La météo influe-t-elle vraiment sur la qualité des vacances ?

La météo influe-t-elle vraiment sur la qualité des vacances ?
Psycho

Y A PLUS DE SAISON - Constater avec dépit que des nuages sombres se profilent dans le ciel peut ruiner des vacances d'été. Mais pourquoi, alors que nous sommes censés tout oublier pendant cette période de repos, accorde-t-on tant d'importance à la météo ? Un psychologue nous éclaire.

En été, il y a le ciel, le soleil et la mer. Le refrain que l'on entend dans une célèbre chanson mélancolico-estivale des années 60 signée François Deguelt. Mais parfois, il arrive que le soleil manque et, alors, une autre chanson, des années 70 cette fois, hurlée par Nicoletta ("Il est mort le soleil") prend le relais. Le vacancier fulmine : à défaut d'une éclatante éclaircie prompte à le doper de sérotonine et de vitamine D, il passe ses vacances d'été avec d'affreux nuages noirs au-dessus de sa tête, quand il ne s'agit pas de pluie drue tendance chutes du Niagara. 

Se rendre sur la plage avec un parapluie, impossible pour Abricot26, confiant son besoin de soleil sur un forum de discussion : "Pour moi, il est inconcevable de ne pas rester à la plage toute la journée pendant mes vacances d'été" assure-t-elle. "Quand je ne vais pas faire bronzette, je mets du monoï et je vais régulièrement faire des UV. Du coup, apprendre à la météo qu'il va y avoir des nuages le lendemain ou pire, la pluie, ça devient insupportable pour moi, je m'ennuie, je déprime. Rendez-moi mon soleil". Nous sommes fort nombreux dans ce cas de psychose à chaque bulletin de météo et pour cause, comme chacun sait, le soleil permet tout bêtement d'avoir le moral pendant les villégiatures et, par notre recherche absolue de contact avec la lumière, de nous épargner la déprime saisonnière. Une absence de beau temps nous inciterait de fait à penser que l'on rate ses vacances, d'autant que l'absence de bronzage, signe ostensible qu’une personne a bien profité de ses vacances, menace de susciter un sentiment de mal-être social.

Lire aussi

La joie du rayon de soleil après la pluie

Néanmoins, au-delà de ce diktat sociétal voulant qu'un teint hâlé soit le signe d’un été réussi, ne pas supporter le mauvais temps pendant ses vacances d'été revêt en réalité des raisons plus archaïques. Une hyper-sensibilité au climat qui ne date pas d'hier, selon le psychologue Benjamin Thiry, contacté ce lundi 19 août par LCI : "Le rapport que les hommes entretiennent avec les conditions climatiques s'avère en fait un héritage millénaire, souvent inconscient. N'oublions pas que, pour survivre, les premiers êtres humains devaient s’adapter à des contextes naturels parfois très difficiles. Petit à petit, ils ont trouvé des solutions pour survivre et être moins dépendants des aléas extérieurs. Traditionnellement, le froid, la neige, la pluie, les tempêtes mènent l’être humain à trouver un refuge qui l’isole du monde extérieur et induit un repli centripète sur son espace de vie. A contrario, les températures clémentes l'invitent à s’ouvrir sur le monde extérieur, à découvrir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes, à commercer, etc." 

En d'autres termes, il nous est insupportable de devoir agir en été comme si nous étions en hiver. En nous, se produit un dérèglement intérieur causé par ce dérèglement extérieur, comme si nous étions au diapason ("à temps maussade, je suis d'une humeur maussade").

Lorsque l’été s'avère morose, froid ou pluvieux, il provoque une frustration car il force le mouvement centripète à l’intérieur du logement - Benjamin Thiry, docteur en psychologie

Rien de pire alors que de ne pas remplir ses missions de découverte, de ne pas se donner rendez-vous avec les autres en terre inconnue : "Un climat dont les températures oscillent entre vingt et trente degrés Celsius sont propices à un mouvement de type centrifuge héritier de la curiosité d’homo sapiens à découvrir de nouveaux lieux et vivre de nouvelles expériences. Du coup, lorsque l’été s'avère morose, froid ou pluvieux, il provoque une frustration car il force le mouvement centripète à l’intérieur du logement, sa propre maison ou celle qu'il a louée, sa chambre d'hôtel." 

Que dire alors à un vacancier anéanti par une journée de mauvais temps ? Il peut se consoler en prenant son mal en patience, profiter des siens différemment en faisant des jeux de société, se dire en passant que se surexposer au soleil, c’est aussi augmenter le risque de cancer de la peau. Et donc faire montre de sagesse, se résoudre à penser que lorsqu'une accalmie se produira le lendemain, la joie n'en sera que plus intense, tel l'effet d'un rayon de soleil après la pluie. Et la cigale de se mettre à chanter : sous le soleil, désormais, exactement !

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter