Faire un selfie, vapoter, manger une clémentine… Ces petits gestes du quotidien qui en disent long

Psycho

COMPORTEMENTALISME - Nos gestes du quotidien ont-ils une signification ? C'est la vaste question posée par l'écrivain Philippe Delerm dans son essai psycho-rigolo "L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent".

Tous les jours, toutes les minutes, toutes les secondes, nous faisons... des gestes. Anodins, en apparence, et pourtant bien révélateurs de tics, de tocs, de comportements humains que l'écrivain Philippe Delerm s'amuse à pointer dans son essai "L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent", paru en cette rentrée aux éditions du Seuil. 

A l'arrivée, personne n'y échappe, tout le monde est visé. Certes, il y a tous ces gestes routiniers que l'on fait machinalement, qui parfois procurent un plaisir simple, comme le fait d'éplucher une clémentine ("Un rite consenti par tous les entourages, une petite virgule concédée sans dégoût ni restriction, dans les voyages automobiles ou les trajets ferroviaires", écrit Delerm) et d'autres que l'on fait par obligation, comme... plier des draps ou pousser un caddie ("Certes, vous avez dressé une liste et vous vous y tiendrez. Mais cette satisfaction mentale ne vous empêchera pas de céder à la promotion sur les rosés de Provence"). 

Les psychologues se régalent- Philippe Delerm, écrivain

Mais, depuis peu, il y a aussi et surtout des gestes nouveaux, comme le fait de "vapoter" ("C’est sans doute dans la gestuelle que le besoin de fumer subit sa récession la plus spectaculaire"), parler avec son kit main libre devant tout le monde dans les transports en commun ("Souvent un sourire leur vient aux lèvres, un sourire qui s’adresse à l’autre, à la satisfaction de ce qu’ils entendent, à la qualité du rapport qu’ils entretiennent avec celui qui restera pour nous un inconnu, une inconnue") ou encore chercher une info avec un-doigt-sur-le-smartphone car la mémoire flanche ("La vie est là, mais de l’autre côté de la paroi"). 

En pôle position trône fièrement cette "extase du selfie" qui donne au livre son titre, quintessence de nos nouveaux comportements qui s'exprime le plus souvent chez les rustres inconscients (les pires !) au détriment de ceux qui sont autour : "Les psychologues se régalent", constate Philippe Delerm. "Il y a tout leur arsenal... le 'ça', le 'je', le 'moi', dans ce théâtre du reflet. Mais quelle part de moi dans tout ce jeu ? Est-ce qu’on s’invente un peu à s’éloigner de soi, à étendre son bras ? Est-ce qu’on s’approche à s’écarter – est-ce qu’on existe ?"

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Quid de nos gestes en société ?

D'autres gestes appartiennent aux rituels de société auxquels nous adhérons sans réellement savoir pourquoi et, la plupart du temps, ils nous dépassent. Qui n'a pas tenu en soirée un verre à la main (vide, même, parfois) sans le boire ni le poser ? Qui n'a pas acquiescé à des propos absolument pas écoutés ? "C'est la preuve que vous étiez bien en train d’écouter", note l'écrivain. "Souvent, celui qui parle se contente de ça. On a approuvé de la façon la plus neutre qui soit, sans enthousiasme, sans effarement, sans sourire." 

Il y a aussi ceux que l'on n'ose pas faire, que l'on retient, que l'on tait par pudeur comme lorsqu'on vous oublie au restaurant et que tous les gens autour de vous ont été servis : "Ne pas être servi est une chose. Voir que les autres voient que vous n’êtes pas servi en est une autre", commente l'écrivain. "Alors, vous levez une main qui se veut à la fois discrète et impérieuse – et ce n’est pas facile. Trop timide, votre signal sera noyé dans l’effervescence de la brasserie, provoquera la pitié conciliante de la table la plus proche, sans atteindre l’impavidité perverse du serveur. Trop énergique, votre bras brandi sera vulgaire, ridicule s’il n’est pas suivi d’effet, et désagréable pour votre commensal dont vous semblerez ne plus écouter les propos." 

Autres gestes au programme du livre : pourquoi se lève-t-on le matin ? Pourquoi avons-nous des orgasmes en public à la dégustation d'une mousse au chocolat ? Pourquoi croise-t-on ses mains derrière le dos ? Pourquoi regarde-t-on son whisky ? Pourquoi s'efface-t-on face à l'autre sur un trottoir ? Pourquoi passe-t-on une main sur un livre  que l'on vient de nous offrir ? Bref, au final, la somme de tout ce qui fait que nous sommes comme les autres, comme tout le monde... 

"L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent" de Philippe Delerm, aux éditions du Seuil 

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