Derrière les apparences, ce que racontent vraiment les photos de profil que nous mettons sur les réseaux sociaux

Derrière les apparences, ce que racontent vraiment les photos de profil que nous mettons sur les réseaux sociaux
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SOURIEZ, VOUS ETES SCRUTÉS - A l'heure du grand-tout numérique, chacun pense deviner la personnalité de tel ou tel individu, en deux clics, en consultant ses photos de profil sur les réseaux sociaux et en scrutant ses expressions. Mais le peut-on réellement ? Sociologue, psychiatre et psychologue nous répondent.

"Dis-moi quelle photo de profil tu mets et je te dirai qui tu es". Gros muscles ou petites lunettes d'intello ? En maillot de bain ou en robe de soirée ? Mettre son vrai visage ou choisir un avatar ? Libre à chacun de choisir sa photo de profil pour se présenter sur les réseaux sociaux. Mais, si l'on gratte un peu le vernis des apparences, que révèlent ces photos ? Ont-elles réellement une signification ? Et, surtout, quels signaux envoient-elles aux autres ? Selon Lise Haddouk, psychologue et auteure de "L'entretien clinique à distance, manuel de visioconsultation" (éditions Erès), "le choix d'une photo de profil indique souvent l'humeur de l'utilisateur sur l'instant, ou alors il peut se voir comme une forme de message qu'il souhaiterait adresser à une foule d'utilisateurs qui consulteront son profil." 

Soyons clairs : que l'on soit sur Twitter, Facebook, Instagram ou LinkedIn, l'internaute ne mettra pas la même photo de profil : "Dans le contexte de la cyberculture, il existe des codes culturels, générationnels et sociaux qui influencent le choix", admet la psychologue. Selon le sociologue Rémy Oudghiri, également joint par LCI, "c’est sur Facebook que la photo, en général, se rapproche le plus de qui vous êtes en privé. Sur Twitter, à l’inverse, vous adoptez votre masque de combat, donc c’est souvent assez différent de ce que vous êtes en privé. Sur Instagram, vous êtes dans une mise en scène de vous-même où l’esthétique constitue une dimension stratégique. La photo de profil est une image construite, pensée, mise en valeur. Bref, à chaque réseau son type de photo et son potentiel de mise en scène."

Une tendance que nous confirme Chloé, 26 ans : "Je n'utilise pas la même photo de profil sur Facebook ou sur Twitter. Sur Facebook, comme je suis uniquement suivie par mes amis, je n'ai aucun scrupule à poster une photo de moi enfant ou au cours d'une soirée, avec une perruque et un verre de champagne à la main. Je suis quand même sensible aux nombre de "like" - si je ne dépasse pas les 50 "like", je change la photo. En revanche, sur Twitter, comme je suis suivie par mes supérieurs hiérarchiques et des gens que je ne connais pas forcément, je reste plus discrète, je me contente d'une photo classique, limite photo d'identité." Bref, tout le monde joue un double "je". 

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Le réel VS le virtuel

On est d'accord, choisir LA bonne photo de profil n'est pas une mince affaire, d'autant qu'on a tendance à sous-estimer l'impact qu'elle aura chez ceux qui la regardent. Selon Laurie Hawkes, psychologue, également sollicitée par LCI, ces photos peuvent facilement donner lieu à des interprétations très "générales" : "De prime abord, ceux qui s’affichent en situation valorisante renvoient soit une haute opinion d’eux-mêmes, soit un manque de confiance en eux contre lequel ils luttent. Ceux qui affichent une oeuvre d’art en lieu et place de leur visage évoquent un désir d’anonymat. Ceux qui se mettent perdus dans un paysage renvoient une sorte de modestie. Au fond, c’est un peu comme un "test projectif" : quand on prête une signification à une photo de profil, en partie c’est la personne qu’on devine, en partie c’est soi qu’on projette."

Pour autant, peut-on être sûrs à 100% de savoir à qui nous avons affaire avec ces simples photos de profil additionnées via Google Images ? Il semble quand même difficile de dessiner la personnalité de quelqu’un, dans toute sa complexité, à partir de simples photos : "Il manque la mise en relation permettant d'évaluer la personnalité", note Lise Haddouk. Pour le psychiatre Olivier Duris, "cette photo nous représente, découlant d’un choix subjectif. C'est comme une carte d’identité sur laquelle on met la photo que l’on veut mais elle ne traduit pas tant notre personnalité que notre intimité." Ajoutons, en sus, un autre paramètre pouvant fausser les données : le grand écart entre le monde réel et le monde virtuel, donnant lieu à une vraie schizophrénie dans les comportements : "Si la photo de profil en dit long sur l’image que l’on veut promouvoir de soi en public, elle ne colle pas forcément avec l’image ou la personnalité que l’on cultive avec ses proches", reconnait le sociologue Rémy Oudghiri.

Oui, c’est bien un rôle que l’on joue sur la scène du monde des réseaux sociaux. - Rémy Oudghiri, sociologue

Les jeunes, les premiers, ont pleinement conscience des enjeux de cette image 2.0 : "Selon l’Observatoire de Sociovision, 44% des gens disent se comporter de façon très différente en public qu’en privé et le chiffre atteint 61% chez les 15-25 ans, constate le sociologue Rémy Oudghiri. Cette photo de profil constitue clairement le symbole de notre identité sociale, le point d’entrée de notre personnage. Car, oui, c’est bien un rôle que l’on joue sur la scène du monde des réseaux sociaux. La photo doit alors nous permettre de jouer notre rôle de la meilleure des façons, participant à un nouveau langage où ce qui est projeté en public en dit plus sur le personnage que vous voulez être que sur la personne que vous êtes vraiment."

Il n'en demeure pas moins, comme nous le rappelle le psychiatre Jérôme Palazzolo, que "cette première image et donc cette première impression, si elles peuvent être trompeuses, font partie de notre dynamique de survie : dans le monde actuel, on doit être capable de déceler au premier regard qui est la personne en face de soi, d'évaluer la bienveillance comme la menace. Le risque, dans le monde virtuel, où nous sommes assujettis aux préjugés liés à l'image, c’est de s’arrêter à cette première vision. Dans la vie réelle, si on a quelqu’un qui a l’air avenant ou agressif face à soi, on peut discuter avec cette personne pour attester ou pas cet a priori. Pas sur les réseaux sociaux."

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