Qu'est-ce que la "sexomnie", cette forme de somnambulisme sexuel méconnue et taboue ?

Qu'est-ce que la "sexomnie", cette forme de somnambulisme sexuel méconnue et taboue ?

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TERREUR NOCTURNE - La "sexomnie", soit la "sexualité somnambule", est une pathologie rare, reconnue chez certaines personnes souffrant de troubles du sommeil. Une maladie qu'il importe de prendre au sérieux et qui, dans sa forme la plus extrême, fait vivre un enfer à ceux qui en souffrent et à leur partenaire.

C'est un trouble rare et méconnu du sommeil. La "sexomnie" qui, comme son nom l’indique, traduit le fait d’avoir envie de sexe tout en dormant, peut aller de l'exhibitionnisme aux troubles du comportement involontaires et inconscients (érection, masturbation frénétique, mouvements du bassin et gémissements explicites, pénétration…). 


Comme un somnambule, le sexomniaque dispose en effet d’une forme de conscience onirique, et sa confusion se révèle accrue lorsqu'il a consommé de l’alcool ou de la drogue. Dans les cas extrêmes, une personne "sexomniaque", soit 8% des personnes touchées par des troubles du sommeil si l'on en croit une étude canadienne réalisée en 2010 auprès de patients dans ce cas, peut s’en prendre à son/sa partenaire brusquement, en pleine nuit et à son insu, en mimant l’acte sexuel. 

Les hommes plus concernés que les femmes

Le "sexomnie" demeure un sujet tabou dans le couple, provoquant un état de réelle souffrance pour le sexomniaque comme pour celui ou celle qui partage ses nuits. Une jeune femme de 26 ans témoignait ainsi l'an dernier auprès du magazine suisse Femina : "Mon ami m’a réveillée en pleine nuit, m’a peloté les seins et le sexe assez brutalement, sans un mot, puis s’est frotté contre moi avant de se rendormir. J’étais trop surprise et choquée pour réagir. A son réveil, il n’était visiblement pas conscient de ce qu’il avait fait."


Rien à voir, donc, avec l’expression d’un quelconque fantasme. La "sexualité somnambule reste une vraie maladie", confirme à LCI la neurologue Isabelle Arnulf. Une pathologie qui, chez les personnes touchées par des troubles du sommeil, toucherait davantage les hommes (11%) que les femmes (seulement 4%), selon les résultats de l'étude canadienne déjà citée. Et qu'il importe de traiter avec une extrême précaution, en raison de l’ambiguïté qu’elle revêt. 

La question du consentement

Dans son traitement médiatique, la "sexomnie" ne doit en aucun cas rimer avec sexualité épanouie. Pour la neurologue, "la sexomnie s’avère très grave, conduisant à des violences sur mineurs et générant une très grande honte des personnes atteintes". Certaines affaires de viol ou d’attouchements incestueux portées devant la justice ces dernières années se sont en effet soldées par un acquittement pour cause de "sexomnie" - les avocats et médecins l'ayant prouvée par les enregistrements du sommeil troublé de l'accusé. 


Il faut donc éviter la moindre confusion entre un "sexomniaque", qui n’est pas un monstre humain, et un "violeur" qui utiliserait consciencieusement cette pathologie pour se faire passer pour une victime de ses pulsions. Et se garder aussi d'entretenir une banalisation de la culture du viol, comme le soulignait à raison le témoignage de cette étudiante publié en 2014 par Rue89


Pour autant, il n’est pas question de juger le "sexomniaque" en souffrance. Aussi, comment l'aider ? "Le premier réflexe à adopter, explique Isabelle Arnulf, c’est de consulter en centre spécialisé, dans un service des pathologies du sommeil susceptible de traiter narcolepsie, hypersomnie et syndrome de Kleine-Levin, et qui proposera alors une thérapie comportementale, parfois un traitement par antidépresseur." 

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