Oui, dire pardon peut réellement faire du bien

Psycho

ABSOLUTION - La première journée internationale dédiée au pardon a lieu ce mercredi 18 septembre. L'occasion de poser une question : quelles sont les vertus de cet acte incitant à prendre de la hauteur ?

Pardonner à celle ou celui qui vous a chiffonné, blessé, trahi, déçu, anéanti ? Impossible. Pourtant, nombreux sont ceux qui vantent les vertus de cet acte libérateur. De tout temps. La philosophie, les religions, les amis, les oracles, les films, les séries, Elton John ("sorry seems to be the hardest work", qu’il chantait)… Tout le monde vous le dira : pardonner ne peut que faire du bien. Une notion de plus en plus torpillée par notre capacité contemporaine à céder aux jugements hâtifs, ceux des réseaux sociaux par exemple, et justement célébrée ce mercredi dans le cadre de la première journée internationale qui lui est consacrée, un événement laïc lancée par l'Association Pardon International dans 20 pays différents. Le dessein : guérir les cœurs engourdis par la tristesse.  

Une étude australienne parue en 2013 soutenait que ne jamais dire "pardon" serait bon pour l'estime de soi, mais on peut aussi se référer à cette autre, parue en 2016 dans la revue Journal of Health Psychology, selon laquelle pardonner serait bon pour la santé, en protégeant des troubles physiques et psychiques liés au stress. Comme nous le rappelle le psychologue Valentin Flaudias, pardonner ne signifie en tout cas pas s’excuser pour tout et rien, s’écraser face à l’autre : "Pardonner est une force, là où dire pardon à tire-larigot sous-entend une faible estime de soi, avec une difficulté d’affirmation de soi ou alors une stratégie plus ou moins consciente d’adaptabilité face à une personnalité plus narcissique. Des excuses non sincères, mais qui permettent de ne pas se froisser avec un autre individu plus susceptible."

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Pardonner, c’est donc faire montre de sagesse, de hauteur de vue… et bien sûr, l’acte demande un travail sur soi. Peu aisé en effet de rouvrir ce que l’on pensait révolu ou ce sur quoi nous avions tiré un trait. La grande vertu du pardon ? Réécrire ce passé. Sans effacer l’histoire ni passer pour un ravi de la crèche amnésique, il aide à ne pas laisser à vif la blessure provoquée et à faire en sorte qu'elle prenne moins de place, qu'elle s'estompe... 

Mais facile à dire, dur à appliquer. Celle ou celui qui accorde le pardon garde quand même une distance, le fameux "Je lui ai pardonné, mais...". Un "mais" qui dénote, assurant que pour vous, "pardonner" ne rime pas avec "oublier", que quelque chose reste coincé en travers de la gorge, empêchant d'être réellement en paix – cet autre et sa déconvenue restent ancrés dans votre tête, comme le vélo qui tourne pendant que vous dormez. 

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Faire la paix avec soi-même

Comment faire alors pour réellement pardonner et passer à autre chose ? Se dire que le pardon reste pour soi, pas pour l’autre. Le célèbre chercheur en psychologie Martin Seligman propose un processus en cinq étapes pour réussir cette étape, ce qu’il appelle le REACH. Soit R pour "rappel" (essayez de vous rappeler de la façon la plus objective possible votre souffrance), E pour "empathie" (essayez de comprendre les raisons qui ont poussé cette personne à vous blesser), A pour "altruisme" (souvenez-vous d’une situation où vous avez commis une faute et où l’on vous a pardonné), C pour "commit", soit "engagement" en français (par un acte écrit, dans une lettre que vous adressez par exemple, engagez-vous à pardonner), H pour "Hold Into", soit "persévérer" en anglais (il s’agit de persévérer dans le pardon, chaque fois que la souffrance revient, et ainsi à terme de mieux vivre un souvenir douloureux). A noter que le pardon est plus facile à atteindre lorsque la personne qui a provoqué notre souffrance éprouve des regrets. Mais ce n’est, il est vrai, pas toujours le cas. Si le pardon n’est pas une force naturelle en soi, alors il ne faut pas hésiter à se faire aider pour tirer un trait sur ce passé poids-mort et regarder, enfin, l’avenir. 

Pensons enfin à Antoine Leiris, l'auteur de la lettre "Vous n'aurez pas ma haine", postée sur les réseaux sociaux trois jours après le 13 novembre 2015 où il a perdu sa femme, ou encore à Marianne Pearl, veuve de Daniel Pearl, ce journaliste du Wall Street Journal assassiné au Pakistan par des forces islamistes en 2002, pour comprendre le sens profond du mot "pardon". Dans le film Un cœur invaincu de Michael Winterbottom, qui raconte son histoire, après que la cassette vidéo de l'exécution sauvage du journaliste eut été rendue publique, on voit un reporter de CNN demander à la veuve si elle a regardé la cassette en question. "Comment osez-vous me demander ça ?", lui répond-elle. "C'est ignoble", avant de quitter la pièce. Cinq ans plus tard, lors de la présentation du film au Festival de Cannes en 2007, un journaliste américain a pris la parole : "C'est moi qui vous ai posé cette question", a-t-il avoué. "Pourriez-vous me pardonner ?" "J'accepte vos excuses", a-t-elle répondu. Soit la définition exacte du pardon, sortir grandi de ce qui vous tue. 

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