Être ivre ne fait pas de vous une personne "moralement" différente

Psycho

TU T'ES VU QUAND T'AS BU ? - Certains pensent que l'alcool incite ceux qui en consomment à commettre des actes répréhensibles. Or, selon une récente étude, il n'a aucun effet sur nos comportements "moraux" : ivres, nous sommes bien nous-mêmes.

Ivre, on l'a tous été une nuit ou l'autre... Ainsi, le lendemain d’une soirée très (et trop) arrosée, beaucoup connaissent ce sentiment familier et bizarre d’être un vieux chewing-gum de la veille, la tête plongée dans un magma de sommeil léger, de maux de tête et de goût amer dans la bouche. Peu à peu, on émerge et, contrairement à ce qui se passait dans un film comme Very Bad Trip, on se souvient progressivement de ce qui s’est passé la veille et, un peu honteux, de ce que nous avons exagérément consommé en alcool. On a tendance à penser que l'alcool nous a désinhibé et qu’en d’autres circonstances, nous nous serions comportés différemment. En fait, pas vraiment. 

Depuis la nuit des temps, les scientifiques tentent de comprendre comment les gens se comportent "socialement" sous l'emprise de l'alcool. Qu’est-ce qui explique par exemple chez certains ce que l'on appelle "l'alcool mauvais", soit une tendance à la castagne et aux propos aberrants chez ceux ayant bu un coup de trop ? Selon une étude parue en 2001, lorsque nous sommes ivres, nous interprétons mal tout ce qui se dit et, surtout, nous perdons notre sens de l'empathie. De la même façon, lorsque la personne ivre commence à ruminer à voix haute et à perdre son équilibre, sa capacité à comprendre ou à partager les émotions des autres s'efface totalement. 

Pour autant, et c'est rassurant pour les reines et rois pompettes, les autres qui vous regardent en état d'ébriété, soit ceux qui ne sont pas ivres (ou pas complètement) et qui assistent au spectacle de votre déchéance, ont tendance à excuser le comportement le lendemain et non à vous en tenir responsable. Une indulgence que nous nous infligeons aussi lorsque nous nous rendons compte que nous avons dépassé les bornes du socialement correct (oui, ca compte aussi pour l'envoi de textos à son ex).  

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La morale est sauve

Une étude datant de 2019 apporte une précision de taille, qu'il importe de rappeler. C'est le résultat d’une expérience menée auprès de participants shootés à la vodka, dont les scientifiques ont mesuré l’empathie comme les décisions morales, à travers des images montrant des visages exprimant différentes émotions, suscitant des réactions différentes chez ceux qui avaient bien bu. Ainsi, après une dose plus élevée de vodka, les gens ont commencé à réagir de manière inappropriée, se sentant heureux en voyant des visages tristes et dépréciatifs face aux visages heureux. Plus les personnes étaient en état d'ébriété, plus leur empathie était altérée. En revanche, aucun effet sur leur sens moral lors de dilemmes cornéliens. 

Qu'en comprendre alors ? Que si la consommation d'alcool affecte bien notre empathie et nous amène à réagir de manière inappropriée aux émotions et aux réactions des autres, cela ne nous change pas fondamentalement, intrinsèquement, moralement. L’excuse du "c'était pas moi, c'était un autre" au moment d'entamer une chenille sur Patrick Sébastien pendant une soirée d'entreprise avec un slip sur la tête ne tient malheureusement pas. Ivres ou pas, nos principes moraux restent identiques : la conscience du danger demeure et permet de ne pas commettre ce qui répréhensible par la loi. Conclusion : si l’alcool peut effectivement affecter la façon dont nous interprétons et comprenons les émotions des autres, il ne nous rend pas pour autant "autre" et ne serait être tenu responsable de comportements immoraux. En d’autres termes, vous êtes toujours responsable de vos actions, morales comme moins.

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