Megxit : comment expliquer la fascination des Français pour les têtes couronnées britanniques ?

Megxit : comment expliquer la fascination des Français pour les têtes couronnées britanniques ?
Psycho

L’ŒIL DU PSY - Si elles peuvent plonger certains dans un abîme d'indifférence, les vicissitudes de la famille royale britannique sont passionnément décryptées par leurs thuriféraires. Comment expliquer que les joies et les heurts des têtes couronnées captivent à ce point ?

Mais qui a dit que le Megxit ne passionnait personne en France ? Archi-faux : si nos amis britanniques ont souvent des opinions tranchées sur les psychodrames se déroulant chez les Windsor, force est de constater que, dans l'Hexagone, on raffole aussi des enjeux tiraillant la famille royale britannique. A tel point qu'avec ses nombreux rebondissements qui tiennent en haleine - dernier en date, la reine réagissant "avec mansuétude" aux velléités d’indépendance de Harry et de son épouse Meghan -, on a l'impression de se passionner pour une série télévisée. 

Un parallèle qu'un internaute français se permet d'ailleurs sur un forum de discussion : "Je voue une fascination sans borne pour la famille royale britannique, je regarde actuellement The Crown, et pour moi, la reine est essentielle pour représenter toute la distinction du pays", confesse-t-il en décembre 2019. Il n'est pas le seul. 

Pourquoi alors les démêlés du couple Harry-Meghan avec le reste de la famille Windsor déchaînent nos passions en ce début 2020 ? Pour la psychologue Laurie Hawkes, interrogée par LCI, il suffit de prendre "l'exemple de Johnny Hallyday et de tout ce qui se passe avec son héritage" pour comprendre un tel mécanisme : "Regardez comment les fans réagissent, ils se disputent, prennent parti, se déchirent pour leur idole", remarque-t-elle. "La vraie différence, c'est que la famille royale recèle une dimension supplémentaire chez les Français : elle symbolise tout d'abord la royauté qui a disparu en France. Avec un regard franco-français, on est fasciné par ce que nous autres, héritiers d’un sans-culottisme diffus, n'avons pas et que nous n'avons plus."

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Est-ce alors parce que la France n'a plus eu de monarque depuis 143 ans, soit depuis le départ de Napoléon III après la défaite française face aux Prussiens pendant la guerre de 1870, que les aficionados français de la famille Windsor regrettent la royauté ? "Avoir une figure presque divine au-dessus de nous, c’est rassurant, même si on a peur qu'ils se fassent couper la tête", soutient Laurie Hawkes. 

La population est fascinée par ces personnages providentiels tout en se montrant constamment déçue à leur égard- Benjamin Thiry, psychologue

Un raisonnement "historique" qui rejoint celui du psychologue Benjamin Thiry, également sollicité par LCI : "Depuis la nuit des temps, la tendance naturelle des groupes humains est de désigner un meneur qui parlera, agira, prendra des décisions et les autres se contentent de décider de les suivre ou de s’y opposer. Au fil de l’histoire, les meneurs ont trouvé des légitimités nouvelles, bien souvent de nature religieuse, et porté des titres glorieux : césars, rois, empereurs, présidents, etc. Ceci afin de diminuer les mouvements de contestation de rivaux éventuels. Ainsi, la figure du meneur fait l’objet d’une idéalisation de la majorité de la population, indépendamment des critiques qu’elle pourrait lui adresser. Le meneur est un personnage qui rappelle un parent qui s’occupe de ses enfants, qu’il le fasse bien ou mal. Le peuple attend de ce chef qu’il réponde à ses problèmes, rappelant l’enfant que nous avons tous été." 

En d'autres termes, les membres de la famille royale, dans l'inconscient collectif, sont comme des repères, soutenant que nous avons un besoin impérieux de symboles, de profondeur historique, de références permanentes dans notre quotidien. Ils incarnent donc ces chefs, "personnages surnaturels qui suscitent le rêve, le rêve d’un parent idéal qui viendrait résoudre tous nos problèmes" : "Il n’est dès lors pas étonnant que la population soit fascinée par ces personnages providentiels tout en se montrant constamment déçue à leur égard", ajoute Benjamin Thiry. Et le couple ultra-médiatique Harry-Meghan, refusant le poids des conventions établis par la couronne britannique en ce début 2020, de s'affranchir de la tutelle des membres de la famille Windsor. Délivrés, libérés. Mais provoquant l'incompréhension, voire l'ire, de certains fans de la famille Windsor.

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Comme la presse en parle souvent, il faut presque une passion inverse pour ne rien savoir des histoires des Windsor. - Laurie Hawkes, psychologue

Reste une question : que l'on adore ou pas ce "feuilleton", pourquoi des réactions aussi outrées ? "Il y a tout de même un certain nombre de spectateurs tièdes, suffisamment amusés par ces histoires pour se tenir à peu près au courant mais qui peuvent quand même dormir la nuit." Et ceux qui s'en moquent royalement ? "Comme la presse en parle souvent, il faut presque une passion inverse pour ne rien savoir des histoires des Windsor. Soit une détermination rageuse à ne rien entendre, ne pas être emporté là dedans. Certains me semblent "héritiers" de la révolution, de cœur sinon de lignée et donc farouchement anti-noblesse et privilèges, quand d’autres ne veulent tout simplement pas s’encombrer avec de telles fariboles." 

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