Comment lutter contre notre blues du dimanche soir ?

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VAGUE À L'ÂME - Beaucoup de gens sont touchés par le blues du dimanche soir. Mais peut-on réellement vaincre ce spleen ? Une psychologue nous répond.

Pour certains, la journée du dimanche rime avec grasse mat’ ; pour d’autres, elle s’écoule au ralenti, récite un schéma rompu d’obligations familiales chronophages… muant au gré des heures mortes en une lente et inexorable baisse de moral, qui atteint son paroxysme en début de soirée. En d’autres termes, le dimanche soir vous absorbe dans sa noirceur, vous renvoie à cette période enfant-ado où vous deviez finir vos devoirs, et vous fait éprouver un blues têtu. Ne manque plus que le générique de l’émission de Drucker, et là, vous avez envie de sortir une corde. Ne paniquez, nous sommes nombreux à ressentir cet inexorable vague à l’âme à chaque fin de week-end.


Cet ennui fangeux, Chloé, jeune Parisienne de 25 ans, le connaît bien : "Chaque dimanche est une nouvelle épreuve à passer, nous confie-t-elle. Après avoir fait la fête le samedi soir, je ne suis pas au meilleur de ma forme. Mais surtout, j’ai besoin d’être occupée car je sais que sinon je vais me morfondre dans mon lit, commander un MacDo, regarder un film et attendre que la journée passe, en espérant qu’un de mes amis m’invite à boire un verre pour égailler la soirée avant de reprendre le travail le lendemain."

Le dimanche après-midi, il y a souvent un regret que le week-end touche à sa fin : ( ) le lendemain, ( ) on ne s’appartiendra plus vraiment.Laurie Hawkes, psychologue

Chloé est loin d'être isolée. La mélancolie du dimanche écrase tout de sa sourde empreinte, coincé qu’il est entre la fête du vendredi/samedi et le retour au travail du lundi : "Il s’agit de mélancolie courante, de cette espèce de nostalgie, de vague tristesse, qui peut s’emparer de nous avec cette notion de manque, explique à LCI la psychologue Laurie Hawkes. Le dimanche après-midi, il y a souvent un regret que le week-end touche à sa fin : la liberté va s'envoler, il va falloir reprendre le lendemain le travail avec ses servitudes, et l’on ne s’appartiendra plus vraiment."

Le vide peut engendrer la mélancolie

Que ressentent précisément les mélancoliques du dimanche ? L'impression de ne pas être réveillé, de végéter dans une bulle inconfortable, de ne pas avoir profité de la journée… : "Le dimanche peut être un moment de vide, poursuit la psychologue, citant la chanson de Charles Trenet 'Les enfants s’ennuient le dimanche'. On est censé s’amuser, profiter de la vie, mais nombre de gens n’ont pas trouvé d’occupation passionnante à raconter le lendemain. C’est le même phénomène que pendant les vacances ou lors des fêtes : des moments supposés joyeux et excitants, mais parfois vides. Le vide, donc, peut engendrer la mélancolie."


Un sentiment diffus qui prend une ampleur supplémentaire en automne, saison où la tristesse devient contagieuse. "Ce peut être la perspective de la fin. Fin de l’été, des beaux feuillages aux arbres, des jours longs… L’obscurité hivernale arrive, avec le froid. Cette mélancolie-là est plus souvent douce, ou douce-amère. On peut se la chatouiller comme un aphte dans la bouche, contempler le ciel avec sa lumière déclinante en se délectant de se sentir triste du changement de saison. Mais certains vont vivre le "SAD" ("Seasonal Affective Disorder") et entrer dans une forme généralement pas trop aiguë de dépression saisonnière due au manque de lumière."

S’en sortir

Ok, mais existe-t-il des moyens de sortir de cette torpeur dominicale ? Florian Ferreri, psychiatre, et Guatier Bouchaud, professeur des écoles, ont tenté de décortiquer ce vague à l'âme chronique dans un livre, Vaincre le blues du dimanche soir (chez Hachette), et de trouver des solutions pour retrouver le goût de la paresse constructive et créative, bouger à son rythme, cultiver l’optimisme et la curiosité, rêver, entreprendre, favoriser les belles relations, rompre la routine.


Au gré de témoignages de tous âges, leur livre dispense de précieux conseils pouvant venir en aide aux mélancoliques : garder le rythme ("Midi au lit, dimanche pourri !" devient un leitmotiv), sortir pour s’aérer l’esprit, cultiver l’optimisme, préparer des playlist anti-déprime (films comme musique), déconnecter, pratiquer la relaxation, éviter la consommation excessive d’alcool, déjouer le piège de la météo maussade, cuisiner avec ses enfants, booster son activité sexuelle (comme disait Guitry, "Ne faites jamais l’amour le samedi soir car, s’il pleut le dimanche, vous ne saurez plus quoi faire") ou encore "mentaliser" son lundi. La clé pourrait bien être là : il faut organiser son dimanche pour éviter qu’il se résume à végéter en pyjama devant la télévision. 

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