"L'orbiting", cette méthode de séduction toxique née des réseaux sociaux

"L'orbiting", cette méthode de séduction toxique née des réseaux sociaux

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SERIAL LOVER - C'est le nouveau mot à la mode : l’"orbiting", soit l'art d'ignorer une personne tout en continuant de suivre assidûment sa vie sur les réseaux sociaux. Une nouveau comportement toxique à ajouter au champ lexical des goujateries 2.0.

Kézako, l''orbiting" ? C'est l'équivalent du "ghosting" qui, on le sait, consiste à installer une complicité avec une personne avant de disparaître complètement, mais... en encore plus pervers. Et l'on qualifie d'"orbiteur" une personne que vous avez rencontré et qui a cherché à vous séduire, qui suit tout ce que vous publiez sur les réseaux sociaux (stories, tweets, posts, photos...) mais qui vous fuit dans le monde réel, ignore drastiquement vos appels désespérés sur le répondeur, comme vos textos tout en emojis. En d'autres termes, l'orbiteur veut faire ressentir sa présence fantomatique, sans s'adresser directement à sa proie, laissant planer le doute comme l'illusion d'une complicité ou d'un amour. Pervers. 


C'est la journaliste américaine Anna Lovine qui a mis en lumière ce comportement toxique, manière 2.0. de surveiller à distance tout en se montrant oppressant. Elle l'a baptisé ainsi dans un article paru sur le blog "Man Repeller" où elle raconte précisément comment elle a rencontré un homme via l’application Tinder. Après un premier rencart, ils se sont mutuellement ajoutés sur leurs comptes Facebook, Snapchat et Instagram. Puis, après un second rendez-vous, il a cessé de répondre à ses messages tout en regardant de façon intempestive chacune de ses stories Instagram et Snapchat. Une forme d'interaction paresseuse. Une façon d'être là sans être là ("assez proche pour se voir ; assez loin pour ne jamais parler”, écrit-elle). 

Proie séduite puis manipulée

Cette affaire d'"orbiting" est plus répandue qu'on ne l'imagine, inhérente à notre addiction aux réseaux sociaux où l'on existe sans besoin de contact réel. Jeanne, 28 ans, a confié à LCI se reconnaître : "Avec l'un de mes collègues, nous nous entendions très bien, nous avons pris un verre ensemble, puis il ne répondait plus à mes textos. J'ai pensé qu'il n'avait plus envie de me voir jusqu'à ce que je constate, éberluée, qu'il me stalkait sur mes réseaux, likant toutes mes photos instagram, Facebook, répondant à mes statuts, retweetant mes tweets. Ça n'a l'air de rien comme ça mais quand vous recevez en moyenne quatre-cinq notifications par jour avec son nom qui apparaît et qu'il ne répond à aucune de vos missives, ça devient très pesant. J'ai fini par le bloquer, me sentant désemparée." 


Selon Anna Lovine, l'orbiter est mû par trois impulsions : soit il est claquemuré malgré lui dans une certaine obligation sociale (une forme polie de s'obstiner à maintenir un lien défait) ; soit il est inconscient de la pression qu'il plaque sur son ex ; soit il est atteint de FOMO ("Fear of missing out"). Dans tous les cas, il veut garder sa proie "en orbite". Soit, pour reprendre l'expression du Narcisse séducteur dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan, "avoir toujours quelque chose sur le feu", comprendre "en option", "à portée de main", "au cas où".

"Une fois la proie séduite, elle peut plus facilement être manipulée"Sarah Chiche, écrivain, psychologue et psychanalyste

En dépit de sa dimension disons moderne, la psychiatre Sarah Chiche rappelle que ce genre de manipulation séductrice remonte à la nuit des temps : "Un manipulateur agit toujours en deux temps, affirme-t-elle à LCI. Dans un premier temps, il ferre, il séduit, en déployant des trésors de gentillesse. "Séduire", c’est étymologiquement détourner, conduire hors de, c’est-à-dire aussi bien "capter" et donc par extension "isoler". Dans un second temps, une fois la proie séduite, elle peut plus facilement être manipulée." 


Bref, pour les amoureux d'anglicismes "tendance", le "orbiting", s'il rappelle le "ghosting", n'est pas si éloigné non plus de ce que certains ont précédemment baptisé le “zombieing” (soit reprendre contact du jour au lendemain avec une personne que l'on avait ignorée) où la proie est assimilée à un “steak haché congelé”. Une définition de l'amour bien cruelle qui rejoindrait celle de cher Dostoïevski : "L'amour, c'est le droit que l'on donne à l'autre de nous persécuter."

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