Valls, Montebourg, Peillon, Hamon... : que proposent les candidats de la primaire de la gauche sur l’Europe ?

COMPARATIF - Régulièrement vilipendée comme la mère de tous nos maux, l’Union européenne reste néanmoins un enjeu politique essentiel. Afin de réconcilier les Français avec elle, tous les candidats à la primaire de la gauche prônent une redéfinition de ses missions. Mais si leur objectif est le même, leur manière d’y parvenir diffère.

Jean-Luc Bennahmias

Conscient des blocages qui ralentissent les prises de décisions au sein de l’UE, le président du Front démocratique veut créer "un noyau européen de pays de situations économiques comparables, qui assurent à leurs habitants une garantie de niveau de vie avec des minimas sociaux, un salaire minimum, une fiscalité commune, en priorité, celle des entreprises".


L’ancien député européen défend également un budget commun d’investissement "pour une Europe qui investit et prépare l’avenir". Il suggère aussi d’encourager et de renforcer le dispositif Erasmus.

Benoît Hamon

L’ancien ministre de l’Éducation nationale a de grandes ambitions pour l’Europe. Outre défendre une harmonisation fiscale entre les États membres, il souhaite instaurer "un salaire minimum par pays à hauteur de 60% du salaire moyen".


Afin de relancer la croissance en Europe, il plaide pour "un moratoire" sur le pacte de stabilité et le pacte budgétaire, une évolution des statuts de la Banque Centrale Européenne (BCE) ainsi qu’une mutualisation de la dette européenne. "Il faut que les Etats soient solidaires en se portant caution mutuellement sur leur dette actuelle et en émettant pour l’avenir une dette commune", explique l’ancien député européen.


Benoît Hamon veut également lancer un plan d’investissement de 1000 milliards centré sur la transition écologique afin de "reconstruire la légitimité de l’Union Européenne sur cette thématique fondamentale".

Arnaud Montebourg

Conscient de l’atonie de l’Union européenne, l’ancien ministre de l’Économie veut négocier un nouveau traité de Rome. A ses yeux, l’UE "est dans la situation d’une entreprise en faillite qu’il faudrait restructurer pour la sauver. Si on ne (la) réforme pas radicalement, nous savons qu’elle mourra", explique-t-il. 


Il propose pour cela de créer un gouvernement économique de la zone euro et de faire de l’emploi la nouvelle priorité de la BCE. En cas de blocage, il se dit prêt à engager un bras de fer en s’alliant avec les pays réformateurs contre "les conservateurs allemands et leurs alliés".


Comme la plupart de ses concurrents à la primaire, il désire aussi suspendre la directive sur les "travailleurs détachés".

Vincent Peillon

Selon l’ancien ministre de l’Éducation, l’UE est "au bord du précipice". Sans un "sursaut", "l’Europe se défera comme c’est le cas aujourd’hui. Et si l’Europe se défait, la France se défera aussi", prédit Vincent Peillon.


Son idée phare : un "new deal" européen afin d’"assurer les investissements nécessaires à la croissance et garantir notre modèle social tout en respectant nos engagements européens". Il plaide aussi pour un budget de la zone euro, lui permettant de s'endetter à la place des Etats membres. 


En revanche, le député européen est un partisan de la conciliation et fustige "le sabre de bois d’une renégociation des traités purement verbale et unilatérale". S’il est élu, il discutera avec les autres pays de l’Union afin de lancer "un plan d’investissement de 1000 milliards d’euros pour la transition énergétique, le numérique, les télécommunications, la recherche, l’innovation, la formation, la jeunesse".

Sylvia Pinel

La présidente du PRG se dit "convaincue de la nécessité d’une réponse européenne aux problèmes de notre temps". Pour elle, l’UE a besoin d’un nouveau traité qui permettra notamment l’instauration "d’un gouvernement économique de la zone euro". L’harmonisation des fiscalités directes et de la fiscalité des sociétés sera l’une de ses priorités. 


Afin de rapprocher les institutions nationales et européennes, Sylvia Pinel propose de modifier le mode d’élection des représentants au Parlement européen. "Ceux-ci devront être élus dans le cadre de circonscriptions correspondant aux régions", suggère-t-elle. Les députés européens seront également inviter à "rendre compte de leur mandat, une fois par an, devant les conseils régionaux".

François de Rugy

Le député écologiste considère que "cette campagne présidentielle doit être un moment de vérité sur l’engagement européen de la France". Partisan d’une "nouvelle alliance franco-allemande", il propose la création d’un poste de "haut-commissaire, ayant rang de ministre". Celui-ci serait chargé d’engager avec l’Allemagne des discussions dans trois directions : la convergence de l’impôt sur les sociétés, la fusion progressive de l’ensemble des représentations diplomatiques de nos deux pays à l’étranger et sur le renforcement des échanges scolaires et universitaires.


François de Rugy prône également "un green deal à l’échelle de l’Europe" afin que l’Union se dote d’une capacité d’intervention économique renforcée dans les domaines de la transition écologique. Dans cette optique, il plaide pour la mise en œuvre d’une TVA européenne. Il suggère aussi la modulation des taux de TVA en fonction des qualités écologiques des produits consommés.

Manuel Valls

Comme la plupart de ses concurrents, l’ancien Premier ministre estime que l’UE traverse "une profonde crise de sens". C’est pourquoi il souhaite organiser "une conférence de refondation qui devra créer les conditions d’un consensus indispensable à la survie du projet européen".


"Ce nouveau consensus, il faudra le bâtir idéalement à 27, mais si ça n’est pas possible, alors on le fera avec tous ceux qui y seront prêts, à commencer par l’Allemagne. L’Europe différenciée, fondée sur différents cercles, doit cesser d’être un tabou", ajoute l’ancien locataire de Matignon. 


L’un des objectifs de l’Europe, à ses yeux, est de "défendre sa souveraineté économique". C’est pourquoi il propose que "tout produit qui entrera sur le marché intérieur en violation des règles sociales et environnementales européennes soit taxé à due proportion de cette violation".


Il est également favorable à "un grand plan d’investissement public et privé pour sortir de cette anémie chronique de la croissance". Ces financements seraient injectés dans la transition énergétique et la révolution numérique. Enfin, Manuel Valls veut changer les règles de la PAC en suggérant "une initiative pour une exception agriculturelle, sur le modèle de l’exception culturelle".

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