Connaissez-vous le "curving", cette manière lâche de rompre sans le dire ?

Connaissez-vous le "curving", cette manière lâche de rompre sans le dire ?
Psycho

CRUEL AMOUR 2.0 - Vous connaissiez peut-être le "ghosting", soit le fait de ne pas répondre sciemment à une sollicitation. Découvrez le "curving", une technique de rupture perverse consistant à "ghoster l'autre" en douceur tout en maintenant la flamme.

Avec la prolifération des applis de rencontre, on assiste à une inéluctable virtualisation des rencontres, des relations, donnant naissance à une batterie sidérante de néologismes en -ing : "cushioning", "breadcrumbing", "zombieing", "orbiting"… Ajoutons désormais une nouvelle pièce au puzzle des règles de la drague 2.0 avec le "curving", peut-être la méthode la plus cruelle. Soit une arme redoutable de non-séduction par la séduction. On vous explique.

Dérivé de l’anglais "curve" signifiant "sinueux", le "curving" correspond à une manière vicieuse d'éviter quelqu'un sans le lui dire, tout en faisant semblant de conserver de l'intérêt pour lui. En d’autres termes, deux personnes se tournent autour, amorcent une relation épistolaire passionnée 2.0 puis l’un des deux ne répond pas du tac-au-tac, retarde le rencard attendu, ajourne avec le sourire le passage à l’acte pour une cause x ou y, puis se montre de plus en plus distant… On ne crève pas le ballon sadiquement, on le laisse dégonfler tout doucement. Bref, c'est le fameux "on se voit bientôt mais pas tout de suite" qui donne l’illusion à celle ou celui ayant mordu à l'hameçon pour se retrouver abandonné(e) dans les limbes 2.0, d’espérer une réponse de l’autre. Comme au temps de Pierre Choderlos de Laclos, les liaisons (virtuelles) restent dangereuses, promesses d'autant de désillusions. 

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"Celle ou celui qui pratique le 'curving' pratique le 'ghosting' en mode extrême", nous confie la psychanalyste Elsa Godart. "C’est une façon 'faux-cul' de dire non en feignant de dire oui, un comportement de monstre narcissique qui pousse le curseur encore plus loin dans la lâcheté." C'est aussi une arme adéquate pour le séducteur narcissique qui a besoin de se sentir aimer, désiré par autrui. Comme l’atteste une "forumeuse" en proie à un bourreau des cœurs : "Les rois du curving sont des célibataires qui passent leur temps à se plaindre d’être seuls au monde et qui ne comprennent pas pourquoi ils le demeurent, ils sont incapables d'empathie." 

Interrogé par le site anglais Métro, le coach en séduction Ben Edwards détaille leurs agissements en ces mots : "L'adepte du "curving" se révèle extrêmement sournois. Il ne sera jamais méchant ou offensif avec sa proie, au contraire. Il restera à son écoute, il continuera à lui parler comme si de rien n'était via une messagerie sur les réseaux sociaux ou par mail, mais elle n'est tout simplement pas sur sa liste de priorité." Il conseille aux victimes de rompre ce rapport toxique, de ne pas se fier à ce vilain reflet qu'il leur renvoie (en gros, une larve sans amour propre) et d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. 

Pour vous donner l’exact aperçu de comment fonctionne le "curveur" (avant les réseaux sociaux), on ne saurait trop vous conseiller le film Les amours imaginaires de Xavier Dolan. Dans une scène inoubliable, lorsque l’amoureuse éprise jouée par Monia Chokri se confronte à l’objet de ses rêves, Niels Schneider, en lui demandant pourquoi il a préservé l’illusion d’un amour à son endroit alors qu'il ne ressentait rien, il lui répond : "J’aurais toujours quelque chose sur le feu". Etre victime de curving, c’est exactement ça : vous êtes "sur le feu" pour un être idéal qui ne viendra jamais éteindre votre désir.

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