Les chauffards multirécidivistes sont-ils accros à la vitesse comme à une drogue ?

Psycho

ADDICTION - Pour Nadia Karmel, mère de famille ayant perdu deux de ses enfants dans un accident de la route, les excès de vitesse des chauffards multirécidivistes répondent à une véritable dépendance. Peut-on effectivement parler d'addiction à la vitesse ? Un psychologue nous répond.

La vitesse comme une drogue... Nadia Karmel qui a perdu deux de ses enfants dans un accident de la route provoqué par un chauffard multirécidiviste en avril 2018 dans l'Aisne, a témoigné ce mercredi sur France Info avant l'ouverture du procès de celui-ci : "Je pense qu'on peut considérer ces excès de vitesse comme une dépendance, comme l'alcool et la drogue", a-t-elle déclaré.

S'agit-il effectivement d'une addiction ? Nous avons posé la question au psychologue Sébastien Garnero. Selon lui, "il faut dans un premier temps différencier les niveaux de dépendance" : "En matière d’addiction à une substance ou un produit, la dépendance physique est liée à un déséquilibre du fonctionnement cérébral suite à une consommation régulière, qui peut jouer sur les récepteurs du cerveau et entraîner un syndrome de manque et la compulsion. La dépendance psychologique se traduit, elle, par des comportements compulsifs inadaptés, irrationnels, pour rechercher une stimulation pouvant s’étendre à des produits mais également à des activités ou des comportements (jeux d’argent, jeux vidéo, sexualité, sport, travail, achats compulsifs, sensations fortes, vitesse...)". Ainsi, poursuit-il, "en psychologie, la dépendance à la vitesse et aux sensations fortes se situent dans le cadre des addictions comportementales non liées à une substance, mais elles peuvent être tout aussi dangereuses. Les multirécidivistes d’excès de vitesse et autres chauffards qui défrayent l’actualité régulièrement en sont la preuve."

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Quand l’addiction devient un risque majeur pour autrui

De manière générale, dans le cas d’une addiction à la vitesse au volant, que recherche la personne ? "Des sensations fortes aux niveaux  corporelles, visuelles, vestibulaires, qui sur-stimulent le cerveau par une décharge d’adrénaline et déclenchent par la même une sécrétion d’endorphine et du système de récompense et de plaisir (dopamine, sérotonine...) qui vont auto-entretenir le processus addictif, explique Sebastien Garnero. De fait, l’individu confronté à cette situation aura tendance à vouloir réitérer cette expérience quand il sera dans sa voiture. Et ce d’autant plus qu’il n’a pas mesuré les conséquences et le risque de dangerosité pour autrui, se sentant dans son véhicule personnel confortable, protégé, et sécurisé, comme s’il vivait une expérience irréelle ou de virtualité."

S'exprime à travers cette addiction un sentiment de toute puissance, de transgression des limites, de l’interdit et des lois qui va souvent avec l’absence d’empathie pour les autres- Sébastien Garnero, psychologue

Mais pourquoi la personne qui se sait attirée par la vitesse ne cherche-t-elle pas à assouvir son addiction dans des activités sécurisées, comme par exemple les circuits ou les manèges à haute vitesse, sans risque pour les autres ? "C’est toute la différence avec le chauffard multirécidiviste, dont l’addiction va se doubler d’une forme de personnalité limite, antisociale voire psychopathique dans certains cas et d’un risque majeur pour autrui, note notre psychologue. Sur le plan psychologique, on peut noter que dans ce type de comportement dangereux, voire criminel dans certains cas, on retrouve en plus des facteurs liés à l’addiction et des sensations fortes de prise de risque : un sentiment de toute puissance, de transgression des limites, de l’interdit et des lois qui va souvent avec l’absence d’empathie pour les autres. Et ce d’autant plus, pour les multirécidivistes, pour lesquels visiblement la loi n’a pas fait office de limites et de régulation dans les comportements délictueux." Une dérive comportementale pouvant être exacerbée par la prise de stupéfiants et/ou d’alcool. 

Que faire dans ces cas ? "Des mesures de justice s’imposent et une obligation de suivi psy pourrait être proposée de concert, à la fois par rapport à la problématique addictive mais aussi et surtout par rapport à un problème de personnalité antisociale ou psychopathique pour certains", conclut Sébastien Garnero.

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