Dites-nous où vous partez en vacances, on vous dira qui vous êtes

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PARTIR - Avec ou sans enfants ? Seul, en couple ou avec ses amis ? En France ou à l'étranger ? Chacun a une idée bien précise de la manière dont il souhaite passer ses vacances d'été. On détaille les différents profils avec un psychiatre.

"Partir", chantait ce cher Julien Clerc. Mais partir où ? Comment ? Avec qui ? Comme chacun le sait, le secret pour réussir ses vacances, c’est avant tout de faire des choses qui nous plaisent vraiment, sans se soucier du reste : rompre avec la pression de la vie quotidienne, se rapprocher de ses valeurs personnelles et s'accorder du temps pour soi, pour les autres, pour ceux que l'on regrette de ne pas voir assez (famille, amis etc.). Mais qu'est-ce que notre choix de destination raconte de nos vies ? On fait le point avec le psychiatre Jérôme Palazzolo. 

Si vous aimez partir en club de vacances

Difficile d'échapper aux publicités vantant les mérites des célèbres enseignes de "clubs de vacances" resurgissant tous les étés. Et nombreux sont les Français, au départ rétifs, qui cèdent à la perspective de rester "entre touristes" : "Partir en club, ce n'était pas du tout mon type de voyage à la base", témoigne sur un forum Caroline, 38 ans, mère de deux enfants. "Mais comme j'avais besoin de respirer et que les enfants sont gérés toute la journée, je me suis surprise à adorer ça."

 

L’œil du psy : "Les clubs de vacances sont très souvent sollicités par les personnes qui travaillent plus de 60 heures par semaine tout au long de l’année et qui souhaitent se reposer pendant leurs congés, ne pas suivre d’emploi du temps spécifique, juste 'profiter' de l’instant. Cela explique leur succès : tout est pris en charge,  ce qui déleste d'un sacré poids." 

Si vous aimez faire de la randonnée

Selon une étude IFOP, la campagne (24% des vacanciers français font ce choix cette année, 3 points de plus par rapport à 2018) et la montagne (23%, soit 5 points de plus) semblent avoir de plus en plus les faveurs de ceux qui partent : "La randonnée a su combler toutes mes envies de vacances et avec mon compagnon, on adore être dépaysés", nous assure Lucile, 26 ans. "Avoir accès à des paysages magnifiques insoupçonnables 'à portée de pieds', c'est un sentiment de liberté permettant de dormir à l'opportunité, dans un hôtel ou avec une mini-tente duvet dans la forêt."


L’œil du psy : "Ces esprits aventuriers veulent être en perpétuel mouvement, leur refus de l'ennui s'expliquant par le simple fait que ne rien faire est à leurs yeux une perte de temps. Ils doivent absolument bouger, découvrir de nouveaux paysages tous les jours... ils vont alors chercher à optimiser leurs journées avec un maximum d’activités. Cela peut aussi être pour certains couples la recherche d'un moyen de se reconstruire, hors des contingences du quotidien."

Si vous aimez rester avec vos enfants

"Les grands-parents n'arrêtent pas de nous tanner pour qu'on leur laisse les petits", peste Valérie, 40 ans, maman de trois enfants. "Mais désolé, pour les grandes vacances, il est hors de question de les confier ou de les envoyer en colonie, je veux passer le plus de temps possible avec eux".


L’œil du psy : "Ce genre de remarque concerne ceux qui ont un agenda "overbooké" pendant l’année et qui perçoivent les vacances comme l’occasion de moments privilégiés en famille : ils vont donc surinvestir leurs enfants pendant cette période. Mais à force d'être les uns sur les autres pendant toute cette durée, la promiscuité peut donner lieu à des déceptions pour tout le monde. A fortiori pour les enfants, qui auront eux aussi envie de respirer ou de se construire, loin des parents." 

Si vous aimez partir sans enfant

Il arrive parfois l'exact inverse, soit des parents ou des couples qui veulent partir sans enfant aux alentours, en mode "libérés, délivrés": "Partir en vacances en famille, c'est bien, mais un séjour sans les enfants, c'est souvent encore mieux", avoue Jean-François, 45 ans, père de deux enfants. "Je comprends ceux qui, pendant les vacances, descendent dans des hôtels interdits aux enfants" (si, si, ça existe). 


L’œil du psy : "Le message est clair : ils n’aiment pas les enfants et/ou ils veulent se reposer. Cela peut être des personnes n’ayant jamais eu d’enfant, voire des parents qui partent sans les leurs ou qui en ont des grands. Et dans ces deux cas, ils ne veulent pas supporter ceux des autres."

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Partir en vacances sans enfant

Si vous aimez partir en camping

"Mes parents passaient leurs vacances en camping, donc j'ai emboîté le pas et je ne regrette pas", nous confie de son côté Gérard, 55 ans, père de quatre enfants. "Je conserve tellement de beaux souvenirs, y compris des premières amours et des grands moments de rigolade, que je souhaite de tout cœur à mes enfants de les revivre."


L’œil du psy : "On peut aimer partir en camping pour la simple idée de participer à des aventures humaines collectives, nouer de grandes amitiés par la promiscuité. N'oublions jamais que les vacances sont déterminées par la classe socio-économique et socio-professionnelle à laquelle on appartient : il est évident que la clientèle des campings n’est pas la même que celle des palaces, sans aucun jugement de valeur."

Si vous aimez partir à la mer

Le bord de mer reste, comme depuis toujours, la destination préférée des estivants puisque selon l'étude IFOP citée plus tôt, 62% des Français prendront cet été le chemin, le plus souvent en voiture, d’une station balnéaire. 


L’œil du psy : "Ne mésestimons pas la recherche du changement : les citadins vont préférer la campagne, les montagnards la mer, etc. Mais le choix n’est généralement pas neutre : ceux qui vivent dans le sud vont plutôt choisir de passer l’été au frais, et vice-versa (même si bien entendu, on ne peut généraliser). Si tout l’été on souffre de la chaleur chez soi, on va plutôt éviter de se rendre dans un pays chaud…"

Si vous aimez revenir au même endroit avec la famille ou des amis

Par contrainte ou par choix, vous faites sans doute partie des ces nombreuses personnes qui retrouvent chaque année le même lieu de vacances... et vous n'êtes pas seuls dans cette situation. Dans un sondage paru en 2015, 37% des Français déclaraient passer leurs vacances au même endroit que l'année précédente. Ils étaient même 45% à avoir déjà visité le même lieu "cinq fois ou plus par le passé".


L’œil du psy : "Les personnes qui possèdent une maison familiale ou qui louent chaque année au même endroit avec des amis recherchent dans les vacances une sorte d'effet "madeleine de Proust" rassurant. Soit un lieu qui ne manque pas de faire revenir un souvenir à la mémoire, comme le fait une madeleine à celle du narrateur de "À la recherche du temps perdu" dans "Du côté de chez Swann".

Si vous aimez partir en solo

Partir en vacances seul (sans ami, sans famille, sans rien) peut constituer une gageure extraordinaire, un défi ou une angoisse. Pourtant, les faits sont têtus : les "voyages solitaires" ont de plus en plus le vent en poupe, en France comme dans le monde.


L’œil du psy : "Certaines personnes peuvent voir dans les vacances en solitaire la possibilité d’un voyage initiatique, de se découvrir, de ne rendre de compte à personne ou de se sentir libre tout simplement." En somme, comme le souligne le philosophe Olivier Remaud, "quand on décide de voyager seul, on se fixe un but aux antipodes de sa vie de tous les jours."

Si vous préférez partir à l’étranger

Toujours selon l'étude IFOP, si 69% des Français comptent partir cet été - un taux stable par rapport à l’an dernier -, plus de la moitié d’entre eux, 56 % précisément, choisiront de rester dans l’Hexagone. Les autres partent à l'étranger. Pour y chercher quoi, au fond ? 


L’œil du psy : "Ceux qui partent à l'étranger ont souvent une vision humaniste des vacances : ils veulent partir à la découverte de nouvelles cultures. Mais cela a son revers de la médaille : il y a maintenant des touristes partout et une certaine uniformisation quel que soit l’endroit de la planète ! Pour ce qui concerne le choix du pays, il peut également être fonction de notre propre sensibilité. Exemple : je suis amateur de cigares et de rhum, je rêve d’aller à Cuba…"

Si vous aimez les "voyages immersifs"

De plus en plus de "millennials" cassent les codes du voyage traditionnel et font le choix de modes d’hébergement plus authentiques et immersifs en favorisant la location saisonnière entre particuliers, l’échange gratuit de logements entre particuliers et la location d’une chambre chez l’habitant. Une nouvelle façon, plus jeune, d'envisager les vacances, sans perdre de temps si cela ne sied pas ?


L’œil du psy : "Ce sont des modalités qui se sont largement développées grâce à Internet. Cela concerne les fameux "millennials", mais pas qu’eux… C’est effectivement une nouvelle manière d’envisager ses vacances : moins chère, plus typique, plus culturelle… Mais là encore, cela concerne un certain profil de population : pas trop obsessionnelle (pour l’échange d’appartement, mieux vaut ne pas être trop anxieux : le fait de savoir que de parfaits étrangers vivent chez vous quand vous n’êtes pas là peut en déranger plus d’un…), pas forcément regardante sur le confort et à la recherche de convivialité."

Si vous aimez ne pas partir du tout

Prendre le temps de se reposer chez soi, profiter de la compagnie de ses proches, faire quelques bricolages dans sa maison,... les raisons de ne pas partir sont nombreuses pendant les vacances. Alors, si vous êtes casanier, si vous détestez voyager et préférez buller dans votre jardin, cela signifie quoi ?


L’œil du psy : "Plusieurs options : soit ils ne partent pas pour des raisons financières, ce qui peut être source de frustration ; soit ils ne partent pas car justement ils ne supportent pas les vacances : trop de monde, trop loin, trop de changements, anxiété liée à l’organisation (généralement le profil de ces personnes est plutôt une personnalité anxieuse, voire obsessionnelle)."

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