Mais pourquoi certains parlent-ils si fort dans l'open space ou le métro ?

Psycho

HEY, TU M’ENTENDS ? – La question se pose : pourquoi certaines personnes parlent fort - comme si nous étions tous sourds - dans l’open space, le métro, au téléphone ? Un éclairage psy s’impose.

Qui n’a jamais été gêné (euphémisme) par un ami, un proche, un quidam… qui, en votre présence, parle déraisonnablement fort ? Blague scabreuse dans un ascenseur venant d’un collègue très loquace et peu soucieux des conventions sociales (et donc crispant pour ceux qui l'entourent), souvenir d’un week-end dans les Gorges du Pougelon par un pot-de-colle tonitruant qui vous supplie des yeux de lui tenir le crachoir, confession trop intime d’un ami enjoué à la perspective de raconter ses dernières fantaisies sexuelles... Des confins de l’open space à la rame de métro bondée, c’est peu dire que cet éventail de situations embarrasse. 

Selon la psychologue Mélanie Fouré, ce genre de comportement s’explique : "Si l’on exclut les problèmes ORL, le fait de parler plus fort que les autres dénote paradoxalement un besoin de sur-compenser un sentiment d’insécurité, et bien souvent la peur de ne pas avoir la capacité d’attirer l’attention de son interlocuteur autrement", nous assure-t-elle. "Le fait de parler plus fort donne ainsi l’illusion de pouvoir : être important, attirer l’attention, prendre une place, exister…. Et ce pouvoir rassure face à une forme d’impuissance."

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Sur-stimulation des sens

Pour Stéphane Rusinek, professeur de psychologie clinique, que nous avions sollicité dans le cadre d'un précédent article, la personne qui parle fort et qui met en péril votre quiétude chérie cherche à s’accaparer l’attention : "Quand on écoute certaines conversations dans le métro, on se rend compte assez rapidement que les personnes abordent des sujets de conversation afin que les autres les entendent, affirmant ainsi le fait qu’elles peuvent être importantes. Le crier à la face du monde, même s’ils le crient à des étrangers qui n’en ont rien à faire. Les manifestations de ce type se caractérisent aussi par le fait de laisser l’étiquette de l’aéroport sur sa valise pour montrer que l’on est parti à Los Angeles ou à Tokyo."

"A chaque fois, c’est exactement le même phénomène, poursuit de son côté Mélanie Fouré. Aussi bien dans l’open space que dans le métro, les sens peuvent être sur-stimulés et l’espace individuel moins perçu. Il est fort probable que pour certaines personnes, il s’agisse d’une manière de se soulager d’un stress physiologique."

Une réponse qui appelle la question inverse : ceux qui parlent si bas qu’on ne les entend pas ou qui marmonnent, qu'est-ce que cela traduit ? "Soit un manque de confiance en soi important, soit une anxiété sociale, parfois les deux", répond notre psychologue. "Il ne faut pas non plus négliger une autre option : que cela puisse être contextuel, c'est-à-dire que certaines situations sociales deviennent activatrices de cette inhibition. Ou alors que ce soit généralisé, c'est-à-dire que peu importe les situations, la personne qui marmonne ou parle très bas traduit ainsi une peur de déranger, d'exister dans l'interaction, et cela est dû à des apprentissages précoces d'un danger dans l’interaction. Pour certaines personnes, cela peut être un symptôme de manque d'élan vital, donc d'un syndrome dépressif. En d’autres termes, il n’y a plus suffisamment d'énergie pour communiquer." Dans le cas contraire, c’est donc l’inverse : trop d’énergie pour attirer l’attention de l’autre. 

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