Votre bande d'amis peut-elle résister au temps comme celle des "Petits mouchoirs" ?

Psycho

AMIS POUR LA VIE - L’amitié se définit comme une affection réciproque, un attachement mutuel entre deux ou plusieurs personnes. Mais, au sein d’un groupe, comme dans "Les petits mouchoirs" et sa suite "Nous finirons ensemble", en salles ce mercredi, peut-elle réellement durer ?

Selon une étude récente parue dans le British Journal of Psychology, qui a suscité un flot d'ironie sur les réseaux sociaux, "les individus intelligents se portent mieux lorsqu’ils ont moins d’amis – ou moins d’interactions avec leurs amis". Mais selon le psychiatre Sébastien Garnero, sollicité par LCI, les relations d’amitié sont bien "à l’origine du bonheur, de l’épanouissement et du partage avec les autres, permettant de se sentir soutenu quand tout s'écroule et de lutter contre ce terrible sentiment de solitude". 

Les résultats d'une autre étude, menée pendant plus de sept décennies aux Etats-Unis sur plusieurs centaines de participants régulièrement interrogés au cours de leur vie, notamment sous la houlette du psychiatre Robert Waldinger, appuient ces propos : en matière de bien-être selon elle, "les participants des groupes les plus heureux et en meilleure santé sont ceux qui ont développé au fil du temps et de leur vie des relations affectives proches et intimes avec d’autres, que ce soient au niveau des relations amicales, amoureuses ou au sein de leurs communautés respectives." Heureux comme Crésus ou intelligent comme Einstein, c'est à vous de choisir. Guillaume Canet, lui, a tranché. Nous finirons ensemble, en salles ce mercredi, soutient cette idée selon laquelle rien ne vaut cette belle amitié durable entre amis de longue date et une vie amoureuse riche et constructive pour la santé et le bonheur. 

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On "choisit ses amis"

Cette suite des Petits Mouchoirs s'inscrit (sans la moindre surprise) dans le sillage des autres films de bande d'amis, cherchant à déterminer le lien unissant des gens diamétralement opposés les uns des autres au sein d'un groupe solide, mais mis à rude épreuve par des vicissitudes. Max (François Cluzet), va fêter ses 60 ans, mais il n'a pas le cœur à faire la fête, car il doit vendre sa maison de vacances. Mais ses amis ne l'entendent pas de cette oreille, et lui font une surprise en réapparaissant comme par magie, au moment où il s'y attendait le moins.

Le groupe d'amis a en effet bien des vertus, d'autant que contrairement aux cercles familiaux, professionnels ou nationaux, il est le fruit d’un choix, souligne auprès de LCI le docteur en psychologie Benjamin Thiry : "Généralement, l’individu choisit de fréquenter telle ou telle personne en fonction de critères personnels. Le groupe d’amis permet dès lors d’affirmer et de développer son autonomie. Il permet aussi de construire une nouvelle facette de son identité, facette qui peut être plus ou moins éloignée de son identité professionnelle par exemple. Chaque nouveau groupe est donc une opportunité de renégocier une partie de son identité." De quoi donner envie de faire des cœurs avec les mains et de regarder un film de Marc Esposito... Mais, avec le temps qui passe et les vicissitudes du quotidien, l'amitié peut-elle réellement perdurer ?

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La difficile entrée de la "pièce rapportée" dans le groupe

Force est de constater que les gens changent, évoluent, et que les amitiés ne sont pas toujours aussi têtues qu'on l'imagine. Au sein d’un groupe, il arrive parfois que cette évolution ne soit pas forcément acquise, certains préférant rester dans le même archétype, dans l'image que l'on avait de l'autre depuis le début de l’amitié : "Dans le cas d’un groupe d’amis stable dans le temps, la place de chacun a généralement tendance à l'être aussi", poursuit  Benjamin Thiry. "Par exemple, ce sont souvent les mêmes personnes qui proposent des initiatives nouvelles, les mêmes qui s’y montrent enthousiastes, les mêmes qui les contestent, etc. Les rôles de chacun participent à l’équilibre du groupe et donc à sa permanence. Bien entendu, certains groupes sont plus rigides que d’autres en fonction des personnalités en présence ou des contextes environnants. Le groupe d’amis étant généralement choisi, l’individu maintient son lien avec le groupe tant que ce dernier renvoie une image qui le valorise suffisamment." En d'autres termes, un individu qui ne se sent plus reconnu dans son groupe d’amis aura tendance à le quitter.

Tout changement de mythe fondateur induira un risque de dissolution du groupe. Si les anciens membres du groupe ne se reconnaissent plus dans le nouveau mythe, ils le quitteront.- Benjamin Thiry, docteur en psychologie

Sans oublier ce qui modifie considérablement l'équilibre du groupe : les "+1" (les fameuses pièces rapportées qui peuvent ou non s'accorder au groupe), les bébés qui ne laissent plus une seconde de répit… "Tout nouvel individu dans un groupe d’amis induit une période de rééquilibrage des relations et donc une remise en question des identités de chacun", poursuit le docteur en psychologie. "Les groupes ont besoin de se reposer sur un mythe fondateur, c’est-à-dire une histoire qui les rassemble (par exemple avoir vécu des expériences communes, admirer un même artiste ou une même équipe sportive). Chaque individu doit se sentir raccroché à ce mythe fondateur afin de se sentir appartenir au groupe. Lorsqu’une nouvelle personne y entre, elle doit prendre position par rapport à ce mythe : soit elle y adhère et peut rejoindre le groupe, soit elle le rejette et le quitte ou entreprend de le modifier afin qu’il corresponde à ses attentes. Or, tout changement de mythe fondateur induira un risque de dissolution du groupe. Si les anciens membres ne se reconnaissent plus dans le nouveau mythe, ils le quitteront."

Ainsi, les groupes stables n’apprécient généralement pas les changements de routine : "Un groupe qui se réunit une fois par an devra trouver un nouvelle équilibre s’il se réunit une fois par semaine. Chaque groupe a ses rites et coutumes routinières en lien avec le mythe fondateur. Se réunir dans un autre endroit (par exemple en vacances à l’étranger) est un changement de routine. C’est une épreuve que le groupe doit traverser car la place de chacun pourrait être remise en cause."

En somme, il s'agit d'une question d'équilibre, qu'un rien peut ébranler : "Il est très malaisé d’aller à l’encontre des dynamiques naturelles souvent inconscientes des groupes qui se font et se défont", constate Benjamin Thiry. "Une loyauté exacerbée à un groupe peut amener beaucoup de souffrances chez les personnes qui le composent. Le groupe perd alors sa fonction de reconnaissance valorisante et de prise d’autonomie, pouvant s’apparenter à une famille de laquelle on ne peut s’échapper. Il n’est dès lors plus un groupe d’amis qui choisissent de se voir ou pas. Il n’est plus synonyme de plaisir ni de liberté."

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