Pourquoi certains sont-ils incapables de s'excuser ?

Psycho

AVOUÉE, PARDONNÉE... - Vous avez dit une parole blessante, vous avez secrètement envie de demander "pardon" mais présenter vos excuses tient de la mission impossible. Qu'est-ce qui bloque ?

Pour certains, rien ne semble plus naturel que de s'excuser, de dire pardon, de reconnaître ses torts, d'avouer sa maladresse... afin de maintenir une relation durable avec autrui et de ne pas rompre pour une simple bévue. Pour d'autres, en revanche, admettre une erreur se révèle une tâche ardue, voire impossible, et ce envers quiconque (conjoint(e), collègue de travail, ami d'enfance...). Mais que cache ce comportement inflexible face à une faute commise ? 

Plusieurs explications, selon Valentin Flaudias, psychologue et Docteur en neurosciences sollicité par LCI. Tout d’abord, il y a l’individu qui a une faible estime de lui-même et doute souvent de ses décisions. Soit un sentiment complexe à gérer émotionnellement : "Une solution pour lui consiste à toujours se convaincre qu’il a raison de prime abord, comme un moyen de défense et de protection de son estime qui en fait est moins importante qu’il semblerait. Il va donc laisser paraître une forte estime de soi alors que ce n’est pas vraiment le cas". De quoi corroborer cette étude australienne parue en 2013 selon laquelle, effectivement, ne jamais dire "pardon" serait bon pour l'estime de soi. Un mot difficile à prononcer, comme le chantait Elton John ("Sorry seems to be the hardest word" 🎶).

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Une image de perfection à véhiculer

D'autres "handicapés des excuses" sont également à distinguer, comme celle ou celui qui a au contraire une très forte estime de elle ou lui-même, et a fortiori de son opinion : "Pour eux, il est impensable d'avoir tort et donc si un problème apparaît, ce ne peut pas être de leur faute", commente le psychologue, assimilant l’immodeste à une personnalité narcissique. 

Plus complexe encore : l’individu qui a une estime de soi plutôt dans la norme, mais que le contexte autour oblige à montrer une estime de soi importante. Dans cette catégorie-là figurent nos responsables politiques, incapables de se montrer dans l’échec et, par extension, tous les métiers où la communication est importante, où la concurrence est forte : "Le 'personnage' que doit renvoyer le politicien est celui de quelqu’un de sûr de lui, car les personnes ne soutiendront pas et n’auront pas confiance en une personne qui commet des erreurs." D’où une certaine image de la perfection à véhiculer.

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Impossible alors pour ceux travaillant dans ces métiers "communicants" de faire amende honorable ? "Si mais, selon leurs codes, les excuses doivent vraiment se faire de manière parcimonieuse, en soulignant l’idée qu'ils ont voulu bien faire. On peut prendre l'exemple d'Apple et de ses iPhone bridés : ils se sont excusés, mais en soulignant qu'il s'agissait de prolonger la durée de vie de l’appareil en protégeant sa batterie."

S'autoriser le droit à l'erreur

À l'inverse, selon le psychologue, ceux qui passent leur temps à s'excuser sont dans le même excès dommageable que ceux qui ne s'excusent jamais. Au fond, à force de s’excuser de tout, plus rien n’a de valeur : "Dire désolé en permanence sous-entend une faible estime de soi, avec une difficulté d’affirmation de soi", assure-t-il. "Le manque de confiance en soi amène à toujours se remettre en question et à privilégier les causes internes (donc imputables à soi) des échecs, plutôt que des causes externes (donc imputables aux autres ou à l’environnement), et l’inverse lors de réussites. Cependant, tempère le psychologue, cela peut aussi être une stratégie plus ou moins consciente d’adaptabilité face à une personnalité plus narcissique. Ce sont alors des excuses non sincères, mais qui permettent de ne pas se froisser avec un autre individu plus susceptible." 

Quoi qu'il en soit, un sincère, solennel et bien senti "je suis désolé" reste toujours très apprécié par la personne que vous avez (involontairement ou pas) blessée. Cela démontre que vous n’êtes pas infaillible, que vous tenez à elle, que vous êtes responsable de vos actes et que vous avez encore le droit à l’erreur, comme n’importe quel être humain. 

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