Peur, sang-froid, humour... Pourquoi réagit-on différemment face au coronavirus ?

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PSYCHOSE - Depuis l’apparition des premiers cas de coronavirus en décembre dernier en Chine, une panique générale se propage dans le monde, et notamment en France depuis quelques jours. Pourtant, certains arrivent encore à garder la tête froide. Pourquoi sommes-nous si différents face à une peur largement irrationnelle ? On a posé la question au psychiatre Antoine Pelissolo...

Gels hydroalcooliques en rupture de stock dans les pharmacies, masques volés dans les hôpitaux, ruée sur les denrées non périssables dans les grandes surfaces… La France, comme de nombreux autres pays, vit depuis quelques jours sous le régime de la peur avec l'avancée du coronavirus sur le territoire. Et malgré les tentatives des professionnels de santé pour apaiser les craintes, rien n'y fait. Cette panique ne cesse d’augmenter. Mais pourquoi certains s'y révèlent-ils plus sensibles que d'autres ? 

Pour le professeur Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil, "Il y a plusieurs éléments qui se téléscopent. Déjà, on n'est pas tous égaux devant la peur et l'anxiété. Dans la nature humaine, il y a de grandes différences de sensibilité aux émotions, ce qui veut dire qu'on ne perçoit pas tous le danger de la même façon et qu'on n'y répond pas de la même manière. C'est pour ça que dans la population, il y a plein de profils différents. Cela dépend notamment de la constitution de chacun, de l'histoire personnelle, de l'éducation, des événements traumatiques vécue", nous explique-t-il.

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Sale temps pour les hypocondriaques

Pour autant, avance notre spécialiste, les cabinets de psy ne sont pas pris d'assaut : "C'est plus difficile pour les personnes qui sont déjà anxieuses, cela va se rajouter à leurs peurs, mais elles ne viennent pas nous voir pour ça. Enfin, pas encore"..., souligne-t-il. Selon lui, le problème viendrait surtout du caractère très marquant de la communication faite autour de ce virus, avec une médiatisation des cas les plus graves. "Cela ne fait qu'amplifier les risques aux yeux des anxieux, dit-il. Car finalement, le nombre de morts n'a pas d'importance, en signaler un seul suffit à faire peur. Quelles que soient les statistiques, cela n'a plus aucune valeur pour quelqu'un qui raisonne de son point de vue, avec ses angoisses". 

"La répétition est également anxiogène, poursuit Antoine Pelissolo. On en parle tous les jours, du matin au soir dans les médias, et autour de soi. Résultat, c'est comme si c'était encore plus fréquent que ce que l'on dit. Par ailleurs, plus on parle de quelque chose, plus ça rapproche de soi, plus on se sent exposé, toujours selon cette grille de lecture qui nous est propre". Résultat, il ne fait pas bon être hypocondriaque par les temps qui courent. "Cette population va évidemment être plus touchée, ainsi que les personnes qui ont des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) liés à la propreté et à l'hygiène, confirme le psychiatre. Et puis, quand on parle d'épidémie, de virus, de quelque chose qui s'attrape, c'est un sujet difficile pour les anxieux. Ils ont l'impression que ça peut être partout, que ça touche leurs activités quotidiennes. C'est en fait un peu le pire de ce qu'on peut redouter quand on craint d'être malade, parce que c'est impalpable, c'est dans l'air. C'est le fantasme de l'épidémie qui a toujours existé et qui se réveille aujourd'hui, comme avant avec la peste ou plus récemment avec le sida".

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L'incertitude et l'inconnu nourrissent toutes les angoisses.- Antoine Pelissolo, psychiatre

Comment les autorités peuvent-elles juguler cette peur ? "Il faut que les pouvoirs publics continuent à communiquer comme ils le font, notamment afin de déconstruire les fausses informations, parce que l'incertitude et l'inconnu nourrissent toutes les angoisses, analyse Antoine Pelissolo. Pourtant, alors que cette maladie a fait son apparition début décembre, en trois mois, on en sait déjà beaucoup plus sur ce virus que pour bon nombre d'autres épidémies. Il faut donc à tout prix relativiser cette notion d'incertitude. Et dès qu'on en sera un peu plus sur le taux de mortalité, cela pourra permettre aussi de relativiser".

Sauf que depuis le week-end dernier, la tension est montée d'un cran. Au moment où l'on dépassait la barre symbolique des 100 cas en France et qu'apparaissaient à la télé les premiers spots de prévention du Ministère de la santé, les achats de gels hydroalcooliques et de savons se sont mis à flamber. Le gouvernement ne gère donc plus seulement une crise sanitaire mais aussi une crise psychologique : "C'est ce qu'on appelle la panique collective", souligne notre spécialiste. 

"On anticipe les choses et cela fait boule de neige. On voit les autres acheter des denrées non périssables, donc on se dit que s'ils le font, c'est qu'ils ont de bonnes raisons, et comme on ne veut pas passer en dernier, on fait pareil", poursuit-il, ajoutant que c'est humain, mais souvent basé sur de mauvaises informations, mal transmises. "Personne n'a jamais dit que l'on allait manquer de telle ou telle denrée. Ça se joue avant tout dans l'inconscient collectif, puis on est entraîné par les autres. C'est la même chose avec l'essence : si vous voyez des gens faire la queue à la station service, vous vous dites que ça risque de manquer et vous les imitez. Sauf que c'est comme ça que vous créez la pénurie. Là aussi, on est dans l'irrationnel", argumente-t-il.

Les gens en quarantaine, moins inquiets ?

Pourtant, paradoxalement, les gens en quarantaine apparaissent beaucoup moins inquiets que ceux qui se trouvent à l'extérieur, à l'image de ce médecin contaminé par le coronavirus après un rassemblement évangélique et confiné à Bernwiller (Haut-Rhin) avec sa femme et leurs quatre enfants. "Ils sont confrontés à la réalité, alors que ceux de l'extérieur n'ont que la perception des choses. On peut théoriquement mettre à distance, relativiser, mais ce n'est pas possible quand le niveau d'angoisse est trop important. Impossible dans ces cas-là de faire le tri", prévient Antoine Pelissolo.

Alors, comment font ceux qui arrivent à se détacher ? "Ils se réfèrent davantage à une information qui a pu être transmise, qu'ils peuvent relativiser et à laquelle ils s'accrochent. Cette attitude correspond plus à une partie de la population qui sait contrôler ses émotions. Cela sera facilité par une bonne connaissance des risques réels. Et c'est ça qu'il faut favoriser, c'est la bonne stratégie", assure le psychiatre.

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L'arme de l'humour

Reste aussi l'arme de l'humour. Comme cette vidéo venant de Chine, et diffusée sur YouTube, où des soutiens-gorges sont par exemple utilisés comme masques de protection. Ou encore cette chaîne de supermarchés belges qui a eu l’idée de proposer une offre promotionnelle à ses clients. "Le vaccin du moment : 2 Corona achetées, 1 Mort Subite offerte", est-il écrit à côté des deux marques de bière, selon une image partagée sur Twitter. Une publicité qui a depuis été retirée des rayons.

"Heureusement, je pense qu'il y a toujours une phase où ça s'apaise un peu. En pratique, on a tous une tendance à interpréter les choses de manière un peu négative. Pour relativiser, il faut se dire que ce n'est pas parce qu'on en parle beaucoup que c'est plus grave ou que ça va vous toucher plus gravement. Il faut vraiment à chaque fois en revenir aux chiffres réels", indique Antoine Pelissolo. 

Et pour mieux enfoncer le clou, le psychiatre s'empare de l'image des accidents d'avion." Beaucoup de personnes ont une peur panique de l'avion, et on a beau leur dire qu'il y a très peu d'accidents, la gravité de l'événement fait que ça augmente dans leur esprit le risque que ça peut leur arriver. C'est la même chose pour le coronavirus, ce n'est pas parce que les mesures prises sont spectaculaires que vous êtes plus en danger", conclut-il.

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