Revenu universel, Europe, sécurité... Avant d'aller voter, comparez les programmes de Hamon et Valls

CHOC DES PROJETS – Revenu universel, loi Travail, fiscalité, droits des femmes… Une chose est sûre, les sujets de désaccords entre Benoît Hamon et Manuel Valls ne manquent pas. Ce dimanche, deux projets politiques très différents s’affrontent donc lors du second tour de la primaire de la gauche.

Revenu universel

C’est le sujet qui fâche ! Benoît Hamon en a d’ailleurs fait l'axe central de sa campagne : un revenu universel versé à tous les citoyens. Il s'agit d'un objectif à long terme : dans un premier temps, le RSA serait augmenté de 10%, à 600 euros mensuels, et un revenu d'existence versé à tous les jeunes jusqu’à 25 ans. Puis une "conférence citoyenne" fixerait dans un second temps le périmètre et le calendrier de cette réforme.


Mais aux yeux de Manuel Valls, cette mesure est à la fois "irréaliste" d’un point de vue budgétaire et contraire à sa philosophie du travail. Lui suggère de garantir aux plus démunis un minimum décent d'environ 800 euros par mois.

Loi Travail

C’est l’un des textes de loi les plus controversés du quinquennat de François Hollande. Naturellement, l’ancien Premier ministre continue à défendre comme "une avancée" cette loi qu'il avait fait adopter à coups de 49.3. Benoit Hamon, lui, entend l'abroger. 


Lors du premier débat sur TF1, il avait dénoncé les dispositions de ce texte "qui facilitent le licenciement et qui fragilisent les salariés au moment où ils cherchent à préserver leur emploi". A la place, il promet "une vraie loi Travail qui se préoccupe des conditions d’amélioration des salariés".

Fiscalité

Pour favoriser le pouvoir d'achat, Manuel Valls veut rétablir -en la plafonnant- une mesure adoptée par la droite puis supprimée par la gauche : la défiscalisation des heures supplémentaires. Il promet aussi de rétablir l'avantage fiscal (la demi-part) dont bénéficiaient les veuves et veufs ayant élevé des enfants, qu'avait supprimé la droite et que la gauche n'avait pas rétabli.


Benoît Hamon défend de son côté la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu, estimant que cela introduirait plus de justice fiscale. Il propose aussi de fusionner l'impôt de solidarité sur la fortune et la taxe foncière. Il veut enfin faire payer des cotisations sociales aux employeurs remplaçant des salariés par des robots.

Europe

Si les deux finalistes de la primaire jugent l’Europe malade, leur remède pour la régénérer est différent. Benoît Hamon plaide pour "un moratoire" sur le pacte de stabilité et le pacte budgétaire, une évolution des statuts de la Banque Centrale Européenne (BCE) ainsi qu’une mutualisation de la dette européenne et une harmonisation fiscale. 


Manuel Valls, lui, souhaite organiser "une conférence de refondation qui devra créer les conditions d’un consensus indispensable à la survie du projet européen". Et si les 27 ne sont plus capables de se mettre d’accord, l’ex-locataire de Matignon ne sera pas hostile à "une Europe différenciée", fondée sur différents cercles. 


Seul point d’accord entre les deux finalistes, la mise en place d’un plan d’investissement de plusieurs centaines de milliards d’euro pour favoriser la transition écologique et faire face à la révolution numérique. 

Ecologie

Benoît Hamon a tout fait pour se présenter comme le plus écologiste des candidats à la primaire de la gauche avec des promesses ambitieuses comme la sortie du diesel grâce à l'horizon 2025 ou encore la fermeture des centrales nucléaires en fin de vie au profit des énergies renouvelables. Manuel Valls se montre plus prudent, parlant simplement "d'accélérer la convergence des fiscalités essence et diesel", mais réaffirme que la part du nucléaire dans la production d'électricité passera de 75% à 50% d'ici 2025.

Sécurité

Une fois n’est pas coutume, les deux candidats portent des propositions convergentes en matière de sécurité. Tous deux souhaitent notamment embaucher des policiers et de gendarmes supplémentaires. Manuel Valls veut en revanche mettre l’accent sur la lutte contre l’islamisme radical, le salafisme, et l’influence des frères musulmans. Pour cela, il préconise d’expulser les prêcheurs de haine, de dissoudre les associations extrémistes et de lutter sur Internet et dans les prisons contre la radicalisation.


De son côté, Benoît Hamon suggère de lancer une stratégie de coopération européenne dans le domaine de la défense et aboutir à la création d'une agence de renseignement européenne. En ce qui concerne les forces de l'ordre, il souhaite une véritable police de proximité qui doit connaître réellement la population qu'elle protège. Il propose enfin d'instaurer une prime pour les forces de l’ordre présentes dans les zones très difficiles. 

Droits des femmes

On dénombre sept propositions en faveur de l’égalité femmes-hommes dans le programme de Benoît Hamon. La première d'entre elles : la création d'une "brigade de lutte contre les discriminations", qui devrait aller de paire avec le "respect de l'égalité salariale" et "des règles de parité en politique" souhaités par le candidat. Très concrétement, les amendes infligées aux partis politiques ne respectant par la parité serviront, promet Benoît Hamon, à doubler le budget du ministère des Droits des femmes. Par ailleurs, le favori des sondages souhaite faire passer le délai de prescription du viol à 20 ans (il est actuellement de 10 ans pour les majeurs) et multiplier les centres d'accueil du Planning Familial en France. Au sujet de la gestation pour autrui (GPA), Benoît Hamon souhaite l'autoriser aux couples de femmes homosexuelles. Enfin, le congé paternité sera aligné sur le congé post-natal des mères, et un service public  de la petite enfance sera créé afin de faciliter la vie active des femmes. 


Du côté de Manuel Valls, on note cinq propositions. Tout d'abord "mettre la question de l'égalité professionnelle entre hommes et femme au coeur d'une conférence sociale entre pouvoirs publics et partnaires sociaux", ensuite "partager le congé parental dans les couples". L'ex-Premier ministre donne par ailleurs deux objectifs chiffrés : "diviser par deux en cinq ans les inégalités d'accès à l'emploi" et "doubler en cinq ans le nombre de femmes dans les carrières scientifiques et technologiques". Enfin, Manuel Valls assure qu'il ne tolérera "aucune exclusion des femmes dans les lieux publics".


En réalité, la principale différence entre Hamon et Valls, en matière de Droits des femmes, réside dans leur perception de la laïcité. Manuel Valls milite pour une "laïcité exigeante" et se veut favorable à l’interdiction du voile à l’université. Benoît Hamon, lui, lors du dernier débat télévisé, a péféré faire l’éloge de la loi de 1905 : "Ce n’est pas un dogme, ce n’est pas la religion de ceux qui n’en ont pas. Là où le voile est imposé à une femme, nous devons tout faire pour que cette femme n’ait pas à être soustraite au regard des hommes. Là où une femme librement veut porter le foulard islamique, et il en existe, au nom de la loi de 1905, elle est libre de le faire" a-t-il expliqué. Une conception qui se rapproche davantage d’une vision inter sectionnelle du féminisme, bien loin des positions d’Elisabeth Badinter ou de Caroline Fourest dont se réclame Manuel Valls. 

Cannabis

Plus anecdotique mais tellement symbolique de leurs divergences : Benoît Hamon prône la légalisation de l'usage du cannabis, pour "tuer les trafics" alors que Manuel Valls refuse une telle libéralisation qui n'empêcherait pas, selon lui, les trafics de continuer.

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