La durée de vie des trottinettes en libre-service est-elle seulement de 28 jours ?

La durée de vie des trottinettes en libre-service est-elle seulement de 28 jours ?
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À LA LOUPE – Soumises à rude épreuve par les usagers, parfois même jetées dans des cours d'eau, les trottinettes en "free-floating" sont-elles condamnées à une durée de vie de quelques semaines, comme l'a laissé entendre un média américain ?

Grises, rouges, vertes, parfois même jaunes, les trottinettes électriques en libre-service (ou free-floating), ont rapidement envahi les grandes métropoles, de Bordeaux à Lyon, en passant par Marseille et Paris. La législation s'adapte peu à peu, avec notamment l'interdiction de circuler sur les trottoirs de la capitale, mesure qui devrait se généraliser à travers la France.

L'impact écologique de ces petits véhicules devient également sujet à discussion, certains observateurs leur reprochant une durée de vie limitée qui les rendrait finalement peu écologiques malgré leur motorisation électrique. Des internautes ont notamment exhumé un article publié début mars aux États-Unis par le site Quartz. Son constat fait froid dans le dos : les trottinettes dans l'espace public ne survivraient que 28 jours.

Une analyse très parcellaire

Pour en arriver à ce chiffre, Quartz s'est penché sur des données publiques, communiquées par l'entreprise Bird lors de son implantation à Louisville, une ville du Kentucky. L'analyse porte sur une période de cinq mois, entre août et décembre 2018. Une fois l'article publié, des médias français ont relayé les résultats, à l'instar de Libération qui reprenait quelques jours plus tard ces "28 jours" sur son site

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Pour les opérateurs qui proposent des trottinettes en libre-service, difficile d'imaginer plus mauvaise publicité. "Cet article, il nous a fait du mal", lâche Alain Rousseau, directeur des relations extérieures chez Circ France, "d'autant qu'il est très éloigné de la durée de vie des modèles que nous proposons". Tout comme les autres opérateurs, il rappelle que seules 129 trottinettes ont été analysées à l'époque par Quartz, une flotte très inférieure à celles observées aujourd'hui dans des villes comme Paris, qui en en compte plusieurs milliers. 

Start-up suédoise, VOI s'est implantée en France, aux côtés des Lime et autres Bird. Son directeur général, Lucas Bornert, explique qu'à l'été 2018, "nous en étions encore aux prémices de cette activité, et les véhicules mis en service à l'époque étaient encore dérivés de ceux proposés au grand public. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis."

Un matériel en constante évolution

Quelles que soient les marques contactées, toutes insistent sur les évolutions subies pas les trottinettes dans les derniers mois, semaines, voire jours. Il n'est pas rare dans le secteur de voir un opérateur lancer un troisième modèle différent en moins d'un an, avec à chaque fois son lot d'évolutions. Chez VOI, on lance ces jours-ci une nouvelle version, "avec aucun câble exposé, des pièces conçues pour être au maximum interchangeables…" La tendance, explique Lucas Bornert, est aux "véhicules plus lourds, plus massifs. Regardez chez tous les opérateurs, tous les modèles ont pris 30-40% de masse. Pour le nôtre, nous avons opté pour des matériaux plus résistants : j'aime bien l'appeler le tank."

Arrivées un peu plus tardivement à Paris, les trottinettes Jump (lancées par Uber), misent sur une expérience dans le domaine du vélo en libre-service. "D'un modèle classique [similaire à ceux proposés au grand public, NDLR], nous sommes passés à un nouveau, plus adapté, avec des roues plus hautes, un cadre plus large où poser ses pieds, et équipé de freins manuels comme ceux des vélos", note Louise Pasin, la responsable communication de la marque. "En 2020, poursuit-il, Jump prévoit une nouvelle évolution matérielle, avec des trottinettes développées en interne et équipées de batteries amovibles, un système éprouvé sur ses vélos et qui permet d'éviter de transporter les véhicules jusqu'à des points de recharge."

Du côté de Lime, l'un des poids lourds du secteur, on explique que la durabilité des modèles se trouve "au cœur du modèle économique". Arthur-Louis Jacquier, le manager général de l'entreprise à Paris assure que "pour pouvoir maintenir la plus longue durée de vie possible", il est indispensable de "se pencher sur la trottinette elle-même", d'où une équipe de 80 personnes dont la mission est de développer des modèles résistants et fonctionnels.

Quelle durée de vie pour les modèles proposés aujourd'hui ?

Si les opérateurs reconnaissent que les premiers modèles de trottinettes observés dans les grandes métropoles françaises n'étaient pas adaptées au free-floating, ils estiment qu'aujourd'hui, la durée de vie a considérablement augmenté. "Elle a été multipliée entre deux et quatre fois", estime-t-on même chez VOI. Grâce au système de remplacement des pièces usagées, observé chez tous les opérateurs, chaque trottinette endommagée peut être remise en service suite à l'intervention d'un réparateur. Circ France indique ainsi que la quasi-totalité de sa flotte mise en service à Paris, lors de son déploiement à la mi-février, reste aujourd'hui en service.

Lime espère pour sa part que sa trottinette classique va dépasser l'année et demie d'utilisation. La version 3, lancée il y a quelques semaines, a pour sa part été conçue pour durer 18 mois. "Il s'agit encore d'une spéculation", évacue Arthur-Louis Jacquier. "Nous devons attendre pour avoir des retours d'expérience. 18 mois, c'est aussi la durée de vie espérée par Bird pour ses véhicules". La marque, dont la flotte avait été observée partiellement par Quartz, a fait elle aussi le choix de se passer des modèles plus grand public utilisés à ses débuts. 

Les avantages d'un secteur ultra-concurrentiel

Malgré le retrait progressif de quelques opérateurs, la concurrence reste rude entre les services de free-floating. Conscient que du matériel dégradé ou non fonctionnel se révèle nuisible en matière d'image, toutes les entreprises investissent dans des services de réparation et de maintenance. Pour s'imposer durablement, et répondre à ceux qui critiquent le bilan environnemental des trottinettes électriques, Bird et ses concurrents mettent en avant leurs efforts. Entrepôts alimentés en énergie renouvelables, véhicules électriques pour transporter les trottinettes dans les villes, mais aussi financement du recyclage pour les matériels usagés et opérations de récupération dans les cours d'eau.

Dans les semaines qui viennent, une nouvelle compétition va se dérouler entre opérateurs : la mairie de Paris va lancer un appel d'offre pour n'en conserver que trois dans la capitale. Une réunion s'est tenue le 26 septembre avec les acteurs du secteur et les représentants de la municipalité, l'adjoint aux transports en tête. Une entrevue qui a confirmé ce que Circ, Jump et consorts préjugeaient : pour espérer conserver une place dans la capitale, il faudra mettre en avant des trottinettes durables, solides, et montrer patte blanche en matière de respect de l'environnement. Publié dans les semaines qui viennent, cet appel d'offre permettra d'y voir plus clair quant aux exigences de la marie, dont la décision finale devrait être communiquée en début d'année prochaine.

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