Les jeunes se mettent-ils vraiment de moins en moins en couple ?

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SITUATION AMOUREUSE : C'EST COMPLIQUÉ - De plus en plus de "millennials", ces jeunes âgés de 17-35 ans, préféreraient selon diverses études naviguer en solo pour multiplier les rencontres et échapper à la norme du couple. Mais cette tendance se confirme-t-elle chez la génération Z qui vient juste après ? Un sexologue donne son point de vue.

Les millennials, ces jeunes nés entre 1978 et 1995, seraient-ils moins à l’aise avec la figure du couple que leurs aînés ? Des études semblent aller dans ce sens. Ainsi dans une enquête de l'INSEE datant de 2011, tandis que 32 millions de personnes majeures se déclaraient en couple, les jeunes affirmaient ne pas ressentir plus que cela le besoin d’officialiser : avant 25 ans, 84% des adultes en couple étaient en union libre, et 33% des trentenaires n’avaient aucun contrat d’union civile. Selon une étude plus récente, publiée par Tinder et le cabinet américain Morar HPI en ce début d'année, 72 % des jeunes adultes prendraient la décision raisonnée de rester célibataires, 31% le choisissant pour développer leur sentiment d’indépendance et 61% estimant que les célibataires sont plus ouverts aux nouvelles expériences. 


Ils sont effectivement nombreux à penser ainsi, nous confirme Chloé, 27 ans, qui appartient à cette génération des millennials et chez qui "la quête de l'amour a quelque chose de l'ordre du défi, une sorte de jeu dont les codes sont devenus indescriptibles pour les générations précédentes." Elle nous dit s'inscrire dans cette tendance pointée par l’étude Tinder selon laquelle un jeune adulte interrogé sur trois (33%) déclare valoriser les périodes de "dating" pour apprendre à se connaitre lui-même. "Se mettre en couple très jeune peut être compliqué, il nous arrive de douter, du coup j'attends vraiment avant de rencontrer l'âme sœur", poursuit la jeune femme

On est un peu trop sérieux quand on a 17 ans

Mais si certains millennials cherchent à fuir cette norme du couple comme la peste, ceci n'est pas toujours vrai, ou en tout cas ça l'est de moins en moins pour la génération d'après, soit la génération Z (née après 1995), nous affirme le sexologue Patrick Papazian, qui reçoit des patients de tous âges dans son cabinet. "Dès 14-15 ans, constate-t-il, des couples très solides se forment et constituent une bulle pour se protéger d’un monde extérieur de plus en plus difficile et désenchanté. Par conséquent, les jeunes, et parfois les très jeunes, se mettent en couple et investissent cette relation avec beaucoup de sérieux. J’ai le sentiment que cette sacralisation du couple chez de plus en plus de jeunes est également une forme de rébellion, légitime à l’adolescence, contre les adultes, dont leurs parents : "Vous n’y êtes pas arrivés, vous avez divorcé, regardez-nous, prenez exemple sur les jeunes et notre capacité d’engagement". Un mouvement inverse se serait donc amorcé.


Ce que le sexologue constate aussi, c'est que des relations durables naissent via les applications de rencontre et semblent plus solides que les unions d’adultes plus âgés forgées grâce aux mêmes applications : "Beaucoup critiquent le fait que les jeunes passent par les applis pour les rencontres, mais ils n'y font pas n’importe quoi avec n’importe qui. Ils s'y rencontrent pour une tentative d'activité sexuelle, certes, comme nous l’aurions fait dans les cafés ou les boums il y a 30 ans, seul le média ayant changé. Mais ils rentrent rapidement dans la dimension couple, avec les responsabilités que cela engendre, bien plus que nous ne le faisions à leur âge. La technologie facilite ces relations puisqu’on peut être connectés en permanence par SMS, messenger, applis…Dans les années 80-90, il fallait appeler sur le téléphone fixe des parents, c’était plus compliqué."

Entre 17 et 20 ans, j’ai parfois des couples qui ont 4 ou 5 ans d’existence et qui se plaignent déjà d’une diminution ou d’une perte de la sexualité. Choses que l’on observait seulement chez les trentenaires ou les quarantenaires. Patrick Papazian, sexologue

Le revers de la médaille chez ces jeunes couples de la génération Z, souvent très connectés et échangeant en temps réel leurs impressions et émotions même quand ils sont séparés ? Des troubles du désir liés à cette fusion. Et donc, selon le sexologue, des crises de couple ou des phénomènes d’émoussement du désir vers 17/18 ans, alors qu'ils étaient plus l’apanage des trentenaires il y a une vingtaine d’années : "Désirer, c’est jouer avec la distance, érotiser le manque, mais il n’y a plus de manque, on est en permanence rassasié de la présence de l’autre. Résultat : entre 17 et 20 ans, j’ai parfois des couples qui ont 4 ou 5 ans d’existence et qui se plaignent déjà d’une diminution ou d’une perte de la sexualité, choses que l’on observait seulement chez les trentenaires ou les quarantenaires. Au final, conclut Patrick Papazian, le paradoxe des applis de rencontres et modes de communication innovants, c’est qu’elles donnent une impression de légèreté, mais favorisent au contraire le passage de la rencontre au couple engagé en passant moins par la case du simple flirt sans lendemain."

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