Mais pourquoi certains applaudissent-ils à l’atterrissage d’un avion ?

Psycho

ACCLAMATEURS - Il vous est forcément arrivé d’entendre au moment de l’atterrissage d'un avion une salve d’applaudissements et... de ne pas comprendre la raison d'une telle liesse. D’où cette question obsédante : pourquoi ?

Dans notre série estivale "les gens en vacances", nous ne pouvions pas ne pas évoquer ces femmes et ces hommes qui cèdent au réflexe pavlovien d'applaudir le pilote d'avion qui vient de négocier son atterrissage. Sur un forum consacré au voyage, un internaute avoue faire partie de ces acclamateurs enjoués : "Il m'est arrivé de démarrer un applaudissement (que pas mal de passagers ont suivi) après l'atterrissage d'un vol où il y avait un problème technique sur le moteur d'un avion. Le commandant de bord nous avait bien tenu informés de la situation et de son évolution. C'était très pro." Toujours sur le même forum, une autre internaute partage sa circonspection pleine de pragmatisme : "Le boulot du pilote, c'est de faire décoller, voler et atterrir un avion. C'est la base, c'est le minimum ! Alors non, moi je refuse d'applaudir quelqu'un qui a juste fait son boulot !" Problème technique ou pas.

Mais pourquoi, même lorsque le vol n'a connu aucune perturbation, certains saluent-ils tels des ravis de la crèche un acte aussi banal ? "Il s’agit surtout d’une réaction de soulagement, de gratitude d’être arrivé vivant", nous répond la psychologue Laurie Hawkes (qui prend souvent l'avion). "Ces applaudissements sont vitaux, ils servent de défouloir. Ils sont mus par la peur de mourir en avion, qui existe un tant soit peu chez tout le monde : même les non-phobiques, à un moment du vol, réalisent qu’ils sont dans les airs, très loin du sol, et trouvent cette perspective vertigineuse. D’autres, enfin, applaudissent parce qu'ils appartiennent à un même groupe, ravi d'être arrivé à bonne destination. C'est très fréquent chez ceux qui voyagent peu voire pas du tout."

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Une vision corroborée par Alain Hollemaert, pilote de ligne, sur le site Quora  : "Je pense que ce comportement vient juste d'un relâchement de tension en fin de vol, de ces gens qui craignent de prendre l'avion, des anxieux légers qui n'aiment pas perdre le contrôle aux grands effrayés de l'altitude. Une fois posés, ils pensent être hors de tout danger (et pourtant, pas du tout) et laissent sortir la pression, par des applaudissements et un gros "AAAHHH" de soulagement, qui par effet de foule se transforme discrètement en cri positif de contentement (…) Je constate également que plus il y a de turbulences, d'orages, de phénomènes effrayants pour les passagers, plus les chances d'applaudissements à l'atterrissage augmentent."

Dans son cockpit, le pilote n'entend rien...

La ferveur des uns suscite l'agacement des autres, ceux qui ne sont pas particulièrement phobiques de l’avion ni même fans de pareilles démonstrations. Selon notre psychologue, "ceux qui sont agacés peuvent être soit d’autres inquiets qui ne veulent pas penser à leur inquiétude, et détestent qu’on mette le projecteur sur ce soulagement, sur cette peur secrète. Soit des gens qui trouvent toute manifestation émotionnelle un peu 'inférieure'. C'est exactement comme ceux qui sont agacés par les applaudissements en fin d’un cours de sport."

Laurie Hawkes constate toutefois que ce phénomène rappelant des otaries sous ecsta tend à se raréfier : "Si je me réfère à mes expériences, les dernières fois où j’ai vu et entendu applaudir des passagers dans l'avion, c’était soit parce qu’il y avait eu des secousses intenses et qu’ils étaient particulièrement contents d’arriver indemne ; soit parce que les passagers étaient émus pour une raison ou une autre, par exemple lorsque tous les passagers savaient, via les stewards et hôtesses de l'air, qu'il s'agissait du dernier vol du commandant, qu'il allait prendre sa retraite. Alors les gens ont applaudi à l’arrivée, longuement." Une standing-ovation qui ne sert en réalité à rien : de son cockpit, le pilote n'entend jamais les applaudissements qui lui sont adressés...

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