"Plus la rentrée approche, plus la tristesse grandit" : d’où vient la mélancolie de la fin d'été ?

JT 13H - Avant que les joies des vacances ne deviennent de lointains souvenirs, les aoûtiens profitent de leurs deniers jours de repos.
Psycho

SPLEEN – La fin des vacances approche tout doucement, sans faire de bruit… et vous la ressentez secrètement. Pourquoi, quand surgit le crépuscule de l’été, sommes-nous tous en proie à cette fichue mélancolie ?

C'est un phénomène qui a souvent lieu mi-août, lorsque la rentrée approche en silence. Vous éprouvez une sorte de langueur, une paresse doublée d'un chagrin dont vous ne saisissez pas l'origine. "Plus la rentrée approche, plus la tristesse grandit" raconte cette internaute, évoquant le léger trouble, pas désagréable mais persistant, qui l'assaille intérieurement. Ne cherchez pas plus loin, il s'agit de la mélancolie. Pas au sens littéral, pas cette "bile noire" des Grecs qui empêche par exemple de se lever le matin, de bouger, de parler, de mettre un pied devant l'autre, dans un état extrême de prostration. Mais bien ce beau sentiment diffus, chéri par Baudelaire, Dürer et autres Nerval, qui correspond, selon la définition de Victor Hugo, à la "joie d'être triste". 

La question a beau être naïve, elle se pose : d'où vient ce spleen ? Selon la psychologue Laurie Hawkes, sollicitée ce mardi 20 août par LCI, "la mélancolie se révèle toujours au soir de l'euphorie, émergeant pour tout ce qui se termine d’agréable" : "Une de mes patientes disait : 'j’ai le syndrome de la fin. Dès que j’arrive quelque part, je pense à la fin qui va venir et je suis triste', il s’agit là d’une sorte de tristesse à la perspective d’une fin qui serait à la fois humaine et plutôt belle. Ceux qui n’éprouvent pas ce sentiment-là sont peut-être un peu coupés de cela, se lançant immédiatement à la fin de l'été dans une activité intensive pour éviter de sentir cette tristesse - c'est ce que l’on appelle en psychologie la "défense maniaque", soit une défense contre une dépression primaire. Mais c’est quand même très rare. On ressent tous ce vague à l'âme". Soit cette idée de percevoir le crépuscule, la fin d’une joie qu’il faut se résoudre à conjuguer au passé.

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Ce spleen passager vient aussi du fait qu’à la fin des vacances, il y a en réalité une multitude de fins : "C’est la fin de l’été et donc la fin de tout ce qui constitue cette saison : fin de la chaleur, de la douceur, des jours longs, des feuilles, des fleurs… Fin des vacances elles-mêmes, fin de tout ce temps libre, de la liberté. Fin de temps passés avec des gens qu’on voit beaucoup moins le reste de l’année — on quitte le groupe de copains peut-être, les parents, les cousins…" 

Avec toutes ces fins d’oisiveté et de flânerie, s’engage alors la perspective de reprendre le collier et donc ses obligations, ses contingences inhérentes à la vie en société : "Les parents verront moins les enfants car ils rentrent tard —et les enfants sont tristes de ne bientôt plus beaucoup les voir même s'ils seront ravis de retrouver leurs copains."

Alors pour contrer le vague à l’âme, que faire ? Des conseils à dispenser afin de ne pas sombrer dans la neurasthénie ? "Je dirais d’abord de ne pas refuser cette tristesse, elle est douce, aussi, en écho à cette phrase 'Parting is such sweet sorrow' ("Partir est un si doux chagrin"), que Juliette dit à Roméo chez Shakespeare parce qu’il doit partir de sous son balcon. Il ne faut pas la craindre, elle n’a rien d’anormal, et elle ne nous fera aucun mal. Il faut savoir qu’elle passera, que l’on se réjouira bientôt de reprendre le cours de notre existence. Ce qui fait le prix de la parenthèse des vacances, c’est justement qu’il s’agit d’une parenthèse." Soit le glas d'une parenthèse enchantée qu'il faut accueillir comme un signe de notre humanité, de notre attachement, de notre poésie. 

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