La canicule amplifie le risque : êtes-vous sujet à la "dépression estivale" ?

Psycho
ANGOISSES D’ÉTÉ - Aux antipodes du "blues de l’hiver" ou de la déprime hivernale se trouve un autre "trouble affectif saisonnier" : la dépression estivale. Deux psychologues nous expliquent ses ressorts.

Non, l'été ne rime pas avec "sea, sex and sun" pour tout le monde. Pour certains, il se conjugue plutôt avec "grise mine", voire "dépression".  Pour le psychologue Boris Charpentier, contacté par LCI, "ce 'trouble affectif saisonnier' méconnu frappe de manière récurrente à la fin du printemps. Son premier symptôme est une agitation constante, aux antipodes de la dépression hivernale qui, elle, est caractérisée par une apathie et une hypersomnie." La dépression saisonnière hivernale touche en moyenne 5% de la population, contre 1% pour la déprime estivale, dont "la cause reste incertaine ; ceci expliquant pourquoi elle se révèle moins facile à prendre en charge que le blues hivernal traité grâce à la luminothérapie."


Selon la psychologue clinicienne Mélanie Fouré, également sollicitée par LCI, cette forme de dépression se manifeste également par "le trouble du sommeil et de l’appétit, la diminution de la libido ou encore un sentiment de solitude pesant associé à un manque de relations sociales" : "Comme il devient difficile d’être sur le 'mode être' plus que sur le 'mode faire', la perception devient douloureuse : le soleil fait mal, l’énergie des autres fait mal…" Soit, comme le souligne Boris Charpentier, "une perte d’intérêt pour des activités qui habituellement génèrent du plaisir." 

Un "sentiment de vide" éprouvé de manière intense

Quels sont les ressorts psychologiques expliquant cette dépression ? Plusieurs facteurs, selon Mélanie Fouré : "Il y a tout d'abord l’adaptation physiologique difficile au rythme circadien estival (luminosité, chaleur, changement de rythme). Pour certains, le corps a été exposé à une longue période de stress et a donc des difficultés à se réguler, à s’adapter au changement ; il faut donc puiser dans l’énergie vitale. Pour les personnes très organisées, perfectionnistes sur toute la période octobre/juin et donc habituées à gérer une charge mentale importante, elles peuvent soudain se trouver désœuvrées, et un sentiment de vide peut être éprouvé de manière intense. Je pense aux personnes dont le travail représente une valeur équilibrante de vie et qui peuvent perdre le sens de la vie quotidienne pendant cette période de ralentissement d’activités, voire de culpabilité à ne pas "faire"".

Face à une impossibilité à trouver de la distraction et à mettre le corps en mouvement, les idées noires trouvent ainsi leur placeMélanie Fouré, psychologue

Parmi les autres personnalités susceptibles d’être touchées par la dépression estivale se trouvent celles complexées par leur corps, qui éprouvent une profonde souffrance et qui peuvent s’interdire des situations de bien-être corporel pour éviter d’être confrontées à une image de soi douloureuse : "Face à une impossibilité à trouver de la distraction et à mettre le corps en mouvement, les idées noires trouvent ainsi leur place", constate Mélanie Fouré. 


Et la canicule d’amplifier le risque, "surtout lorsque les médias sont alarmistes", ajoute le psychologue Boris Charpentier : "Evidemment, il est utile et important d’avoir des recommandations en guise de prévention, mais un discours trop alarmiste  de 'scénario catastrophe' peut affecter les plus sensibles et surtout ceux qui souffrent de ce 'trouble affectif saisonnier'".

Comment s'en sortir

Alors, comment prévenir cette "dépression saisonnière" ? Pour le psychologue Boris Charpentier, "il faut réfléchir à équilibrer les valeurs importantes de sa vie, à apprendre à être bien avec soi." Certes mais concrètement, comment en guérir ? "La pratique de la méditation et de la pleine conscience, la pratique sportive pour apprendre à se connaître et s’accepter peuvent être nécessaires. La thérapie comportementale et cognitive reste ce qu'il y a de plus efficace, permettant de travailler sur les croyances négatives associées à cette période de l'année", conseille-t-il. "Ces pensées peuvent par exemple concerner la transpiration qu’on va imaginer excessive ; ce qui va générer un sentiment de gêne et de honte et conduire à des stratégies d’évitement des situations sociales. Ou encore l’image du corps à laquelle on va porter une attention plus particulière et à travers laquelle on va ressentir une pression sociale quand on a une estime de soi défaillante et un physique qui ne correspond peut-être pas aux idéaux."


Pour la psychologue Mélanie Fouré, "il faut oser en parler à son médecin traitant pour réfléchir à la fonction de ce mal-être (comment s'est-il installé ?) afin de trouver comment y faire face et agir. Il faut apprendre à mettre à distance les pensées qui ne sont que des pensées, à accepter l’inconfort et à mettre en place des actions concrètes pour aider le corps à se sentir bien". Soit autant d'exercices de psychologie positive pouvant aider à traverser cette période en arrêtant de se prendre la tête.

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