Vols touristiques "sans destination" : un succès à relativiser

Vols touristiques "sans destination" : un succès à relativiser
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DANS LES NUAGES - Des compagnies aériennes ont proposé ces dernières semaines des vols en partance et à destination d'un même aéroport. L'idée : profiter du plaisir de prendre l'avion et survoler de beaux paysages. Si les places se sont vendues en quelques minutes, il ne s'agit pas (encore) d'une véritable tendance.

Ces derniers jours, de nombreux articles ont relayé l'initiative d'une série de compagnies aériennes, parmi lesquelles l'australienne Qantas. Celles-ci, durement touchées par les restrictions sanitaires et relatives aux déplacements, ont beaucoup souffert ces derniers mois. Une situation qui les a incitées à s'adapter, en proposant à leurs clients d'embarquer pour des vols vers... nulle part. L'idée ? Embarquer puis atterrir dans le même aéroport, pour profiter simplement du plaisir de prendre l'avion.

Qantas a programmé pour le 10 octobre "un vol de sept heures pour découvrir les joyaux du pays, comme la grande barrière de corail ou le rocher sacré d'Uluru", tandis que "l'équipage japonais d'All Nippon Airways propose un thème hawaïen au-dessus de l'archipel américain". Ces vols ont connu un succès certain, les compagnies étant parvenues à vendre très rapidement les places proposées. Ces initiatives, assez similaires dans leur démarche, ont plu a des grand voyageurs, pour qui le manque de l'avion se faisait ressentir. Les médias français qui s'en sont fait l'écho (parmi lesquels LCI) n'ont pas hésité à évoquer un véritable succès, comme Le Journal du dimanche ou Le Parisien, qui assurent que ces vols sans destination "cartonnent". Un engouement qui mérite d'être largement nuancé.

Quelques avions parmi des dizaines de milliers

Si Qantas a largement communiqué autour de cette opération, se réjouissant de ce qui constituait "probablement la vente de billets la plus rapide" de son histoire, il faut relativiser l'impact de ces vols assez particuliers, et se garder de parler d'une tendance de fond. En effet, leur nombre reste pour le moment très limité. Si l'on en croit les informations relatées par les médias internationaux, seuls quelques vols ont pour l'instant eu réellement lieu, quand quelques dizaines d'autres tout au plus seraient pour l'heure programmés. 

Des initiatives qui font bondir les écologistes, déplorant des trajets inutiles à bord de moyens de transports particulièrement polluants, mais qui semblent anecdotiques au regard du nombre de vols commerciaux qui demeurent opérés chaque jour malgré l'épidémie de Covid-19. Selon les données du site Flightradar, qui recense avec précision l'intégralité des vols commerciaux, on a dénombré pas moins de 68.400 décollages pour la seule journée du 22 septembre à l'échelle mondiale. 

Il semble par ailleurs difficile de voir dans ces vols très particuliers un véritable levier pour "amoindrir" des "pertes économiques massives" du côté des compagnies. En effet, affréter dans le contexte actuel quelques vols supplémentaires (avec ou sans destination) n'aura qu'un impact mineur sur les résultats d'exploitation de ces entreprises. Pour s'en convaincre, il suffit en effet d'observer les déclarations de l'Association internationale du transport aérien (IATA), qui expliquait encore récemment que "le trafic aérien mondial en juillet, exprimé en passagers-kilomètres, était inférieur de 79,8 % à celui de l’an dernier". Flightradar dénombre de son côté environ moitié moins de vols commerciaux en cette rentrée qu'à la même époque en 2019.

Le développement de ces vols pourrait se voir freiné par les défenseurs de l'environnement, pour qui il est irresponsable de vouloir à tout prix compenser la réduction d'activité d'un secteur à l'origine d'émissions de gaz à effet de serre considérables. Des critiques auxquelles Qantas a tenté de répondre, promettant "face aux critiques" de "payer le coût des émissions de carbone engendrées par ses vols panoramiques", note le JDD.

En résumé, il est vrai que des voyageurs contraints de ne plus voyager à cause du Covid-19 ont manifesté un intérêt majeur pour ces vols sans destination. Néanmoins, le nombre très réduit de trajets enregistrés et les oppositions à leur développement doivent être pris en considération pour modérer l'engouement généré. Opérations réussies de communication, de tels vols ne peuvent surtout pas constituer une ressource palliative pour les compagnies aériennes, dont l'activité a été particulièrement réduite avec l'épidémie de Covid-19.

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