Guerre des transats au bord de la piscine : pourquoi perd-on si souvent son savoir-vivre en vacances ?

Guerre des transats au bord de la piscine : pourquoi perd-on si souvent son savoir-vivre en vacances ?
Psycho

VOYAGE TRÈS PRIVÉ - Les vacances riment avec voyages, ceux durant lesquels nous oublions tout... parfois même la bienséance. Mais comment expliquer ce manque de civisme lorsque nous sommes loin de chez nous ?

Quand vous partez en vacances, vous avez a priori un souhait : ne pas avoir à négocier avec votre liberté, fondamentale et essentielle à votre repos. Manque de chance : vous avez beau avoir choisi le plus étoilé des hôtels, vous êtes confronté à cet affreux rituel dit de la "guerre des transats" consistant à voir des touristes comme vous poser dès potron-minet, avant vous, une serviette sur ledit transat au bord de la piscine, pour que la place leur soit réservée au moment où ils auront envie de faire trempette, soit en fin d’après-midi, soit bien après vous. Et ça ne plaisante pas du tout. Il s’agit là d’une organisation inflexible et rigoureuse, où certains parents envoient carrément leurs enfants poireauter avant même la fin du petit-déj', armés d'une pile de douze serviettes. 

Naguère catalyseur des désirs, la piscine devient plus que jamais catalyseur de tensions. Une vraie zone de non-droit pouvant ruiner votre quiétude tant recherchée. Comme il y a zéro règle, l’hôtel décline toute responsabilité ("no more transat, sorry, toi te démerdum"). Seul et démuni avec votre tote-bag dernier cri, vous vous demandez comment négocier avec ce genre de comportement si peu urbain. Sur un forum de discussion, Caro72 dispense la solution miracle : prendre la serviette de l’impétrant, la poser sur le muret (ou la mettre directement au sale s’il y a un panier à cet effet), en attendant que le poseur de serviette gougnafier revienne et attende à son tour. Qui va à la chasse perd sa place. 

N’en reste pas moins une question fondamentale : pourquoi ce non savoir-vivre pendant les vacances, ce mal très répandu partout dans le monde qui nous rend chèvres, voire psychopathes à en croire certaines vidéos sur Twitter ? 

Selon le psychologue Samuel Comblez, contacté ce mercredi 14 août par LCI, lorsque nous partons en voyage, nous franchissons des frontières physiques comme psychiques : "Sans frontières, pas de limites, pas de contraintes, pas de freins. Tout est permis même l'outrecuidance. Le touriste semble doué d'une sorte de toute puissance, aussi parce que son argent lui donne l'impression que tout lui est dû." Et la bienséance d’être piétinée, comme vos pieds dans un métro bondé. 

Pour certains touristes, il faut imposer sa présence avec l'idée que les vacances réussies sont celles au cours desquelles les contraintes n'existent pas- Samuel Comblez, psychologue

Autre explication avancée par le psychologue : le touriste se comporte comme un aventurier qui a soif de découvertes quitte à en oublier de respecter la population qu'il vient visiter : "Les vacances sont limitées dans le temps et le touriste vient marquer son territoire et imposer ses désirs sans en négocier les principes car le temps lui est compté. Pas le temps d'apprendre les coutumes et le savoir-vivre du pays d'accueil. Il faut imposer sa présence avec l'idée que les vacances réussies sont des vacances au cours desquelles les contraintes n'existent pas."

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Une absence de limites allant de pair avec cette idée selon laquelle le vacancier réclame d'être chouchouté, secondé, pris en charge : "Si cela peut être reposant qu'un personnel attentif s'occupe de nous, cela provoque aussi beaucoup de régression", remarque Samuel Comblez. "On se retrouve comme à la belle époque où nos parents faisaient tout pour nous. Insouciants, nous nous laissions porter par des parents bienveillants qui nous passaient tous nos caprices et exagérations. Le touriste est un peu comme cet enfant capricieux qui se croit tout puissant et protégé de ses parents."

Pour autant, selon le psychologue, pas de quoi non plus désespérer : ce genre de caprice, comme cette tannante réservation du transat assignée comme une propriété très privée, devrait se raréfier dans le futur avec le développement du "tourisme responsable" et, avec lui, "une prise de conscience que les populations locales ne sont pas là pour assouvir les mauvais comportements des touristes." 

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