Mon fils veut s’habiller "en fille", ma fille "en garçon" : comment l'aider à être bien dans sa peau ?

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SANS CONTREFAÇON - Il arrive que des petits garçons et de petites filles plébiscitent des choix vestimentaires du sexe opposé. En tant que parent, faut-il inciter son enfant à être conforme à son genre ou pas du tout ? Un pédopsychiatre nous répond.

Les enfants de stars déchaînent les passions. Leurs choix vestimentaires, pas moins. Vous l'avez peut-être récemment lu au détour d'une dépêche people : à 4 ans, le fils aîné de Megan Fox et Brian Austin Green adore porter des robes de princesse, pour le plus grand bonheur des paparazzis, et ses parents le laissent les arborer, n'en déplaise aux mauvaises langues conservatrices. Idem pour la fille de Brad Pitt et Angelina Jolie, âgée de 11 ans, elle aussi au centre des attentions parce qu'elle aime "s'habiller comme un garçon" en portant des costumes "avec cravate et veste". 

A chaque fois, la défense des parents stars devient un panégyrique de la différence, un plaidoyer pour l'ouverture d'esprit... Selon le pédopsychiatre Stéphane Clerget, contacté par LCI, "l'attitude de Megan Fox et de Brian Austin Green s'affirme comme très militante. Au début du siècle dernier, les filles n’avaient pas le droit de porter de pantalons et aujourd'hui, la majorité des petites filles sont habillées comme des petits garçons. Peut-être sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère laissant plus de liberté vestimentaire aux garçons." Seulement voilà, tous les parents ne sont pas aussi ouverts d'esprit que Megan Fox et Brian Austin Green, lorsqu'ils sont confrontés à cet "espace du milieu" chez des enfants qui refusent de répondre aux "normes". 

Les enfants restent porte-paroles du regard de leurs parents - Stéphane Clerget, pédopsychiatre

"N'importe quel parent peut bien sûr laisser son petit garçon s’habiller comme une petite fille ou sa petite fille s'habiller comme un petit garçon, avec un risque toutefois, celui qu’il soit moqué par ses camarades à l'école", poursuit le pédopsychiatre. "Si, en Occident, les éducateurs actuels laissent une liberté dans le choix des jeux - on laisse un garçon jouer à la poupée sans problème, les enfants restent très 'genrés' entre eux, comme porte-paroles du regard de leurs parents, devenant le reflet du regard sociétal majoritaire ; et, dans un souci de quiétude, les directeurs d'école peuvent émettre des réserves sur le choix des vêtements, ne serait-ce que pour protéger l’enfant de moqueries." 

L'intolérance ambiante dans la société actuelle peut aussi échauder les jeunes parents : "Les agressions homophobes et transphobes persistent, elles sont plus nombreuses qu’avant, plus visibles, plus signalées. Il y a aussi toute une population française d’origine étrangère et très traditionnelle pour qui ce sujet-là n’est pas encore accepté. Au final, l’éducation, la culture, la religion entrent ainsi en ligne de compte dans cette tolérance." Et les parents ultra-connectés ne le savent que trop bien : il ne s'agit donc pas tant d'interdire à l'enfant de s'habiller comme il le veut, mais de le protéger de rencontres hostiles.

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Pas le même regard sur les garçons et sur les filles

Le parent a besoin de comprendre pourquoi son enfant veut s'habiller avec les vêtements du sexe opposé et selon Stéphane Clerget, rien ne vaut mieux que le dialogue avec ce dernier : "Dès 4 ans, les enfants perçoivent les différences entre filles et garçons. Une fille a conscience qu'elle est une fille, un garçon un garçon, a priori pour toujours. C'est à cet âge-là qu'ils commencent à faire des choix dits "genrés", qu'ils savent distinguer des vêtements de filles ou de garçons et cherchent parfois à prendre modèle sur l’apparence du père ou de la mère. En tant que parent, on doit aider son enfant à être bien dans sa peau et pour l'aider, il faut connaître les motivations : pourquoi un petit garçon veut s'habiller en petite fille, s’agit-il d’un goût pour le déguisement ou d’une revendication ? Ou alors est-ce le désir d’être une fille ? Est-ce que derrière, il ne se cache pas un mal-être dans son identité ?  Il faut essayer de savoir pourquoi il est contrarié d’être un garçon et si 'être un garçon' n'impose pas à ses yeux de renoncer à toutes les activités féminines ? Et lui dire : 'ce n’est pas parce que tu es un garçon que tu n’as pas le droit de jouer avec ce que tu veux, t’as le droit d’être le garçon que tu veux être, mais ne renonce pas à être un garçon parce que tu as des centres d’intérêt qui sont ceux des filles.' Lui faire donc comprendre qu'il peut être un garçon et jouer à la poupée, aimer la couleur bleue comme la couleur rose..."

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Subsiste toutefois une question : pourquoi une fille qui s'habille en garçon semble moins poser de problème à la société qu'un garçon qui s'habille en fille ? "C’est à mon sens la preuve que l’on reste avec cette idée que la féminisation est dévalorisante et la masculinisation, valorisante", constate Stéphane Clerget. "Si les filles vont du côté des garçons, la société approuvera, considérant qu'elles vont du côté du sexe fort. Regardez au XVIIIe siècle : lorsqu'un homme s’habillait en femme, il était interné ; lorsqu'une femme s’habillait en homme, parfois pour faire l’armée, on lui demandait de "se rhabiller" en femme mais on ne la pénalisait pas car on trouvait sa démarche louable. Aujourd’hui, on voit plus de petits garçons qui veulent être des petites filles, comme si dans notre société, les femmes incarnaient désormais le pouvoir." 

Dans la société du futur, l’apparence physique deviendra un accessoire.- Stéphane Clerget, pédopsychiatre

A ce sujet s'ajoute l'ambiguïté de l'orientation sexuelle du futur adulte pour les parents : "Soyons clairs : ce n’est pas parce que l'on empêche un petit garçon de mettre des jupes qu'il ne deviendra pas un adulte homosexuel", poursuit-il. De la même manière, cela n'est pas parce que votre garçon veut mettre des robes qu'il est homosexuel. "Il faut rappeler qu'une orientation sexuelle évolue tout au long de la vie, certains ont des changements d’aiguillage à 40-50 ans : en d'autres termes, si elle commence effectivement à se mettre en place à cet âge-là, elle peut varier. Par ailleurs, il faut sortir de cette idée que vouloir être une fille préjuge de l’orientation sexuelle. Actuellement, j'ai comme patient un jeune homme trans qui veut devenir femme et qui reste attiré par les femmes. L'identité et l'orientation sexuelle sont deux champs différents qui peuvent se superposer mais pas de façon systématique. De plus, j'observe de plus en plus d’ados qui se disent non-binaires, ni filles ni garçons, désirant modifier leur identité comme leur apparence. La vraie différence, c’est qu’aujourd’hui tout devient possible. Un clic sur l’ordinateur et on a de la testostérone, on peut en prendre sans passer par un médecin. Tout cela pour dire que, dans la société du futur, l’apparence physique deviendra un accessoire." Et que, demain, ces questions ne se poseront sans doute plus ?

Preuve que la société change, évolue, mute comme nous le souligne le pédopsychiatre : "Pour voir l’évolution de la société, prenez un film comme Trois hommes et un couffin (1985), qui a connu un énorme succès dans les années 80. Tout le monde s’esclaffait de voir des hommes s’occuper de bébés, c’était complètement inédit, improbable pour l'époque. Aujourd’hui, c'est devenu la norme." 

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