Primaire de la droite : Juppé est-il aussi "mou" que le suggère Sarkozy ?

PRIMAIRE DE LA DROITE ET DU CENTRE

BRAS DE FER - Dans une tribune publiée sur Facebook, Nicolas Sarkozy accuse son rival Alain Juppé de ne pas porter un projet "d’alternance franche". Qu’en est-il réellement ?

"Je ne retrouve pas dans son programme la volonté de changement que l’on perçoit dans les projets des autres candidats". A quelques heures du deuxième débat de la primaire de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois dépeint son principal rival, Alain Juppé, comme le candidat de l’alternance molle, tandis que lui se targue de porter une "alternance franche". 

Reprochant à son adversaire de ne pas avoir "une ligne politique claire, en rupture franche et complète avec les socialistes", il estime dans une tribune publiée sur sa page Facebook que le maire de Bordeaux, "marqué probablement par son expérience des réformes bloquées par la rue en 1995 et par la dissolution", ne saurait pas réformer la France en profondeur. 

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    Pourtant, lorsqu’on lit le programme d’Alain Juppé, il n’est pas si singulier que le prétend Nicolas Sarkozy. D‘ailleurs, les deux candidats portent un certain nombre de propositions similaires, même si l’ancien chef de l’État préfère dans sa tribune cibler leurs divergences et négliger leurs points communs.

    Ainsi comme lui, Alain Juppé veut diminuer de 300.000 le nombre de fonctionnaires. Comme lui, il défend une baisse massive des charges pesant sur les entreprises afin de faciliter la création d’emplois. Comme lui, il propose la suppression de l’ISF et du tiers payant généralisé pour les médecins.

    Un programme pas si différent

    Comme lui toujours, il entend faire baisser de 100 milliards les dépenses publiques. D’ailleurs, selon le chiffrage effectué par l’Institut Montaigne, la promesse du maire de Bordeaux est plus prometteuse que celle de l’ancien chef de l’État. En décryptant leurs programmes respectifs, le think-tank ne parvient qu’à 73 milliard d’euros d’économies concernant Nicolas Sarkozy, contre 80 pour Alain Juppé.

    Dans la lutte contre le terrorisme, le programme de Nicolas Sarkozy peut apparaître plus répressif. Par exemple, son idée d’enfermer dans un centre de rétention fermé "les individus français fichés et susceptibles de constituer une menace pour la sécurité seront placés" n’est pas soutenue par l’ancien Premier ministre.

    Soucieux d’efficacité, Alain Juppé préconise de son côté de "recréer un véritable réseau du renseignement territorial, de proximité, très affaibli avec la suppression des Renseignements Généraux en 2008, pour identifier en amont les personnes radicalisées à partir des signaux faibles récoltés sur le terrain et déjouer les projets d'attentats terroristes", ainsi que le rétablissement de "la double peine pour les condamnées étrangers radicalisés", elle aussi supprimée par Nicolas Sarkozy.

    "Lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp"

    Sur les questions d’immigration, Nicolas Sarkozy se montre bien souvent plus ferme qu’Alain Juppé. Mais si la tonalité de leurs discours les distingue, leurs propositions ne sont pas si différentes. Tous deux veulent limiter l’Aide médical d’État aux seuls cas d’urgences vitales et réduire les conditions d’accès à la nationalité française. Si le maire de Bordeaux ne défend pas la suspension du regroupement familial comme l’ancien président de la République, il préconise toutefois de le "limiter fortement". 

    Leur grand désaccord finalement, comme le répète Nicolas Sarkozy, c’est leur rapport avec le Modem de François Bayrou. "Dans un moment de notre histoire où l'autorité de l’Etat est à ce point contestée, où les ravages de la délinquance exigent le retour à une fermeté implacable, nous ne pouvons prendre le risque de céder devant ceux qui se montrent si souvent plus sensibles aux principes de la bien-pensance qu’à l'urgence d’action exigée par les Français", écrit l’ancien locataire de l’Élysée dans sa tribune sur Facebook.

     Un argument qui relève avant tout de la posture. Comme le rappelle les partisans d’Alain Juppé, la nécessité d’un vaste rassemblement, allant jusqu'aux "déçus du hollandisme", sera un atout pour assurer à l’opposition un retour au pouvoir. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy lui-même défendait en 2007 l’idée de s’allier avec "celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui parfois même nous a combattus, car lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp". 

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