Abandons d'animaux : pourquoi autant de "salauds sans scrupules" en France ?

Psycho
CRIMINEL - Alors que la France détient le triste record d'Europe des abandons d'animaux, le compteur s'affole chaque année : on parle d'un animal abandonné toutes les 3 minutes durant l'été. Pour essayer de comprendre l'innommable, le comportement de ceux que la Fondation Brigitte Bardot qualifie de "salauds sans scrupule", on a interrogé le sociologue Michel Fize.

C'est "un scandale révoltant", lancent en chœur les responsables de la SPA : chaque année, plus de 100.000 animaux de compagnie sont abandonnés, dont 60.000 rien que pour la saison estivale ! Ce qui fait de la France la détentrice d'un bien triste record comparé aux autres pays européens. Pour couronner le tout, ces chiffres sont en constante augmentation, avec une hausse des abandons de 20% pour les chats et de 6,5% pour les chiens entre 2015 et 2017.


Mais que se passe-t-il dans la tête de ces gens qui attachent un chien à un arbre ou l'abandonnent sur une aire d'autoroute ? Interrogé par LCI, le sociologue Michel Fize, auteur notamment de "Merci Will, et à bientôt" (Editions LGO), un livre écrit après la mort de son labrador*, souligne que l'on n'est ici "ni dans la raison - un être raisonnable ne fait pas cela -, ni dans l'émotion, ce qui est encore plus terrible. On n'est nulle part, donc c'est terrifiant. On est également d'autant plus désarmé que par définition, il n'y a pas de profil type de celui ou celle qui commet cet abandon".


Alors, bien sûr, les associations de défense des animaux montent régulièrement au créneau : cette année, la Fondation 30 Millions d'Amis, qui a obtenu la reconnaissance de l’animal comme "être vivant doué de sensibilité" dans le Code civil, s'est appuyée sur le titre mythique du groupe Queen "We are the champions" pour dénoncer "ce palmarès de la honte". Tandis que la Fondation Bardot a publié deux courtes vidéos sur YouTube pour sensibiliser le public "à cet acte de cruauté" commis par des "salauds sans scrupules". Et pourtant, rien n'y fait.

Pas disuassif

"Avec ces campagnes, on est un peu dans l'idée moralisatrice du 'c'est pas bien'", estime Michel Fize, selon qui il faut être beaucoup plus cash quand on parle d'abandon. "Sans être donneur de leçon, je pense qu'il faut employer les bons mots et dire plutôt que c'est un crime prémédité - même s'il y a aussi le geste un peu fou d'exaspération. Abandonner un animal, ce n'est ni plus ni moins qu'une sorte d'assassinat déguisé. Rappelons quand même que beaucoup d'animaux ne survivront pas à l'épreuve. Il faut donc placer l'abandon sous le signe de l'abomination absolue, et considérer que dans tous les cas, il n'y a aucune circonstance atténuante", dit-il avant de prôner une requalification de cette infraction. 


"Aujourd'hui, l’abandon d’un animal est passible de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende, mais cela n'est vraiment pas dissuasif. Je suggère plutôt des peines d'intérêt général au service des animaux, pour peu qu'on puisse prendre les auteurs en flagrant délit. Sans oublier de leur faire passer un examen psychiatrique parce que ce geste est vraiment de l'ordre de l'inhumain !", avance-t-il. Pour mieux enfoncer le clou, il poursuit : "Pour moi, le premier crime contre l'animalité, ce n'est pas l'abattage d'un taureau dans une corrida - même si évidemment je suis contre ce type de pseudo culture - mais plutôt l'abandon, car c'est l'arbre qui cache la forêt. Derrière, on peut aussi évoquer toutes les maltraitances faites au quotidien contre les animaux domestiques", souligne-t-il. 

L'animal est trop souvent assimilé à un objet

Pour cet ardent défenseur des animaux de compagnie, certains de ces abandons reflètent aussi une profonde méconnaissance de ce qu'est l'animal, trop souvent assimilé à un objet. "En fait, pour résumer, nous sommes surtout champions du monde du manque d'éducation de nos concitoyens. Peut-être parce qu'on vient d'une société éminemment paysanne, ce qui nous fait rester dans cette idée que le chien est celui qui se trimbale au bout d'une laisse dans la cour de la ferme ou celui qu'on emmène à la chasse, analyse-t-il. Le chien est avant tout utile. Et quand il ne sert plus ou qu'il gêne, on le jette. On se dit que de toute façon, on pourra en trouver un autre". 


D'où la suggestion faite par certains d'établir une sorte de permis validant les compétences pour avoir un animal. "C'est une idée qui traîne depuis plusieurs années, précise Michel Fize. Il faudrait effectivement avant d'adopter un chien ou un chat suivre une journée de formation pour savoir ce qu'est vraiment un animal. Sauf que les personnes en question sont peut être à des années lumières de pouvoir recevoir ce type d'enseignement, du fait de leur manque d'empathie". 


Notre sociologue regrette par ailleurs le manque de solutions alternatives pour aider les propriétaires à confier leur compagnon à quatre pattes avant de partir en vacances. "Mais s'il n'y a pas de formules qui convient, il faut s'organiser ou ne pas partir, préconise-t-il. Après tout, on ne va pas abandonner son bébé sous un arbre parce qu'on ne pourra pas l'emmener dans tel ou tel endroit. Pour l'animal, c'est pareil. Il faut redire à ces propriétaires que le chien et le chat sont des êtres V-I-V-A-N-T-S, doués de sensibilité et éprouvant des émotions", insiste-t-il.

"La faute, peut-être, au trop grand nombre de filières qui existent pour avoir un animal", poursuit le sociologue, qui déplore que les candidats à l'adoption ne dansent pas sur le même pied d'égalité. "Les Fondations et les refuges, la SPA en tête, pratiquent ce qu'on appelle 'l'adoption de responsabilité', et ne lâchent pas l'animal sans mettre en avant la charge et le coût que cela représente. Mais qu'en est-il des animaleries ou des élevages ? Personne ne vous tiendra jamais ce genre de discours", conclut-il, amer.

* "Comment survivre à la disparition d'un animal de compagnie ?" Pour tenter de répondre à cette question, le sociologue Michel Fize, en collaboration avec la Fondation Assistance aux animaux met en place, à compter du 4 octobre, un groupe de paroles pour les personnes endeuillées par la disparition de leur animal de compagnie. Une expérience unique à ce jour. Renseignements au : 01.39.49.18.18. Ces rencontres pourront être précédées ou suivies d'un échange plus personnalisé au 06.07.06.01.65 (de 10h à 13h et de 14h à 20h).

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