Mais pourquoi les gens veulent-ils absolument se coller à vous sur la plage ?

Psycho

SERRONS-NOUS ! - C'est l'un des grands mystères de l'existence : ces vacanciers qui veulent absolument coller leur serviette non loin de la vôtre à la plage. Mais comment expliquer ce comportement ?

En vacances, il n’y a pas que la nature qui a horreur du vide. Il y a aussi les estivants qui aiment à coller leurs serviettes non loin de la vôtre à la plage, même lorsque celle-ci est dépeuplée. D'où notre question : pourquoi une telle soif de promiscuité ? Avec la serviette, chacun peuple-t-il inconsciemment sa solitude ou est-ce plus complexe ? Le psychologue Samuel Comblez, sollicité par LCI mercredi 21 août, y voit en réalité le même comportement que les spectateurs d'une salle de cinéma qui vont se blottir les uns aux autres alors que la salle est vide : "Si vacances riment avec détente, elles sont aussi symbole de nouveautés et donc d'inconnus. Ceux-ci peuvent faire peur et les touristes réunis en troupeaux peuvent avoir l'impression qu'ensemble, voire les uns sur les autres, ils sont plus forts...". Mais ce n'est pas la seule explication. 

Une pointe d'égoïsme explique aussi ce comportement : "Chacun rêve des meilleures vacances pour lui-même et suppose que si des touristes ont choisi un petit coin de plage, ce n'est pas par hasard, c'est probablement parce que ce coin-là doit être aussi un petit bout de paradis. Tout le monde rêve de paradis et vient alors s'agglutiner en supposant avoir, tout comme ses voisins, trouvé l'endroit idéal ! L'être humain est un être social et même s'il s'en défend, il a besoin d'être entouré. Il est plus facile de faire partie du troupeau que d'être considéré comme une brebis galeuse. Et plus on est au centre du groupe, plus on est vu." Tellement bien vus que certains confondent "se mettre à côté de vous" et "se mettre sur vous", révélant d'ailleurs un visage défiguré par la stupeur si vous leur faites poliment la remarque qu'ils marchent sur votre tranquillité. 

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Instinct grégaire

Ce qui définit l’envie de rejoindre absolument l’autre sur une plage pourrait bien être ce bon vieil instinct grégaire, cette "obéissance de l’individu à la masse, de manière aveugle et sans réflexion" : "Cet instinct, c'est lorsque l'individu noyé dans le groupe obéit sans penser, se laisse conduire comme un mouton dans un troupeau. En somme, il délègue au groupe la capacité de penser. Ne plus avoir à penser permet de se détendre. Mais plus encore, c’est l’esprit d’égalité qui est sous-jacent : si on est tous au même endroit, c'est qu'on est tous un peu pareil, ça rassure et fait plaisir ! Et la promiscuité est l'occasion de satisfaire notre curiosité !"

 

Certes, chacun aspire différemment à sa tranquillité pendant ses chères villégiatures. Impossible en effet de terminer le Théâtre de l'Inde ancienne dans La Pléiade (et de s'en servir de paravent pour fuir tout voisin balourd) ou de se concentrer sur la consultation de son absence totale de SMS avec une bande résolument décidée à camper à deux mètres de vous avec ses serviettes king size, ses parasols, ses tentes, ses bouées, ses glacières, ses chaises, ses volutes de fumée, ses amis, ses amis d'amis et sa turbulente descendante qui, en plus, vous balance du sable. Mais ne désespérez pas pour autant. 

Le psychologue révèle que ces attroupements, souhaités ou pas, peuvent aussi avoir du bon "socialement parlant" : "En maillots de bain, voire nus, on est tous pareil", constate-t-il. "Pas de classe sociale, pas de rôle à jouer, on se ressemble tous. On peut alors se placer à côté d'un quidam sans chercher à savoir s'il fait partie de notre catégorie sociale. On se presse les uns sur les autres avec l'idée que plus on est de fous, plus on rit, peu importe qui l'on est. Ce peut aussi être une belle leçon de civisme et de vivre ensemble."

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