De plus en plus de femmes consomment des films porno (mais pas comme les hommes)

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Psycho

SEXUALITÉ - Mais qui a dit que les films X étaient exclusivement réservés aux hommes ? Dans un sondage Ifop publié ce vendredi par le magazine Elle, une femme sur deux (47%) admet avoir déjà été sur un site X, soit une proportion plus de dix fois supérieure à celle observée en 2006. Un sexologue nous explique cette tendance croissante.

On a tendance à imaginer ce genre cinématographique comme réservé aux plaisirs solitaires d'un public masculin. Et on a tort. Selon un sondage réalisé par l'Ifop pour Elle sur "la vie sexuelle des Françaises en 2019"*, une femme sur deux (47%) admet avoir déjà été sur un site X, soit une proportion plus de dix fois supérieure à celle observée en 2006. En 2012 déjà, une autre étude Ifop intitulée Les Français, les femmes et les films X avait mis en évidence cet attrait de plus en plus fort des femmes pour le X :  82% des Française y confiaient avoir déjà vu un porno, contre 23% en 1992. Certes, c’est moins que les hommes (18% des femmes disaient en voir régulièrement ou de temps en temps, contre 63% des hommes) mais si le visionnage de "film pour adulte" constitue une activité souvent pratiquée en couple (62%), mettait en évidence l'étude, c’est aussi une activité solitaire largement répandue chez les femmes, "majoritairement entre 18 et 35 ans".

Une tendance que confirme à LCI le sexologue Sébastien Garnero : "Le virtuel a contribué à rendre la pornographie accessible à tous et à toutes. Et la raison pour laquelle le sujet reste encore tabou, c'est parce qu'il est intrinsèquement lié au tabou de la masturbation féminine : autant cela semble aller de soi pour un homme, autant pour les femmes, ça ne l’est pas... alors qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte. Le plaisir n'est jamais honteux..." Il semble toutefois l'être de moins si on le cite à ce propos un autre chiffre relevé dans l'enquête présentée ce vendredi par Elle : "près d’une Française sur deux (43%) admet en 2019 avoir déjà utilisé un vibromasseur, contre un peu plus d’une sur trois il y a cinq ans (37% en 2012) et à peine 9% il y a douze ans (2007)".

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Alors, question : hommes, femmes, même mode d'emploi du film porno ? Que nenni ! : "Les femmes et les hommes ne consomment pas de la même façon, ne formulent pas les mêmes requêtes, souligne le sexologue. Mes patientes parlent ouvertement de leurs fantasmes de soumission ou encore d’être attachées, traduisant un attachement au sens littéral. Elles manifestent aussi des fantasmes plus exhibitionnistes que les hommes, jouant sur la valorisation de leur propre corps, des fantasmes d'orgie ou encore des fantasmes sur des parties du corps chez l'homme comme les mains, les épaules...." 

Les femmes ont aussi eu envie de découvrir et de s'emparer de films pornos plébiscités par les hommes pour comprendre comment ils fonctionnaient, ce qui les excitait, ce qui les faisait jouir.- Sébastien Garnero, sexologue

Parmi les requêtes émises par des femmes recensées sur Pornhub, le tag "lesbienne" revient en premier, suivi par "threesome" (plan à trois) et "big black dick" (on vous laisse traduire). Selon le sexologue, "les fantasmes homosexuels, plus entre femmes qu'entre hommes, sont très très fréquents, sans pour autant qu'ils déterminent l'orientation sexuelle de la consommatrice. Tout simplement parce qu'il est moins question de sexualité que de romantisme, de tendresse, de caresse. Au fond, le désir chez femmes aurait tendance à être moins centré sur l’acte que sur la situation." 

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Selon le sexologue, Internet n'est pas la seule raison expliquant cet intérêt croissant des femmes pour la pornographie : "Les films X, que les jeunes mecs découvraient le samedi soir dans les années 80-90, ont constitué pour ces derniers la principale source d’information concernant la sexualité. C'était leur principal outil d'éducation comme de découverte du corps de l'autre et, naturellement, les femmes ont aussi eu envie de s'emparer de ces codes, de comprendre comment fonctionnaient les hommes, ce qui les excitait, ce qui les faisait jouir. Comme pour trouver une harmonie sexuelle avec eux."

Et quid du fameux cliché voulant que les femmes préfèrent la tension érotique, plus cérébrale, à une sexualité "bouchère" ? "C'est évidemment réducteur comme tout lieu commun, mais ce n'est pas faux. Pour les hommes, la testostérone, hormone mâle par excellence, est bien connue comme synonyme de virilité et de puissance sexuelle pour activer la libido, alors que pour les femmes, l’activateur de la libido est psychique, plus cérébral, avec des scénarios plus complexes que l’acte en tant que tel."

Deux regards différents sur la pornographie ayant donné naissance à une "pornographie féministe" qui s’est largement développée ces dernières années. La réalisatrice suédoise Erika Lust, par exemple, s'avère une pionnière connue dans le domaine, œuvrant pour un porno tenant plus de l'art que du cochon, basé sur le consentement, le respect, le plaisir, la diversité... Un "porno alternatif" où la sensualité prend le pas sur les plans gynécologiques, et la jouissance masculine est remplacée par l’orgasme partagé, en réaction à deux écueils cités dans l'étude Ifop de 2012 : les femmes y critiquaient les films X pour leur vision de la sexualité reflétant des fantasmes trop masculins (71%) et des pratiques très éloignées de la réalité (79%). 

*Étude réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 28 au 29 janvier 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 1 007 femmes

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