Comme la moitié des 25-33 ans, êtes-vous atteint par la "crise du quart de siècle" ?

Psycho
DirectLCI
MELANCOLIA - Alors que l'âge de 24 ans sonne le glas de la post-adolescence, certains jeunes adultes de 25 ans se connaissent les prémisses de la "crise du quart de siècle". Un phénomène qui toucherait deux tiers des 25-33 ans. Une psychologue nous décrypte les causes de ce spleen existentiel.

Vous venez d'avoir 25 ans et vous éprouvez une tristesse diffuse, sans nécessairement savoir d'où elle vient ? Vous pourriez bien souffrir de la "crise du quart de siècle", un phénomène identifié pour la première fois en 2001 par deux psychologues américaines, Alexandra Robbins et Abby Wilner dans le livre "La crise du quart de vie, les épreuves exceptionnelles de votre vingtaine", et que certains connaissent au Japon sous le nom de "freeter" (des "travailleurs jetables"). Un moment de transition fragilisant. Une interrogation sur le sens que l'on veut donner à son existence. Une remise en cause de tout ce que l'on pensait solide et dont on réalise soudain la fragilité illusoire, s'accompagnant le plus souvent d'une instabilité et d'une baisse de l’estime de soi. 


Depuis que l'on a mis un terme sur ce sentiment d’impuissance et de tristesse mêlées, il n’a fait que croître, percutant de plein fouet la génération Y outrancièrement baptisée "digital native". Selon une étude menée en 2018 par Oliver Robinson, professeur britannique de l'université de Greenwich à Londres, 69% des jeunes (25-33 ans) connaissent une crise du "quart de vie". Une humeur que partage actuellement Chloé, 27 ans : "Le spleen a surgi sans crier gare il y a un an, témoigne-t-elle auprès de LCI. Avant d’avoir 25 ans, j'étais plutôt dans une bonne optique. Je me répétais à moi-même : j'ai un travail qui me plaît, un appartement avec un colocataire que j'adore, une vie sociale dense. Puis je me suis pris l'échec de ma vie amoureuse en pleine figure, j'ai commencé à douter de moi. Dans mes groupes d'amis, les célibataires qui représentaient la majorité,  sont devenus  progressivement une minorité. Fiançailles, Pacs, mariages, enfants... Toutes ces annonces m'ont amené à réfléchir à ma propre condition, à me questionner sur mes choix..." 

Je suis toujours en quête de sens à ce que je fais, vivant tel un aquoiboniste fêtard et désabusé, avec l’atroce sentiment d’avoir gâché ma vingtaine.Théo, 28 ans

Soit chercher sa place dans le monde actuel. Une problématique qui revient souvent, notamment dans les perspectives professionnelles : "Je suis toujours en quête de sens à ce que je fais, vivant tel un aquoiboniste fêtard et désabusé, avec l’atroce sentiment d’avoir gâché ma vingtaine, le nez plongé dans mes études" confie à LCI Théo, 28 ans, incapable de rester plus de six mois dans la même boîte. "Après avoir fait une prépa Maths-Physique et l’école centrale de Nantes en tant qu’ingénieur , je me suis retrouvé à 25 ans sur le marché de l’emploi, totalement blasé, peu confiant en moi et ne trouvant aucun sens au monde du travail. J’ai eu deux CDI, deux échecs, tout d’abord en intégrant une première entreprise en tant qu’ingénieur en génie civil et l’ennui m’a poussé à bout. Résultat : des arrêts maladies pour épuisement et démission au bout de six mois. J’ai redémarré dans une autre boîte, entre assistant de direction et responsable de direction artistique, mais comme ma mission n’était absolument pas claire, je retombe dans la même spirale infernale. J’ai alors fait plusieurs tentatives pour me lancer dans d’autres carrières (artistique, stage à New York, couture…), mais toutes vouées à l’échec. Objectivement, c'est à pleurer."


"Moi, je suis angoissée par l'avenir écologique" nous confie Justine, 26 ans. "Je me rends compte que nous n'avons que très peu d'impact individuellement. Selon moi, les grandes puissances font la politique de l'autruche. C'est ce qui m'angoisse le plus et me rend désabusée aujourd'hui : à quel point on ne se soucie pas de notre avenir. Pour reprendre la fameuse phrase d'un film culte, "jusqu'ici tout va bien", mais rappelons nous que "le plus important n'est pas la chute, mais l'atterrissage".

Peur de rejoindre un monde des adultes inadapté

La psychologue Laurie Hawkes, contactée par LCI, comprend pleinement ce "spleen générationnel" des jeunes adultes actuels, confrontée à l'angoisse des lendemains qui déchantent et au renoncement de leurs rêves : "Il est normal de ressentir de plus en plus intensément ce doute, pour différentes raisons : le marché de l'emploi est assez inaccessible pour la plupart des jeunes, les prix des locations et des logements sont élevés... Mais les patient.e.s traversant cette crise du quart de siècle ajoutent de nouvelles préoccupations par rapport aux jeunes adultes d'il y a 20 ans.  Ils sont interpellés par la situation écologique qui leur offre, il est vrai, des perspectives peu riantes, des prédictions effarantes, et constatent que les générations plus âgées ne réagissent guère; ce qui les abat", assure-t-elle. 


Gaby, 26 ans, est dans cette situation : "L'état de santé de la planète est ma préoccupation numéro un. L'écologie touche toutes les problématiques environnementales mais également sociales : droit des travailleur-se-s, santé, éducation, droits des peuples, pouvoir d'achat... Or, je me sens d'un côté tiraillée entre l'action individuelle pour être en raccord avec mes convictions et l'action collective qui me semble hors de portée et face à laquelle je me sens impuissante."

Les angoisses sont plus grandes, voire écrasantesLaurie Hawkes, psychologue

De manière générale, rien n'est fait pour donner envie aux post-adolescents de rejoindre ce monde des adultes, d'autant qu'il y a un réel fossé générationnel amplifié par la consommation des nouvelles technologies (l'avènement des réseaux sociaux, les rapports amoureux...) : "Si certains sont pris dans leur trajectoire professionnelle et se soucient surtout d’arriver à réussir - comme dans les générations précédentes, il me semble que d'autres contestent violemment l'autorité. J’ai tout de même l’impression que l’ambiance actuelle est assez sombre, avec des prévisions pessimistes sur le plan de l’environnement, de l’économie, de la politique avec l’Europe qui ne les fait plus rêver, les dirigeants tyranniques dans nombre de pays… Tout cela ne les incline guère à rêver de se construire une vie agréable, un peu égoïste, comme avant (une maison, une famille, un chien, des weekends…), les angoisses sont plus grandes, voire écrasantes. En somme, ces jeunes doivent se soucier de la planète, de l’ensemble des êtres, car soi seul (et ses proches) ne suffit plus tellement." 


S'il s'agit d'une question d’âge, c'est aussi une question d’époque. Et cette crise se révèle au fond un exutoire, une tentative de comprendre comment vivre sainement dans un monde illogique à l’avenir compromis. Pas de quoi en faire une maladie, donc : cette étape de remise en question peut avoir comme vertu de rappeler que nous ne sommes pas des machines, et donc que nous sommes des êtres humains capables de penser par nous-mêmes. En somme, une étape nécessaire pour peut-être, dans ce monde de liens virtuels, se sentir exister, se sentir vivants.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter