Pourquoi aime-t-on tant colporter des rumeurs ?

Pourquoi aime-t-on tant colporter des rumeurs ?
Psycho

L’ŒIL DU PSY - Dans la vie de tous les jours, la rumeur gronde, enfle, fait des dégâts. Pourtant, tout le monde y goûte, y cède voire la répand, même inconsciemment. Un psychologue nous explique d'où vient cette fascination humaine pour les ragots.

On dit la détester en public et, pourtant, on n'y échappe pas. Pire, on adore ça en secret : la rumeur, cette "nouvelle de source incontrôlée" comme la définissent les dictionnaires, se répand comme une traînée de poudre. On l'introduit le plus souvent par la fameuse phrase : "Ne le répète à personne, je vais te dire un secret...". Et une heure plus tard, vous pouvez être sûr que tout le monde en est informé, sans même savoir s'il s'agit du lard ou du cochon. 

De la rumeur découlent parfois d'hallucinantes légendes urbaines, ces histoires insolites voire pittoresques qui circulent dans nos sociétés modernes, comme cette fameuse "rumeur d'Orléans", datant de la fin des années 60, qui laissait entendre que les cabines d'essayage de plusieurs magasins de lingerie féminine de la ville étaient en fait des pièges pour les clientes, et qu'elles risquaient d'y être endormies par des injections hypodermiques pour être enlevées et livrées à un réseau de prostitution. Une rumeur qui a d'ailleurs pris un tour rocambolesque lorsque l'on prétendit que des clientes disparues étaient prises en charge par un sous-marin remontant la Loire !

Depuis, inutile de préciser qu'Internet a donné une caisse de résonance aux rumeurs les plus délirantes : "Aujourd'hui, il n’a jamais été aussi facile de colporter petites histoires et gros ragots qui foisonnent sur la Toile, et il est bien difficile d’y voir clair", constate le psychologue Samuel Comblez, sollicité par LCI. "A tel point que des outils mathématiques commencent à apparaître, qui permettent de retracer automatiquement le cheminement des informations vraies ou fausses. Il existe aussi beaucoup de sites permettant de tester la véracité des rumeurs et il est forcément jouissif de constater que ces systèmes se cassent les dents ou passent à côté d’une rumeur ayant été colportée. Ce n'est plus par le bouche-à-oreille, mais par la puissance et la rapidité des réseaux sociaux qu’elles se diffusent en quelques clics. La facilité technique contribue à lancer ces rumeur, car quoi de plus facile de le faire qu'en étant caché derrière un pseudo ?"

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Faire taire une rumeur, c'est aussi l'alimenter

La vraie question, c'est de chercher à savoir pourquoi - et surtout, dans quel intérêt - on aime tant à raconter des histoires, a fortiori si elles sont fausses. "Parce que cela nous fait plaisir de constater le pouvoir que nous avons lorsque nous voyons que notre entourage, voire le monde entier, adhère à la rumeur que nous avons lancée", estime le psychologue. "Nous sommes seuls à savoir séparer le bon grain de l'ivraie. C’est une forme de manipulation qui, a petite ou grande échelle, ne peut apporter que satisfaction et plaisir". La rumeur, poursuit-il, "est coriace de nos jours. Vouloir la faire taire revient à l’alimenter et donc à la faire grossir. Ne pas lutter contre lui permet d’être assurée d’une longue vie. Celui qui la lance est donc souvent assuré d’être à l’origine d’une création qui fera une belle carrière. Lancer une rumeur permet d'avoir l'impression de faire partie du jeu médiatique et de tout ce qu'il peut comporter d'excitant."

Certes, mais à part répandre la peste et provoquer des effets collatéraux chez les personnes incriminées, d'où vient cette appétence à lancer des boules puantes ? "De l’enfance, doux temps des mensonges", répond le psychologue. "La petite excitation de se faire découvrir doit certainement nous manquer parfois quand nous devenons adultes, et nous allons la rechercher en allant inventer de fausses rumeurs. Celles-ci attirent l'attention car elles sont en général incroyables et créent l'étonnement. Les lancer, les colporter, c'est attirer la lumière sur soi. Quand on est en manque de reconnaissance, la rumeur est un bon palliatif". Le problème, c'est qu'il s'agit d'un mal humain et que tout le monde aime à les connaître (comment expliquer sinon le succès toujours vivace des magazines people ?). 

Que faire pour s’en protéger et ne pas céder au réflexe pavlovien de les colporter ? Penser aux trois filtres de ce cher Socrate qui, il y a environ 2300 ans, aidaient déjà à traiter l’information : la vérité, la bonté, l’utilité. Soit, comme l'écrivait le philosophe grec, "si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier."

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