Et si on créait un ministère de la solitude comme en Grande-Bretagne ? 51% des Français y sont favorables

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HELP ! - Alors que la Journée des Solitudes a lieu ce mercredi 23 janvier, une étude exclusive de l'institut BVA, pour l'association Astrée, apporte un nouvel éclairage sur ce fléau mal connu. Et pour cause, les trois quarts de ceux qu'elle touche disent avoir du mal à en parler. Résultat, 51% des Français verraient d'un bon œil la création d'un ministère dédié, comme en Grande-Bretagne.

Comment lutter contre la solitude, à l'heure où les études sur le sujet se multiplient, apportant leur lot de chiffres peu rassurants ? Dernière en date, celle de l'institut BVA pour l'association Astrée, à l'occasion de la Journée des Solitudes qui se déroule ce mercredi 23 janvier. Selon cette enquête, ce sentiment touche près de 8 Français sur 10, dont 4 sur 10 de manière régulière.


La Fondation de France estime ainsi que 12% de la population vit aujourd'hui dans une grande solitude, ce qui représente 5,5 millions d’individus. "Un chiffre assez constant sauf chez les jeunes, où ce mal invisible augmente : là, il touche plus de 6 personnes sur 10", indique à LCI Djelloul Belbachir, le secrétaire général de l'association Astrée, qui lutte depuis 30 ans pour rompre l'isolement social. "Ce qui est étonnant avec les jeunes, c'est que si proportionnellement ils sont moins touchés que les personnes âgées, dans leur ressenti ils sont plus sensibles à la solitude que les plus anciens".


"Il y a plusieurs hypothèses pour expliquer cela : l'éloignement géographique en fait partie. Le moment de fragilité, c'est quand on quitte le cocon familial, pour aller faire des études ou travailler ailleurs. Et puis il y a les réseaux sociaux qui jouent un rôle ambigu. Dans l'étude, on voit bien que ce n'est pas noir ou blanc : les nouvelles technologies permettent à la fois de rester en contact avec la famille et les amis, et en même temps elles réduisent les échanges dans la vie réelle", poursuit-il.

Le tabou de l'isolement

Autre constat de cette enquête, le tabou qui entoure la question de l'isolement : 74% des personnes interrogées ont répondu qu'elles n'exprimaient jamais ou rarement leur sentiment de solitude. "Comme beaucoup de sujets qu'on n'aborde pas de façon tranquille, il suscite encore un sentiment de honte. Pour les personnes qui en souffrent, c'est une sorte de double peine, une douleur d'autant plus profonde qu'elle est indicible et inaudible", souligne Djelloul Belbachir. "Et puis il y a une idée reçue qui perdure, la solitude est souvent associée aux personnes âgées ou en grande précarité. Or, on vient de le voir, ce fléau touche malheureusement tous les âges et toutes les catégories sociales". 


C'est justement pour renforcer la prise de conscience et interpeller l’opinion publique sur les réalités et la diversité des situations de solitudes, que l'association Astrée organise ce mercredi cette deuxième journée des Solitudes. A la clé, des conférences-débats, ateliers, tables rondes, à Paris, ainsi qu'à Lille, Nantes, Lyon, Bordeaux, Aix-en-Provence, Marseille, Toulouse, Montpellier et Saint-Etienne. L’occasion de trouver des solutions concrètes.

Et pourquoi pas un ministère de la Solitude ?

L'une d'entre elles pourrait bien être la création d'un ministère de la solitude, comme en Grande-Bretagne. Selon l'étude BVA, 51% des personnes interrogées estiment en effet que ce serait une bonne chose. Les Britanniques ont donné l'exemple en nommant il y a un an une secrétaire d'Etat chargée des personnes isolées. Il est vrai que de l'autre côté de la Manche, 200.000 personnes passent souvent plus d'un mois sans n'avoir eu aucune conversation avec un ami ou un proche, selon une enquête menée par Age UK, une association qui leur vient en aide. 


Mais à y regarder de plus près, chez nous, ce n'est guère mieux, puisque d'après l'association Les petits frères des pauvres, 300.000 personnes de plus de 60 ans sont en situation de "mort sociale". L'année dernière, le Conseil économique et social préconisait la nomination d'un délégué interministériel, considérant que c'est un sujet transverse à plusieurs problématiques : la précarité, la santé... Un souhait resté lettre morte. Djelloul Belbachir se veut malgré tout optimiste, avec un brin d'ironie tout de même : "Pour cette Journée des Solitudes, nous avons obtenu le haut patronage d'Agnès Buzyn. On a même le droit d'utiliser le logo du ministère ! Un soutien moral même si pour l'instant, la Ministre des Solidarités et de la Santé ne s'investit pas plus que ça", s'étonne-t-il. Pas encore...

Enquête réalisée par Internet du 5 au 9 novembre  2018 auprès de 1010 Français âgés de 18 ans ans et plus.

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