Pauvreté et promiscuité, une bombe sanitaire à retardement à Saint-Denis

Pauvreté et promiscuité, une bombe sanitaire à retardement à Saint-Denis

CRISE SANITAIRE - Le département le plus pauvre d'Île-de-France, très touché par l’épidémie de Covid-19, cumule les facteurs de risques économiques, sanitaires et sociaux. A l'heure de la deuxième vague, la surmortalité à Saint-Denis est quasiment deux fois plus importante que dans l'ouest parisien.

Aux portes de Paris, à seulement une dizaine de kilomètres des beaux quartiers parisiens, la ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est ce qu’on appelle un désert médical. Dans cette commune de 210.000 habitants, il y a en moyenne trois fois moins de médecins généralistes que dans une commune de même taille. On savait la pauvreté plus forte dans les banlieues populaires. Mais avec la crise sanitaire, les inégalités deviennent encore plus criantes. En pleine pandémie, les conséquences sont parfois dramatiques. Le Dr Christina Marbot, généraliste à Saint-Denis, en sait quelque chose. 

Faute de médecins en nombre suffisant, la praticienne multiplie les journées à rallonge. Aujourd'hui, un patient sur trois vient consulter pour une infection au Covid-19. "En ce moment, nous fermons le cabinet à 22 heures", soupire-t-elle. A Saint-Denis, la surmortalité liée à l’épidémie de nouveau coronavirus (Covid-19) est quasiment deux fois plus importante que dans l’ouest parisien. En cause, la précarité. La commune compte beaucoup de travailleurs pauvres et, quand le virus est déclaré, la quarantaine est souvent impossible à respecter. 

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La promiscuité, un facteur aggravant

"Ils ont peur de perdre leur travail et le plus souvent ils refusent de se faire arrêter. Et ceux dont l’emploi n’est pas déclaré ne sont pas payés lorsqu'ils sont arrêtés. Donc ils sont en incapacité de régler leurs frais de santé", souligne le Dr Marbot. C’est d'ailleurs la raison pour laquelle la plupart de ces travailleurs invisibles ne vont pas chez le médecin. Par exemple, Ali, originaire du Bangladesh, vit en collocation dans un appartement de 25 mètres carrés, insalubre, qu'il partage avec cinq autres locataires. Montant du loyer : 100 euros par mois et par personne. Une promiscuité qui, à l’heure du coronavirus, se transforme en véritable bombe à retardement sanitaire. Ce trentenaire en a conscience. Cependant, il n’a pas le choix, dit-il. 

A Saint-Denis, pas moins de 40% des logements sont insalubres. Et dans les appartements, bien plus que dans d'autres communes voisines, on y vit entassé les uns sur les autres. De quoi expliquer en partie les pics de contamination lors de la première vague. Dans un immeuble voisin, une famille avec deux enfants en bas âge habite depuis dix ans recroquevillée dans un appartement de 29 mètres carrés. Le couple paie un loyer de 650 euros. La famille doit pourtant partager les toilettes et la cuisine avec six autres appartements. "Avec le coronavirus, c'est la cata. On ne vit pas, on survit. Ce n'est pas une vie", se lamente la mère de famille.

Les gens s’inquiètent d’abord de savoir comment ils vont payer leur loyer et remplir leur frigo- Sandrine Lugo, bénévole au sein de l'association Les petits frères des pauvres

La municipalité a bien conscience du problème, d'autant qu'il ne date pas d'hier. "La fragilité sociale entraîne souvent une fragilité sanitaire. Quand on a une vague épidémique comme c'est le cas actuellement, c'est un facteur supplémentaire", reconnaît le maire (PS) de Saint-Denis, Mathieu Hanotin. Selon une étude de l’Insee publiée vendredi 6 novembre, le nombre de décès a été en hausse de 22% entre le 1er septembre et le 26 octobre par rapport à la même période en 2019 dans le département de Seine-Saint-Denis. Du fait que "les travailleurs les plus exposés vivent dans ces territoires et que les conditions d'habitat y sont plus dégradées qu’ailleurs, à impact égal, les conséquences du virus ont été aggravées", soulignait lundi au micro de France Bleu le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France, Luc Ginot.

Dans le département le plus pauvre d'Île-de-France, le tissu associatif local tente tant bien que mal de colmater les brèches, multipliant les visites à domicile auprès des publics les plus fragiles, notamment les personnes âgées. "Les gens s’inquiètent d’abord de savoir comment ils vont payer leur loyer et remplir leur frigo. Le coronavirus, pour eux, n’est pas leur priorité", explique Sandrine Lugo, bénévole au sein de l'association Les petits frères des pauvres. A Roubaix (Nord), où la situation est plus ou moins similaire, la mairie a missionné des médiateurs pour se rendre dans les quartiers prioritaires et sensibiliser la population au respect des gestes barrières. 

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