Johnny, groupe coréen BTS, Mylène Farmer... Être fan, c'est grave docteur ?

Psycho
ADDICTS - Des groupies aux sosies, les "aficionados" suivent leurs stars à la trace, à la vie à la mort. C'est le cas pour de nombreux fans de Johnny Hallyday comme pour ceux de tant d'autres célébrités. Mais pourquoi et comment devient-on fan ? Et jusqu'où peut-on aller par amour pour un artiste ?

"À chaque fois que je fais l’amour avec mon mari, j’imagine que c’est Barry Manilow", expliquait dans les années 80 une thuriféraire du chanteur de pop américain, une phrase souvent citée depuis pour décrire le rapport complexe et intense qu’un fan peut entretenir avec une star. Les fans intriguent en effet beaucoup les médias, qui parfois ne les comprennent pas, font des généralités à leur endroit... alors que, par essence, ils sont de tout âge, de tout genre, de tout milieu, social, géographique, culturel. 


Qui n'a pas, pendant son adolescence, acheté des magazines consacrés aux chanteurs à succès, collectionné des vignettes Panini, placardé les posters de ses vedettes sur les murs de sa chambre, et donc développé une passion pour un objet culturel spécifique ? Dans les faits, nous avons tous été, ou sommes toujours "fans". Mais certains à plus forte dose que d'autres...

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Vivre sa vie par procuration

Mais qu'est-ce qui incite "celui qui aime" à devenir "celui qui idolâtre" ? Les psys sont formels sur cette "relation parasociale" : selon le Professeur en Sciences de la Communication Philippe Le Guern, auteur de Passionnés, fans et amateurs,  "le sentiment d'inaccessibilité de la star (...) soustrait cette dernière à l'appropriation privée par le fan, la rend d'autant plus précieuse (...), [nourrissant] la pulsion fétichiste d'autographes ou de photographies collectionnées". Un "lien identificatoire" qui passe par les concerts, les chansons écoutées, les objets collectionnés, ou encore les détails de l’œuvre et les news people. 


En d'autres termes, la star donne la possibilité à tout un chacun à s'extraire de son quotidien routinier, d'élargir la vie anonyme aux dimensions de la vie de cinéma, rejoignant l'idée de "bovarysme" évoquée par le sociologue et philosophe français Edgar Morin. Soit une vie rêvée en parallèle, vécue par procuration.

Dans la tête des fans

Mais de l’adoration existentielle au fétichisme vestimentaire, que se passe-t-il concrètement dans la tête du "fan" ? Scientifiquement, une réponse neurologique très marquée se manifeste lorsque le fan voit une simple image de son idole, une réaction émotionnelle semblable à celle d’un amoureux voyant une photo de l’être aimé, ou d’une mère voyant celle de son enfant. Ce qui explique pourquoi, selon Benjamin Thiry, co-auteur de Mylène Farmer, la part d'ombre (L'Archipel) "certains parents dévalorisent les vedettes adulées par leurs enfants, comme s'ils souffraient d'être mis en rivalité avec elles." 

Ce n’est ni le talent, ni l’absence de talent, ni même l’industrie cinématographique ou la publicité, c’est le besoin qu’on a d’elle qui crée la star Edgar Morin, sociologue et philosophe français

Des témoignages de fans éclairent notre lanterne. Marqué à vie par le fameux concert au Stade de France ("c’était géant, c’était magnifique"), Gérard, 53 ans, écoute Johnny depuis sa tendre enfance et, selon ses mots, une part de lui-même s'en est allée avec la mort de son idole tant il représentait tout dans sa vie, le grand frère comme le meilleur ami : "Johnny, c’était un gars de la rue, il pouvait aussi bien manger avec un milliardaire qu’avec un mec comme vous ou moi, confie-t-il à LCI. C’était quelqu’un de simple qui n’a jamais eu la grosse tête. Quelqu’un qui chante la vie. Il a enthousiasmé toutes les générations, il n’y en aura plus jamais des comme lui. En Amérique, ils avaient Elvis, nous on avait Johnny. Ce n’est plus un chanteur, c’est un membre de la famille." 

Tout le monde est constamment fan de tout un tas de choses car personne ne peut exister dans un monde où rien ne compte (y compris le fait que rien ne compte) Lawrence Grossberg, sociologue et théoricien de la culture

Isabelle (@isalaparisienne), 42 ans, est, elle, fan hardcore de Depeche Mode : "La première fois que j’ai vu le groupe en concert, c'était en 1993 lors du Devotionnal Tour, mais la première fois où j’ai eu l'envie irrépressible de les suivre en concert partout, c'était en 2006, après le concert à Bercy, nous explique-t-elle. Je voulais les voir plusieurs fois et pas me contenter d'une seule fois à Paris. Du coup, j’ai été les voir aux trois dates de Bercy, puis à Nimes et à Arras. Résultat, je les ai vus six fois en 2006." 


Malgré cette régularité, elle n'appartient pas pour autant à un "groupe de fans de Depeche Mode" : "Il m'arrive de retrouver des fans allemands ou hongrois à différents endroits, mais notre passion pour Depeche Mode est le seul lien qui nous unit." Et la génération suivante engendre de nouvelles stars et de nouveaux fans : le groupe de K-Pop (Pop coréenne) BTS se produit en concert en France ce week-end à L’AccorHotels Arena, et les fans campent déjà devant la salle de concert...

Idéalisme passionné

Alors bien sûr, il existe des cas extrêmes de "fan attitude" ayant même nourri les faits divers, comme cet admirateur de John Lennon qui le tua par dépit ou encore ce fan de Björk qui envoya à la chanteuse une cassette vidéo filmant son suicide. Ou encore ce que l'on appelle "l’effet Werther" (selon lequel, lorsqu’une célébrité se donne la mort, le nombre de suicides est par mimétisme en hausse). Mais de manière générale, se passionner pour une star n'a rien de pathologique tant la "fan attitude" demeure un moyen réel de gagner en confiance en soi, donnant à croire en celui qui nous fait rêver.


Pour le psychothérapeute Frédéric Fanget, cela ne devient un problème "que lorsque les passions empiètent sur notre vie (à cause du temps qu'on investit, à cause du temps qu'on leur consacre) et que du coup, nous désinvestissons notre vie réelle." La psychopraticienne Aurore Le Moing estime de son côté que la star peut se révéler un soutien "quand on pourrait éventuellement en avoir besoin”. En d'autres termes, ces étoiles donnent littéralement aux mortels que nous sommes l'envie d'avoir envie. Comme Johnny, oui.

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Johnny Hallyday : la mort d'un géant

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