Primaire à gauche : les impôts, ce thème discret du premier débat

PRIMAIRE PARTI SOCIALISTE

SUJET SENSIBLE - La fiscalité figurait au menu du premier débat de la primaire, jeudi soir sur TF1. Et pourtant : au lendemain de la confrontation, les positions de chacun sur ce sujet sensible sont encore à clarifier. Revue de ce qui a été dit.

Les impôts, moins on en parle, mieux on se porte. Et quand on en parle, les mots "baisse" ou "hausse" sont à utiliser avec des pincettes. La question fiscale, qui s'était invitée dans les débats de la primaire de la droite, notamment autour de la TVA et de l'impôt sur le revenu, a fait une timide apparition jeudi soir lors de la confrontation entre les candidats de gauche, qui ont manifestement plus de facilité à parler du "pouvoir d'achat" des Français. 

Alors que leurs programmes respectifs sont déjà relativement peu développés sur le chiffrage précis des mesures fiscales, les sept protagonistes ont entretenu, durant ces deux heures de débat, un flou relatif sur leurs intentions exactes en la matière. Tout juste ont-ils esquissé une philosophie générale. Une donnée qui fait défaut, compte tenu de l'ambition affichée par certains en matière d'investissements et de lutte contre les inégalités. 

Hamon met les pieds dans le plat

Pour financer ses propositions, dont la création du revenu minimum d'existence, Benoît Hamon était l'un des rares, jeudi soir, à sortir du bois sur le sujet. Sans entrer pour autant dans les détails chiffrés. "L'impôt, les Français y consentent quand il est juste", a esquissé le député des Yvelines, dont le projet est le plus à gauche dans cette primaire. Celui qui veut "penser la fiscalité différemment" a réitéré sa proposition de "taxe sur les robots", tenant compte de "l'impact de la révolution numérique sur nos emplois". Il a également préconisé de "fusionner" la fiscalité sur le patrimoine, entre l'impôt sur la fortune et la taxe foncière, et de faire "évoluer" l'impôt sur le revenu en le fusionnant à la CSG et en créant dix tranches d'imposition au lieu de cinq actuellement. Traduire : il faudra taxer les plus aisés pour financer, notamment, son projet de revenu minimum, estimé à lui seul... à 300 ou 400 milliards d'euros

A l'opposé, Sylvia Pinel a livré un objectif fiscal, mais cette fois au profit des entreprises. La candidate PRG souhaite baisser le taux de l’impôt sur les sociétés à 20% et élargir son assiette dans le cadre d’un “vaste plan pour soutenir nos entreprises”. Une proposition comparable à celles qui avaient été formulées... lors de la primaire de la droite. 

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Primaire à gauche, le débat : Vincent Peillon se paye Benoît Hamon sur la taxe sur les robots et Manuel Valls sur la défiscalisation des heures supplémentaires

Peillon hostile aux hausses d'impôts, Valls préfère parler de "défiscalisation"

Très critique sur le projet de Benoît Hamon, qui serait financièrement insoutenable selon lui, Vincent Peillon, qui préconise des allègements de 7 milliards d'euros pour les plus modestes, estime que "la gauche ne pourra pas gagner" avec un projet consistant à dire que l'on souhaite "taxer les robots". "Le revenu universel est une belle idée", juge-t-il aussi, "mais qui payera les 400 milliards ?" Le député européen, favorable à un "bouclier fiscal" pour les plus modestes, s'est en revanche prononcé pour la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu, mesure déjà défendue en son temps par François Hollande mais finalement écartée au profit de baisses pour les ménages les plus modestes. Il prône aussi un plafonnement de la taxe d'habitation pour les plus modestes. Des mesures censées être financées par des économies sur les dépenses. 

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Baisse d'impôts, plefonnement de la taxe d'habitation, comment Vincent Peillon compte-t-il financer ?

Manuel Valls, qui regrette les hausses de prélèvements durant la première partie du quinquennat de François Hollande, a estimé qu'une "économie a besoin de stabilité sur le plan fiscal" et s'est prononcé pour la poursuite de la baisse des impôts "pour les classes moyennes". Mais concrètement, l'ex-Premier ministre préfère prôner, pour "redonner du pouvoir d'achat" aux Français, la défiscalisation des heures supplémentaires initiée en son temps par Nicolas Sarkozy mais abandonnée par la gauche. Un cadeau qui coûtait malgré tout 1.5 milliard d'euros par an à l'Etat.

Montebourg prend des pincettes, de Rugy sonne l'alerte

Arnaud Montebourg, qui défend un vaste programme d'investissement public pour relancer l'économie, quitte à écarter l'objectif des 3% de déficit défini par Bruxelles, reste très prudent sur la fiscalité. "Le seul impôt que je m'autorise à augmenter, c'est un impôt sur les super-profits des banques", a-t-il plaidé jeudi soir, à hauteur de "5 milliards par an". Car si "la France est toujours en crise, les banques en sont sorties". Pour le reste, la fin des crédits d'impôts (CICE) pour les grands groupes "qui n'en ont pas besoin" doit permettre de financer son projet en faveur du pouvoir d'achat, qu'il évalue à 6 milliards d'euros (10 milliards selon l'institut Montaigne). En outre, l'ex-ministre du Redressement productif veut abaisser la CSG pour les personnes au Smic. 

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Primaire à gauche, Le débat : Pour annuler les hausses d'impôts sur les classes moyennes et populaires, Arnaud Montebourg veut prendre 5 milliards aux banques

Finalement, c'est François de Rugy qui a sonné l'alerte. "Quand j’entends parler de dépenses supplémentaires, je sais que la prochaine étape, ce sont les Français qui sortiront leur carnet de chèque", a lancé le député écologiste à ses concurrents. "Les classes moyennes ont déjà payé trop", estime celui qui propose "une hausse du salaire net" à travers la suppression de la "cotisation famille". Précision utile toutefois : ce coup de pouce serait "compensé"... par la CSG. A gauche, le débat fiscal est manifestement loin d'être clos. 

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