Rêve lucide : comment peut-on parvenir à prendre le contrôle de ses songes ?

Psycho
RÉVEILLEZ-VOUS ! - Durant un "rêve lucide", celui qui sommeille a conscience d'être en train de rêver. Un psychanalyste spécialiste du langage du rêve nous éclaire sur cet étrange phénomène.

Une vidéo sur les "rêves lucides" proposée par nos confrères de "Brut" a suscité un vif émoi au moment de sa parution fin mai  : elle révélait entre autres qu'il est possible de "contrôler ses rêves", que 80 % de la population fait un rêve lucide au moins une fois dans sa vie, et même que certains en font toutes les semaines (environ 2 % de la population). "Pendant un rêve normal, nous pensons vivre les choses de façon réelle. Un rêveur lucide, lui, sait qu'il est en train de dormir", expliquait-elle.


Est-ce que, comme l'affirme cette vidéo, les "rêves lucides" existent réellement ? Tristan Moir, psychanalyste spécialiste du langage du rêve, nous assure que ce "phénomène existe bien : chacun y est confronté durant son sommeil". "La plupart du temps, développe-t-il, ceux qui font des rêves lucides (qui sont donc conscients de rêver) se réveillent. Mais ils peuvent aussi être témoins passifs de leur rêve en le laissant se dérouler de lui-même, ou alors ils peuvent essayer de le contrôler pour produire un rêve extraordinaire ou prolonger un rêve agréable." 

Ludique ou thérapeutique

Il faut selon lui distinguer deux formes de "rêves lucides" : le "rêve lucide ludique" et le "rêve lucide thérapeutique". "Le rêve lucide ludique suggère que chacun est maître de son inconscient, le contrôle, produit ce qu'il en veut. Essayer de le faire réclame beaucoup d’efforts et dépend de la réceptivité des personnes. Mais la méthode que je préconise reste celle du rêve lucide thérapeutique, de manière exceptionnelle, consistant à induire le contenu d’un rêve récurrent qui serait cauchemardesque. J’invite les personnes qui en souffrent à prendre conscience qu’elles sont en train de rêver et à affronter le contenu désagréable, à voir ce dont il s’agit, plutôt que de se réveiller ou de s’enfuir."


Un exemple précis de rêve lucide à vertu thérapeutique ? Le psychanalyste cite les rêves de poursuite, où la technique est la plus efficiente : "La personne suivie se sent impuissante mais le danger est plus souvent supputé que réellement vu. Ce sont des croyances qu'elle a, soit celles d’être suivie, harcelée... Je l'invite alors à se retourner, à devenir lucide pendant le rêve et à regarder ce qu’elle fuit. A ce moment-là, tout change car elle s'aperçoit qu’il s’agit d’un visage familier ou alors qu’il n’y a rien, que ce qu’elle prenait pour un poursuivant n'en est pas, et elle arrive à identifier ses peurs." 


Une méthode qui marche, selon l'onirologue, et qui, surtout, se prépare : "Il faut programmer son rêve le soir avant de dormir, se dire 'je vais rêver de telle chose' et induire une inflexion particulière dans le rêve ayant le pouvoir d’en changer le contenu. Je préconise une petite séance de respiration avant de s’endormir, une méditation, un apaisement du mental, une induction des images qu’on souhaite voir apparaître. Au bout d’une semaine, le rêve lucide se produit."

Comment expliquer que l'on parle de plus en plus aujourd'hui de ces "rêves lucides ludiques" ? "Le songe est la dernière terra incognita", constate Tristan Moir. "Si les gens s'y intéressent de plus en plus, c'est tout simplement une mode, un peu comme le 'voyage astral' dans les années 80, cette forme de dérive de la décorporation, soit sortir de son corps pour se promener un peu partout." "Dans notre époque où tout doit être transparent, poursuit-il, il n’y a plus beaucoup d'occasions de rêver dans la vie réelle. Alors on veut rêver différemment, plus intensément, et profiter de la magie du rêve avec la toute-puissance infantile." 


Mais le psychanalyste recommande d'éviter le rêve lucide hors contexte thérapeutique : "Il faut laisser l’inconscient s’exprimer et non de le contrôler", conclut-il. 

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