Gilet jaune blessé à la tête lors de l'"acte 23" à Paris : que s'est-il passé ?

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La colère des Gilets jaunes

À LA LOUPE - L'"Acte 23" des Gilets jaunes a été émaillé d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Paris. Une vidéo devenue virale montre un homme le visage en sang. A La Loupe a tâché de comprendre dans quel contexte cet incident était survenu.

La dernière manifestation des Gilets jaunes, ce samedi 20 avril, a été marquée par de fortes tensions dans la capitale : barrières brûlées, feux de circulation cassés, magasins pillés mais aussi violents affrontements avec les forces de l'ordre qui ont fait de nombreux blessés. Parmi eux, des figures du mouvement comme Priscilla Ludosky, Ramous et Jérôme Rodrigues. 


Une vidéo montrant un homme blessé à la tête a été particulièrement partagée sur les réseaux sociaux. Postée sur Facebook dimanche matin à 11h34 par Gino Glaco, elle enregistrait ce lundi après-midi plus de 310.000 vues et avait été partagée plus de 13.600 fois.

La séquence débute avec une charge de policiers, un homme tombe à terre. Un gros plan permet de l'identifier, son visage est en sang. Un CRS - reconnaissable avec son casque à double ligne jaune - l'immobilise avec son genou tandis que le manifestant répète "Je n'ai rien fait". "Ta gueule", lui répond l'agent. Il est ensuite emmené sur le trottoir par deux autre CRS pour recevoir les premiers secours, tandis que son sang continue à couler sur le sol.

Que savons-nous de cette scène impressionnante ? Nous avons pu, tout d'abord, la localiser : elle se déroule au croisement du boulevard Voltaire et de la place de la République, devant le restaurant Pizza Pino. Contacté par LCI, Gino Glaco n'a pas répondu à nos sollicitations mais la vidéo qu'il a postée est en réalité extraite d'une vidéo plus longue, décrivant les tensions de l'"Acte 23". Il s'agit d'images filmées par Clément Lanot, journaliste freelance et publiées sur la chaîne Youtube de CLPress dès le 20 avril (à partir de 26'55). 


On y voit les minutes précédent et suivant l'incident. Une foule de manifestants qui poussent mais sont repoussés par les CRS. Parmi eux, l'homme qui se retrouvera blessé, lunettes sur la tête, est en première ligne face aux CRS. Il en invective certains, mais ne porte aucun geste. Poussé par la foule, il met les mains en l'air. Sur son compte Twitter, Clément Lanot explique le contexte : "des manifestants forcent un barrage pour sortir de République : gaz utilisé."

Nous avons pu nous entretenir avec un des témoins de la scène. Raphaël* est un Gilet jaune parisien de la première heure, il nous dit comptabiliser une quinzaine de manifestions depuis le début du mouvement. Lors de l'incident, il était juste derrière la victime. "Les CRS ont bloqué la place (de la République) et nous ont empêché de sortir", nous explique-t-il. Vers 18h, coincées depuis deux heures, "les personnes ont commencé à être énervées parce qu'ils faisait chaud et que les gaz lacrymogènes ne s'arrêtaient pas", décrit-il. "Nous avons tenté d'aller parler au CRS mais ils ne voulaient rien entendre (...) derrière, ça commençait à pousser, les gens étaient à bout et voulaient juste rentrer." S'en est suivi "un mouvement de foule et là, trois ou quatre CRS ont gazé et frappé toutes les personnes devant eux, dont moi." L'homme sur la vidéo "a été matraqué alors qu'il ne pouvait rien faire vu que des centaines de personnes poussaient derrière lui." Une version confirmée par les images de Clément Lanot.


Raphaël assure que d'autres personnes ont été blessées à ce même moment. Un autre manifestant - un cinquantenaire - aurait été blessé au crâne, mais dans un état moins critique.

L'installation de barrages filtrant autour de la place de la République

Si la vidéo présente quelques ellipses temporelles, la scène a également été filmée en intégralité par le journaliste de Brut, Rémy Buisine (images ci-dessous), depuis un autre point de vue. A partir de 4h23 de vidéo, le journaliste explique que des barrages filtrants ont été mis en place par les forces de l'ordre au niveau des sept axes de sortie de la place de la République. "Il y a plusieurs points de sortie, ici-même à l'endroit où l'on se trouve, les manifestants peuvent quitter la zone par groupe de trois, mais il faut être très patient", chaque départ étant séparé de longues minutes, explique-t-il, avant de souligner que de nombreuses personnes commencent à s'énerver. Au loin, on entend un Gilet jaune crier "Laissez-nous sortir". 


Quelques minutes plus tard, il prévient "ça pousse". Des manifestants font demi-tour et s'écartent, les yeux rougis par des gaz lacrymogènes. Des agents s'appliquent sur-eux mêmes du spray décontaminant lacrymogène. Rémy Buisine explique : "Il y a un Policier qui vient de gazer et juste derrière il y a un de ses collègues qui a dit 'mais qui vient de gazer comme un mongol ?' je cite."


Raphaël tient le même discours. "Un CRS s'est même pris du gaz et ne comprenait pas. Il a dit exactement 'mais put... Qui a gazé ?', clairement ils avaient l'ordre de bloquer tout le monde à République."

Sur la vidéo du média Brut, un homme, brassard rouge "police" au bras tente d'expliquer la démarche : "Comprenez-le, c'est pour éviter les mouvements de foule énorme, c'est un filtrage." Sur la place, de nombreux débordements avaient eu lieu plus tôt dans l'après-midi avec notamment des pillages de magasins et la dégradation d'une banque. 


Un peu avant 15h, la préfecture de police avait demandé aux Gilets jaunes de se désolidariser "des groupes violents (...) constitués dans le cortège à proximité de la place de la République". Mais la méthode n'a pas fonctionné comme l'aurait voulu les forces de l'ordre. Pressés par la foule, les CRS ont riposté pour faire reculer les manifestants.

Rémy Buisine a pu filmer le blessé derrière le cordon de CRS, après être sorti de la place en présentant sa carte de presse. La victime lui a indiqué : "J'ai pris un coup au moment où on nous a dit de reculer". Les CRS qui l'ont pris en charge lui ont appliqué un bandage sur la tête et l'ont couvert d'une couverture de survie.


Contactés par LCI, la Préfecture de Paris et le parquet de Paris n'ont pas donné suite, à l'heure de la publication de cet article, à nos demandes d'informations. Nous ne pouvons donc ni affirmer, ni infirmer qu'une plainte a été déposée et/ou qu'une enquête est en cours.

* Le prénom a été modifié à la demande du témoin.

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