Ejaculation précoce : "Les couples osent enfin en parler"

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ENDURANCE - L'éjaculation précoce suscite bien des questions chez les hommes qui en souffrent. Alors qu'une enquête Ifop sur ce sujet tabou est publiée ce mardi, le sexologue Patrick Papazian nous livre ses conseils pour contrer l'angoisse qu'elle peut générer.

Dans l'inconscient collectif, faire durer un rapport serait une vertu associée la virilité. Une enquête IFOP, commandée par la plateforme Charles.co (dédiée à la santé sexuelle des hommes, elle lance un parcours de soins dédié aux éjaculateurs précoces) et réalisée auprès de 1957 hommes, montre que l’incapacité à contrôler son éjaculation est non seulement un phénomène répandu constituant une cause de rupture conjugale largement sous-estimée par la gent masculine, mais aussi qu’elle reste un sujet tabou pour les hommes, dans leur relation de couple comme dans leurs rapports avec le corps médical. 

Selon l’étude, 80% des hommes admettent n’être déjà pas parvenus à se retenir de jouir avant leur partenaire au cours de leur vie, et 71% reconnaissent avoir éjaculé trop rapidement lors d’un coït durant les douze derniers mois. Ils sont une majorité (59%) à avouer avoir déjà éjaculé au moment de la pénétration ou peu après (dont 20% récemment), et près d’un tiers (31%) à admettre avoir éjaculé avant même de pénétrer leur partenaire.

Retarder son éjaculation demande un peu de travail et d’entraînement, il n'y a rien d’anormal- Patrick Papazian, sexologue

Un trouble sexuel qui peut avoir des conséquences graves sur le couple, souvent sous-estimées par les hommes : 30% des femmes ayant déjà eu une relation avec un éjaculateur précoce déclarent ainsi y avoir mis fin pour cette raison, alors que seuls 15% des hommes ayant eu ce type de problème estiment qu’une de leurs partenaires a déjà rompu avec eux à cause de cela. Pour François Kraus, directeur du pôle "Genre, sexualités et santé sexuelle" à l’IFOP, "si l’importance accordée aux problèmes d’éjaculation précoce reflète une salutaire prise de conscience du plaisir féminin, elle est aussi le symptôme d’une survalorisation de la sexualité coïtale dans l’épanouissement conjugal qui va de pair avec un culte de la performance sexuelle masculine trop souvent mesurée à l’aune de simples critères comme la capacité à avoir une érection et à durer."

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Selon le sexologue Patrick Papazian, l’éjaculation précoce est effectivement un  problème de plus en plus fréquemment soulevé en consultation : "Les hommes, les couples osent enfin en parler. Il semble aussi que la prise en charge devenue beaucoup plus simple des problèmes d’érection libère la parole sur les ceux d’éjaculation." Le sujet reste néanmoins d'après lui plus facilement abordé par les femmes, "souvent compréhensives et cherchant à ne pas culpabiliser leur compagnon". "Il faut déjà expliquer, poursuit-il, que le réflexe éjaculatoire est programmé pour être rapide : dans les temps anciens pendant un coït, l’homme était vulnérable et pouvait être attaqué (par un ennemi ou un prédateur), il devait donc jouir le plus vite possible. L’idée de 'se retenir' est arrivée assez tardivement en Occident, et je cherche avant tout à déculpabiliser les hommes en leur expliquant qu’il s’agit d’un apprentissage, pour lutter contre la nature, et que retarder son éjaculation demande un peu de travail et d’entraînement, il n'y a rien d’anormal."

Quels conseils pratiques donner à ceux qui en souffrent ? "Les préliminaires peuvent aider à gagner du temps en permettant à la partenaire de se rapprocher de l’orgasme plus rapidement, les positions qui stimulent moins le pénis peuvent être préférées - cela dépend de chaque homme ! -, de même qu’un préservatif qui peut diminuer un peu les sensations. Il existe aussi des exercices à faire tout seul dans un premier temps, destinés à identifier les signaux précurseurs de l’orgasme pour 'calmer le jeu' quand il arrive. De même que le contrôle des muscles du périnée chez l’homme (car, oui, l’homme aussi a un périnée) peut aider à mieux retarder son éjaculation". Enfin, conclut Patrick Papazian, "quelques trucs médicamenteux peuvent exceptionnellement aider (crème anesthésiante ou médicament spécifique de l’éjaculation précoce, d’efficacité très modérée et coûteux car non-remboursé…) mais, généralement, information, réassurance et travail personnel permettent d’améliorer la situation."

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