Journée sans portable : la "nomophobie", mot à la mode ou vraie pathologie ?

Psycho
DirectLCI
(DÉ)CONNECTÉ - Ce mercredi 6 février, tout le monde est invité à se déconnecter à l’occasion de la Journée sans portable. Si pour certains, cela n’aura rien d’insurmontable, pour d’autres, l’idée d’être séparés de leur téléphone ne serait-ce que 5 minutes semble impossible ! Les Français sont-ils si "nomophobes" (accros à leur téléphone portable) que ça ?

Peuvent-ils se passer de leur portable en ce 6 février, décrété "journée sans téléphone" depuis quelques années ? "Ils", ce sont bien sûr les nomophobes, ces personnes se sentant très angoissées à l'idée de perdre leur portable ou dans l'incapacité de s'en passer plus d'une journée. Ce nouveau terme  - contraction de "no mobile phobia" - a été élu mot de l'année 2018 par le comité du Cambridge Dictionnary, et montre à quel point nous sommes devenus dépendants à cet objet. 


Comme le révèle un sondage réalisé à l'occasion de cette Journée sans téléphone portable, par Toluna pour le site de smartphones reconditionnés Recommerce, 21% des Français se déclarent complètement accros à leur téléphone et incapables de s’en passer une journée. 24% admettent même qu’ils ressentiraient un véritable manque s’ils devaient s’en séparer pendant 24h. 

A nouveaux objets, nouveaux maux

Mais qui peuvent bien être ces nomophobes ? Est-ce un nouveau mot à la mode ou une véritable addiction ? Comme l'explique à LCI Antoine Pelissolo, professeur de psychiatrie au CHU Henri Mondor et spécialiste des phobies, "être accro à son portable n'est pas une pathologie, au sens médical du terme. C’est plutôt une forme de dépendance". 


"Dans notre jargon, la phobie est vraiment quelque chose qui crée une peur, un état de panique face à un danger imminent. On n’est pas du tout dans cette dimension-là. On est plus proche d’une forme d’anxiété. C’est une projection dans l’avenir : on se demande, par exemple : 'qu'est-ce qui va se passer si je perds mon téléphone, ou si je n'ai pas de connexion ?' C’est du même type que l’addiction au jeu. Si on supprime l’accès à l’objet en question, ça crée un manque avec le stress qui en découle", poursuit le thérapeute.


Selon le sondage cité plus haut, cet attachement semble dépendre de la génération à laquelle on appartient. Et pour la génération Z qui a grandi avec un téléphone à la main, il est difficile de couper le cordon… Ainsi, 40% des moins de 18 ans confessent ne pas pouvoir se séparer de leur téléphone plus de 5 minutes, contre 30% des Millenials un peu plus âgés. Les plus de 35 ans portent quant à eux un amour un peu moins inconditionnel à leur portable : 43% des 35-54 ans et 65% des plus de 55 ans assurent pouvoir s’en couper sans trop de problème. La région dans laquelle on vit pourrait aussi jouer un rôle dans cette nouvelle forme d'addiction. Les habitants d'île-de-France seraient ainsi beaucoup plus dépendants que les Alsaciens !

13% des Français pourraient passer une journée entière avec leur pire ennemi plutôt que de la passer sans leur téléphone portable !Sondage Toluna pour Recommerce

Et lorsque vient le choix des dilemmes, on s’aperçoit que les Français sont prêts à faire beaucoup de choses pour ne pas être séparés de leur smartphone. Toujours d'après l'enquête de Recommerce, s’ils avaient à choisir : 38% des sondés préféreraient ne pas avoir le droit de parler de toute la journée plutôt que de la passer sans téléphone; 29% seraient prêts à dîner avec leurs beaux-parents et 20% à se priver de nourriture tant qu’ils ont leur portable à leur côté. Quant aux 13% restants, ils pourraient passer une journée entière avec leur pire ennemi plutôt que de la passer sans leur téléphone portable !

 

Des alternatives qui font sourire Antoine Pelissolo. Ce dernier se veut même beaucoup plus optimiste quant au degré d'addiction des Français : "Si vous demandez à des gens de se priver de leur portable pendant un ou deux jours, je suis sûr qu'au bout d’une journée, beaucoup se seront faits à l’idée et ne seront pas dans des états mentaux trop perturbés, en tout cas je l’espère, ou alors c’est qu’ils ont d’autres problèmes par ailleurs ! On est tellement habitué à cet objet qu’on ne s’imagine pas pouvoir se débrouiller sans, alors qu’en fait, heureusement, on s’adapte", analyse-t-il.


Et qu'on se rassure, si on est si attaché à son téléphone, c’est pour une bonne raison : 77% des sondés craignent en effet de rater l’appel d’un proche s’ils n’ont pas leur téléphone à proximité pendant toute une journée. Une inquiétude plus féminine que masculine puisque elle concerne 82% des femmes contre 77% des hommes.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter