Et si on réhabilitait la discrétion dans notre société du paraître ?

Psycho

CHUT - Dans notre société qui valorise l'image et à l'heure où l'on s'exhibe sur les réseaux sociaux, la discrétion s’impose de plus en plus comme une vertu. Une psychologue nous en dit plus sur ceux qui en disent le moins.

Alors que nous vivons sous le règne de l’émotion surlignée, de l’exhibition de soi et de l’immédiateté visible, les discrets, celles et ceux qui parlent à voix basse, qui se font tout petits pour ne pas gêner les autres et qui regardent le monde avec patience et délicatesse, tentent vaille que vaille de se faire entendre. Andy Warhol, adepte des couleurs voyantes, jurait que la démocratisation médiatique offrirait à chacun quinze minutes de célébrité. Sans doute que le même Warhol dirait aujourd’hui l’inverse par goût de la provocation, à savoir que le must du must serait de bénéficier de quinze minutes de disparition dans notre société ultra-moderne. 

Une "problématique complexe", selon la psychologue Laurie Hawkes, jointe par LCI : "Certains tendent vers la discrétion, d’autres non. Peut-être s’établira-t-il ainsi bientôt une nouvelle hiérarchie : les riches pourraient aller vers la discrétion, à l’instar des cadres de la Silicon Valley interdisant à leurs enfants d’aller sur les réseaux sociaux, tandis que les moins favorisés aspireraient à être de plus en plus visibles..." Une vision de plus en plus manichéenne de notre façon de consommer 2.0, qui souligne incidemment que la discrétion se révèle aussi une affaire de recul, de distance, de nuance...

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"Retrouver une présence pleine au monde"

Aussi naïf que cela puisse paraître, la manière dont chacun exhibe sa vie privée sur les réseaux sociaux reste extrêmement révélatrice de notre appétence pour la discrétion : "Certains ont depuis le début évité les réseaux sociaux, parfois pour des raisons tristes comme le fait de se sentir en danger si exposé, comme le veut la fameuse antienne 'pour vivre heureux, vivons cachés', note la psychologue. Alors qu’en réalité, il faut un juste milieu dans cette résistance au paraître : on peut être discret et en même temps sur les réseaux sociaux. L’essentiel, c’est de garder une part de mystère, et donc de préserver cette part de discrétion. C’est un art de vivre qui s’apprivoise comme la solitude, avec douceur, et cela demande de l’effort à une heure ultra-connectée."

En d’autres termes, si on ne devient pas maître de notre consommation des réseaux sociaux, curseur de notre discrétion 2.0, les tendances iront croissant. Ceux qui n’y allaient pas beaucoup n’y iront plus et à l’inverse, ceux qui les fréquentent de manière intempestive s’y fourvoieront. "Il me semble de bon augure que la visibilité, la transparence des réseaux sociaux fasse moins envie et suscite cette réserve nouvelle chez certains", poursuit Laurie Hawkes. Car fait-elle valoir, "cela repose de ne pas être connecté en permanence, et donc cela permet de nourrir son jardin secret, de retrouver une intimité grâce à cette discrétion, et surtout cela éloigne d’un narcissisme exacerbé par les réseaux sociaux. La discrétion consiste au fond à retrouver une présence pleine au monde. Elle commence par des choses simples comme, par exemple, lorsque l’on prend conscience qu’il n’est pas nécessaire de prendre en photo le plat que l’on s’apprête à manger."

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