cette procédure, une personne a été interpellée puis placée en garde à vue. "Celle-ci a été levée, les investigations, confiées au commissariat du 3e arrondissement, vont se poursuivre", à indiqué ce mardi une source judiciaire à LCI.


Toujours est-il que la victime a choisi, devant la vague de soutien qui a fait suite à la diffusion de son agression, de porter plainte mercredi. Et ce pour "tous les actes qui pourront leur être imputés". Elle détaille ainsi auprès du Huffington Post vouloir porter plainte pour "agressions, injures, agression sexuelle, harcèlement, harcèlement sexuel..."

Une agression "inadmissible"

Les soutiens n'ont cessé d'affluer sur les réseaux sociaux après la diffusion de cette séquence. Parmi eux, beaucoup d'anonymes ou de membres d'associations. "Juste inhumain", commente un internaute espérant que ces violences soient "prises au sérieux", alors qu'une autre considère qu'il ne faut "rien lâcher" face au "recul des droits et de la tolérance". 

À tous ces messages s'ajoutent également ceux de la sphère politique. La maire de Paris, Anne Hidalgo, s'est emparée du sujet en apportant son soutien à Julia. Se disant "indignée", l'élue de gauche a demandé à ce que les auteurs de cette agression "intolérable" soient "identifiés et poursuivis". Toujours chez les élus parisiens, Alexandra Cordebard, maire du 10ème arrondissement dans lequel a eu lieu l'agression, s'est dite "choquée". L'élue socialiste a annoncé avoir "signalé les faits au commissariat de police de Paris 10" afin que les agresseurs soient "poursuivis".


Au plus haut de l'État, on réagit également. Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'Égalité femmes-hommes a qualifié la séquence d'"inadmissible", rappelant que les "LGBT+ phobies ne sont pas des opinions mais de la bêtise et de la haine. Elles agressent et tuent." Elle aussi a demandé à ce que les "auteurs soient identifiés et poursuivis en justice". 

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