Consultation psy #12 - Je vis avec un héros du quotidien (et ce n'est pas facile)

Consultation psy #12 - Je vis avec un héros du quotidien (et ce n'est pas facile)
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PAS RACCORD - Votre femme est urgentiste, responsable de supermarché, votre conjoint livreurs, ou brancardier ? Et vous, pendant ce temps, vous êtes à la maison. Bien sûr, vous êtes fier(e) de ce qu'il ou elle fait mais vos journées ne se ressemblent pas et mine de rien, vous aussi vous êtes sur le pont. Comment éviter les incompréhensions, frustrations, voire les tensions ? Voici les conseils de Hélène Romano, psychothérapeute.

Le héros est étymologiquement un "demi-dieu" donc l’usage de ce terme n’est pas anodin et chargé d’attentes et de représentations qui peuvent créer une pression forte pour tout le monde. Dans ce contexte de confinement et du nombre de victimes qui augmentent, beaucoup de personnes continuent de travailler : les soignants bien sûr, pompiers, pharmaciens policiers, militaires dont le métier est d’être au service des autres et qui ont fait ce choix-là en sachant qu’il peut exister des risques. Et puis il y a tous les autres professionnels de l’ombre dont on parle moins : les personnels sociaux, commerçants, les agents funéraires, les éboueurs et personnes qui font le ménage, les travailleurs du bâtiment, les postiers etc. Pour tous la même difficulté, le manque de moyen pour se protéger (masque, gel, blouse, lunettes de protection) et la crainte d’être touché, mais surtout de contaminer ses proches.

Pour les proches, le conjoint, les enfants, avoir l’un des siens qui a une activité exposée est très anxiogène avec de façon inconsciente la peur d’être aussi touché et cette angoisse de mort qui rôde avec pour certains une angoisse d’abandon. Se raisonner est particulièrement difficile quand ceux qui travaillent n’ont pas de quoi se protéger. Il est alors essentiel de respecter les gestes barrière (dont se laver les mains) et de ritualiser les départs et les arrivées avec la difficulté que les rapprochements corporels -autrement dit les câlins - sont à limiter. Il est possible de s’envoyer des bisous magiques, de s'écrire des petits messages et s’il y a en particulier des enfants tout petits qui ont un besoin vital de ce contact rassurant avec les adultes, cela peut être fait en ayant pris toutes les précautions (lavage, changement de vêtement).

Angoisse de mort ou d'abandon

Ceux qui restent confinés se sentent souvent passifs par rapport à leur proche qui part travailler. Il peut être important qu’ils lui facilitent la vie (préparer le repas, faire une surprise, ranger la maison, lui envoyer des messages).

Au-delà de l’inquiétude, les proches peuvent être fiers (d’où l’importance de n’oublier aucune profession), mais avec le bémol que certains pourraient ne plus se sentir à la hauteur et se dévaloriser tout seul en se comparant à celui qui part travailler. Ou être dévalorisé par celui qui va travailler ce qui serait très dommageable à la relation. 

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Cela peut même créer des conflits au sein des couples (ou les renforcer s’il y avait déjà des problèmes avant) avec des reproches réciproques qui peuvent témoigner de cette angoisse de mort qui rode, de la peur que l’autre nous contamine ou tombe malade, de jalousie inconsciente et refoulée, de rancœurs avec une exacerbation de petites critiques devenant de profonds reproches : avec l’épuisement psychique et physique induit par le confinement (aussi bien pour ceux qui travaillent que les autres), nous n’avons plus les ressources pour penser, relativiser et prendre le recul nécessaire à l’élaboration des difficultés entre individus. Tout est comme court-circuité et le risque est de s’en vouloir réciproquement et se mettre à se reprocher tout et rien. D’où l’importance de se parler dès qu’un problème surgit, le plus calmement possible sans chercher à se comparer car les situations sont incomparables. 

C’est en maintenant ces temps d’échange, malgré le stress du confinement et sans chercher à faire de l’un ou l’autre un héros, que nous dépasserons ce temps si délicat du confinement.

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