Cacophobie : comment certains peuvent-ils avoir peur des gens laids ?

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LA LAIDEUR EN HORREUR - Au rayon des peurs irrationnelles, dites bonjour à la "cacophobie", cette phobie des gens laids qui peut rendre aussi intolérant qu'asocial. Mais pourquoi tant de haine envers les physiques disgracieux ? Un psychiatre nous explique.

"T'as vu sa mauvaise dentition ?", "Et l'autre avec son gros pif ?", "Il a un problème le sosie de Frida Kahlo avec son monosourcil ?" Cela fait cinq minutes qu'une personne assise en face de vous passe en revue les gens dans le métro, et à voix haute en plus. Ne la jugez pas à votre tour, la pauvre souffre peut-être de "cacophobie", soit la peur des gens moches, marquée par une focalisation maladive sur les défauts physiques apparents. 


La question se pose tout de même : cette "cacophobe" n'étant pas Picasso, pourquoi un tel jugement esthétique ? Et n'étant pas Brad Pitt ou Angelina Jolie, s'est-elle elle-même déjà regardée dans une glace ? Blague à part, si nous sommes d'accord pour dire que juger l'autre est un mal très répandu dans nos sociétés, pourquoi certaines personnes ne se focalisent que sur les imperfections physiques et se fourvoient en vilaines vilenies ? Selon le psychiatre Jérôme Palazzolo, joint par LCI, la "cacophobie" est, comme son nom l'indique, une "phobie", mais infiniment plus complexe qu'une simple envie de persifler face à un physique difficile : "Ce n’est pas uniquement un rejet de la laideur, basé sur un sentiment de supériorité", assure-t-il à LCI. "Il s’agit d’un véritable trouble anxieux à l’origine d’une souffrance pour la personne qui en est atteinte." Et, surprise, le sujet ne se trouve pas nécessairement plus beau que les autres : "Pour elle, la laideur, ou en tout cas ce qu'elle trouve laid, est à l’origine de véritables crises d’angoisse et d’un comportement d’évitement." 

Une phobie qui répond à des critères de l'époque

N'oublions jamais que l’on peut développer une phobie de quasiment n’importe quoi : les légumes, les clowns, les papillons, le vent… et qu'ainsi, les "critères de laideur" chez les cacophobes se révèlent forcément subjectifs, au sens "pas univoques". Se définissent-ils pour autant en fonction de l’âge, de la classe sociale, de l’éducation ? "Généralement, on va trouver laid ce qui est différent", assène le psychiatre. "Si on était capable de voir aujourd’hui ce qui correspondait aux canons de beauté chez les princesses du moyen-âge, on prendrait peur ! Les critères de beauté, et donc les critères de laideur, évoluent aussi au fil du temps : aujourd’hui un corps glabre et élancé sera apprécié, alors qu’il y a cinquante ans à peine, le poil apparaissait fort esthétique. Et on parlait de "ventre de propriétaire" pour ceux qui avaient de l'embonpoint !"


De quoi donner envie de philosopher un peu : de la même façon que l’on dit de la beauté qu'elle se trouve dans l’œil de celui qui la contemple, la laideur n’existe-t-elle pas que dans le cerveau de celui qui la regarde ? "Si l’on se base sur les seuls critères esthétiques, peut-on dire que Serge Gainsbourg ou Klaus Kinski étaient beaux ?, interroge le psychiatre. Et pourtant, ils avaient un charme fou, un talent considérable, et sont sortis avec les plus belles femmes de la planète… Prenons un autre exemple : la mode. Le sac banane, comble de la ringardise il y a quelques années, a été remis au gout du jour en 2017… et bon nombre de consommateurs ont alors trouvé ça très classe… La laideur suit les mêmes codes."


Pas de quoi plaisanter pour autant, cette phobie existe réellement et elle pourrit l'existence... Surtout, elle se soigne. Le psychiatre a déjà pris en charge un jeune homme qui souffrait de cacophobie : "Qui dit trouble anxieux dit véritable souffrance. Dans le cas d’une phobie spécifique comme celle-ci, ce sont les TCC (thérapies comportementales et cognitives) qui sont les plus efficaces. Des thérapies qui agissent, comme leur nom l’indique, sur des comportements non adaptés à la vie courante, ainsi que sur les pensées dysfonctionnelles associées à ces comportements non adaptés qu'il s'agit de modifier avec un antidépresseur (même si la personne n’est pas dépressive), qui va permettre de rebooster la sérotonine." 

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