Pourquoi la sexualité de nos parents nous dérange autant

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TABOU - A tout âge, un enfant peut être embarrassé à la simple idée d'imaginer ses parents (des adultes comme les autres, après tout) entretenir une activité sexuelle. Mais pourquoi tant de gêne ?

Ciel, mes parents font l'amour ! Chaque enfant "comprend" à un moment donné, au seuil d'une porte fermée à clé ou en entendant des secrets d'alcôve, que ses chers et tendres parents aiment roucouler dans un lit. Il saisit aussi, par la force des choses, que non, il n'est pas né dans un chou, dans une rose ou par la grâce d'une cigogne, et perd au passage un peu de son innocence. 


Mais souvent, ce que l'enfant "imagine sans voir" devient un immense mystère. "Il y a beaucoup de secrets et de cachotteries de la part des adultes sur ces questions, de rougissements de peau quand une question indiscrète intimide. Et ça, les enfants le perçoivent très bien", souligne auprès de LCI Samuel Comblez, psychologue de l'enfance et de l'adolescence. 

Les enfants n’ont pas envie d’imaginer que leurs parents ont une relation aussi physique, aussi sauvage, aussi corporelleSamuel Comblez, psychologue

En grandissant, l'enfant acquiert cette idée que la sexualité fait partie de la sphère intime de ses parents, qu'elle ne regarde qu'eux. Mais pourquoi cette intimité continue-t-elle malgré tout de le gêner ? Pourquoi l'image des parents se retrouve-t-elle soudain écornée à ses yeux ? "Tant que l'enfant n’a pas la réponse exacte, son imaginaire travaille et, soudain, en devenant le témoin involontaire de ces rapports intimes entre adultes parsemés de cris et autres gémissements, il se sait né du rapprochement physique entre deux personnes qui se trouvent être ses parents, explique Samuel Comblez. Or, pour lui, ses parents ne sont pas des animaux, et comme cela ne correspond pas à son schéma de pensée, cet embarras peut s'imposer chez lui comme une forme de protection." Le sexologue Patrick Papazian évoque, lui, la théorie freudienne "qui renvoie à la scène primitive ou originaire, la scène impossible à fantasmer pour l’enfant de sa conception, du rapport sexuel entre ses parents qui lui a donné vie." 

D'autres formes d'embarras

D'autres raisons peuvent expliquer ce "trouble" chez l'enfant, notamment la conscience qu'une autre forme d'amour existe sans lui : "Le tout-petit imagine durablement que ses parents sont uniquement tournés vers lui et ne peuvent se satisfaire d’aucune autre forme d'amour. La conscience d'une sexualité donne soudain à réaliser que ses parents forment un couple et qu'il n'est pas leur seul et unique amour", relève Samuel Comblez.


Autre motif : la naissance possible d'un "complexe" - le psychologue compare les rapports sexuels des parents à "une prouesse olympique pour l’enfant, qui a le sentiment de ne pas pouvoir courir le marathon comme ses parents le font." Ou encore la perspective, en tant qu’être humain, que l'enfant aura un jour à vivre cette sexualité, et ce à un âge où il la considère comme "sale" : "Quand vous regardez un film en famille avec des jeunes enfants, voire des adolescents, il arrive souvent que, devant une scène de baiser échangé entre deux adultes, ces derniers éprouvent du dégoût. C'est la preuve qu'il leur reste des étapes à parcourir en terme de développement psychique, avec un besoin de se laisser aller sur le plan hormonal. Ce n'est que par la suite, quand la puberté a fait son travail, qu'il y a la découverte du sentiment amoureux, puis l’envie sexuelle. Il faut attendre des années pour avoir cette envie de partager son intimité, de mélanger les corps, et comprendre cette sexualité des parents." 

Ne pas rendre la sexualité taboue

Le pédopsychiatre Marcel Rufo juge très sain le fait que l'enfant ait "peur de la sexualité pour, plus tard, l’assumer" : "les enfants deviennent pudiques, c’est nécessaire", affirme-t-il. Le psychologue Samuel Comblez nous confirme de son côté que l'apprentissage d'une pudeur "permet d’évoluer, autorisant l'enfant à avoir un jardin secret pour partager les choses avec les personnes qu’il a choisies." 


En d'autres termes, tout est affaire d'évolution. D'où la nécessité de la part des parents de répondre aux questions des enfants sans rendre la sexualité taboue : "Les parents, même dans les familles libérées, ont tendance à repousser le moment d'aborder la sexualité avec leur enfant et souvent, ils réalisent que c'est un peu trop tard parce qu'ils ont fait leur éducation sexuelle ailleurs, constate le psychologue. Or, pour parler de sexualité aux enfants, des mots simples, choisis en fonction de l'âge, existent. Et comme pour beaucoup d’autres thématiques importantes de la vie (une adoption, un deuil, un secret de famille…), plus un sujet est évoqué tôt, plus il sera facile à aborder, puis à approfondir."

Une fois adulte, l'enfant réagit différemment : "Il est en âge de comprendre que ces rapports sexuels constituent au contraire un baromètre de bonne qualité dans la relation parentale", assure le psychologue. "Plus jeune, c'était différent, le critère du jeune enfant était autre, il utilisait plutôt la fréquence des sorties, l’absence de disputes, des moments qui pouvaient paraître anodins pour les adultes et qui étaient essentiels pour lui". Mais la gêne peut toutefois demeurer, liée à deux tabous, celui de la sexualité des seniors et celui de l'inceste : "La scène sexuelle pourrait être excitante et, du coup, mettre l’enfant puis l’adulte face à l’interdit de l’inceste s'avère très dérangeant, explique à LCI le sexologue Patrick Papazian. Et cet embarras marche dans les deux sens, les parents étant eux aussi sont souvent mal à l’aise avec la sexualité de leur enfant (même quand celui-ci est adulte). Et puis, c’est l’origine de sa vie, donc l’enfant même devenu adulte a du mal avec cela : de même qu’on ne veut pas imaginer sa mort, on ne veut pas imaginer le tout début de sa vie !". Des conflits qui ne se résolvent pas facilement...

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