Derrière le divertissement pour enfants, que raconte réellement "Le Roi Lion" ?

Psycho
DÉCRYPTAGE PSY - En salles ce mercredi, la nouvelle version réalisée en images de synthèse du "Roi Lion", l'un des plus gros succès des studios Disney, prend les atours d'un divertissement pour toute la famille, "de 7 à 77 ans". Mais que raconte vraiment aux enfants et aux parents cette "histoire de la vie" ?

On connaît tous l’histoire du Roi Lion : au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, frère de Mufasa et donc ancien héritier du trône, a ses propres plans. La bataille pour la prise de contrôle de la Terre des Lions est ravagée par la trahison, la tragédie et le drame, ce qui finit par entraîner l'exil de Simba. Avec l'aide de deux nouveaux amis, Timon et Pumbaa, le jeune lion va devoir trouver comment grandir et reprendre ce qui lui revient de droit… Mais, derrière le synopsis officiel, que suggèrent les dessous de cette histoire ? 


Très inspiré par Hamlet de Shakespeare (tragédie d’un jeune homme sommé par le fantôme de son père de le venger, lui qui a été assassiné par son propre frère) mais aussi par le manga Le Roi Leo de Osamu Tezuka, le film d’animation Le Roi Lion (1995) ressemble surtout à un nœud psychologique transgressant des tabous tenaces chez l’enfant. Pour le psychologue Samuel Dock, contacté par LCI, il fait clairement partie des films d’animation qui, comme Bambi (1942), abordent le deuil à la manière d’un apprentissage, sans faire abstraction du sentiment de peur et d’abandon d’une figure tutélaire : "Pas facile de parler de la mort et des processus de transmission avec un enfant !" remarque-t-il. "Si ce film de Disney a marqué toute une génération, c’est parce que la mort de Mufasa - prise dans une chaîne inter-générationnelle ancienne que continuera le héros - mettait en scène de façon explicite ce sujet, tabou chez l’enfant."

Œdipe Roi-Lion

Plus encore que la dimension traumatique du deuil, Le Roi Lion se présente comme une illustration du complexe d’Œdipe. Pour Samuel Dock, "ce que la trame raconte, c’est : on ne peut devenir soi qu’à la condition d’avoir lié à son être, puis dépassé, une figure parentale assez sécurisante mais pas trop..." Ce que nous confirme également la psychologue et thérapeute familiale Geneviève Djenati, connue pour sa Psychanalyse des dessins animés (L'Archipel) : "Le Roi Lion contient tous les symboles du complexe d’Œdipe." Soit le désir inconscient de l'enfant d'entretenir un rapport incestueux avec le parent du sexe opposé et d'éliminer le parent rival du même sexe, qui tire son nom de l'œuvre de Sophocle, Œdipe roi. En d'autres termes, la transgression inconsciente de deux tabous : l'inceste et le parricide. 

"Je voudrais déjà être roi"

"Dans le dessin animé comme dans le film, les humains sont remplacés par les lions", poursuit Geneviève Djenati. "Il y a le père fort et idéalisé, la mère affectueuse, le souhait de mort du père déplacé sur l’oncle Scar (l’assassin de son propre frère et donc du père de Simba n'est en réalité qu'un support de déplacement du père). On retrouve la rivalité fraternelle, l’éloignement puis le retour, avec le dépassement de la culpabilité. Ainsi, l’inscription dans l’ordre des générations est-elle possible en donnant naissance à une descendance. Le père est présenté comme porteur de la loi et comme initiateur. L’échange avec son fils passe par la parole, sa sagesse est figurée par la présence du vieux singe."

Signe qui ne trompe pas : dans le dessin animé Disney comme dans le film de Jon Favreau se trouve la chanson de Simba intitulée "Je voudrais déjà être roi", distillant un message on ne peut plus clair sur la montrée inexorable du désir œdipien, sous-entendant inconsciemment chez le jeune lionceau "Je voudrais déjà être roi... à la place de mon père." L'enfant désire prendre la place du père, entité puissante et idéalisée à laquelle il souhaite ressembler. Geneviève Djenati ajoute qu’en substance, "une histoire comme celle-ci permet à un enfant de vivre des expériences comme son héros Simba et de traverser des épreuves qu'il ne comprend pas ou qui peuvent paraître insurmontables. Le fait que Simba s’en sorte et triomphe apporte de l’espoir."

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