Malédiction de l’autoroute : pourquoi a-t-on toujours l'impression que l'autre file avance plus vite que la nôtre ?

Malédiction de l’autoroute : pourquoi a-t-on toujours l'impression que l'autre file avance plus vite que la nôtre ?
Psycho

EMBOUTEILLAGES - C'est une question qu beaucoup de Français vont se poser en ce week-end de grands départs en vacances : pourquoi pense-t-on toujours se trouver sur la file qui n'avance pas ? La science s'est penchée sur la question dès la fin des années 90. Et la réponse a de quoi vous surprendre.

C'est l'heure du grand départ ! Une partie de Tetris grandeur nature et les valises sont enfin casées dans le coffre de la voiture. Direction l’autoroute et les 900 kilomètres d’asphalte qui vous séparent encore de votre lieu de vacances (soupir). Manque de pot, voilà qu’au bout de 15 minutes, un bouchon pointe le bout de son nez. Le premier mais sans doute pas le dernier. En regardant par la fenêtre, vous constatez, comme d’habitude, que l’autre file avance plus vite que la vôtre. Vous changez de file et cette fois, c'est celle-ci qui n'avance plus. A l’instar de ce maudit raccourci qui, au lieu de vous faire gagner du temps, se révèle finalement plus long que le chemin initial, la malédiction de la mauvaise file semble être une loi universelle de la conduite.

Deux chercheurs, Donald Redelmeier de l’Université de Toronto et Robert Tibshirani de l’Université de Stanford, se sont penchés sur la question. Leurs travaux sont parus dans la prestigieuse revue scientifique Nature, à la fin des années 90. Pour savoir si l’autre file avance toujours plus vite, ils ont mené deux expériences. La première consistait à simuler sur ordinateur un embouteillage sur deux voies : au départ, tous les véhicules possédaient la même capacité d’accélération et de freinage qu’une Honda modèle Accord. Les chercheurs ont ensuite introduit des Porche et des 2 CV. Des véhicules avec des motorisations différences, accédant à cette route à deux voies avec des écarts aléatoires. Par dizaines, d’abord, puis par centaines.

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Comment se forment les bouchons?

Doubler est un plaisir bref, être dépassé est un lent calvaire

Verdict ?  Donald Redelmeier et Robert Tibshirani  ont constaté grâce à ce modèle théorique que les deux files avaient évolué à une cadence identique sur les dix minutes de la simulation. Parfois, une file ralentit ou s’arrête, puis c’est au tour de l’autre. Mais, au bout du compte, on est dépassé autant que l’on dépasse, concluent les deux scientifiques. Cependant, poursuivent les deux chercheurs, les deux flux ne sont pas symétriques. En raison de l’écart entre chaque voiture, nous passons, en effet, plus de temps à doubler qu'à être doublé.

Lorsqu’une voie est à l’arrêt, les automobilistes de la file voisine peuvent théoriquement en dépasser trois en l’espace d’une seconde. Cependant, étant donné que les véhicules qui roulent sont séparées par une certaine distance, nous ne sommes  jamais dépassé par trois véhicules en l'espace d'une seconde, relèvent les deux chercheurs. L'impression que l'autre file est plus rapide viendrait donc de cette dissymétrie. 

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La malédiction de l'autoroute, une simple illusion

C’est d'ailleurs ce qu’a confirmé la seconde expérience. Donald Redelmeier et Robert Tibshirani ont alors demandé à 120 volontaires de regarder un film d'une durée de quatre minutes filmé depuis la fenêtre d'une voiture dans un embouteillage. Bien que, dans les faits, la file voisine a avancé moins vite, la majorité des cobayes (70%) avaient estimé le contraire et 65 % auraient volontiers changé de voie pour se retrouver du côté des vaincus. Conclusion, la malédiction de l'autoroute n'est rien d’autre qu'une illusion ! Notons qu'à l'époque où les deux chercheurs ont réalisé cette étude, les smartphones n'existaient pas encore. Ils sont pourtant à l'origine de l'aggravation des bouchons, en abaissant l'attention des automobilistes...

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