Hors des films, un schizophrène peut-il vraiment avoir une vingtaine de personnalités ?

Psycho

IDENTITÉ MORCELÉE - Dans "Glass", en salles ce mercredi, l'acteur James Mc Avoy incarne un schizophrène possédant 24 personnalités dont une, surnommée "La bête", qui terrifie toutes les autres. De la pure fiction ? On fait le point avec une psychothérapeute.

Dans Glass de M. Night Shyamalan, en salles ce mercredi 16 janvier, l'acteur James McAvoy reprend le personnage qu'il jouait dans Split, un psychopathe possédant 24 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune. On le qualifie dans le film de "schizophrène", comme on qualifiait de "schizophrènes" des personnages voyant double (et plus si affinités) dans Fight Club, Lost Highway, Identity ou encore Black Swan. Mais le cinéma donne-t-il une définition juste de la schizophrénie ? Est-ce que cette maladie, qui touche autant les hommes que les femmes, se résume simplement à avoir un dédoublement de la personnalité ? 

Anne-Victoire Rousselet, psychothérapeute en TCC (Thérapie Comportementale et Cognitive) et auteure de Mieux vivre avec la schizophrénie, nous assure qu'il s'agit d'une "erreur de scénariste" glissée dans l'imaginaire collectif : "Les gens pensent que les schizophrènes sont des psychopathes comme dans les films. Mais il faut vraiment arrêter avec ce cliché du schizophrène aux personnalités multiples, dont les patients sont eux-mêmes victimes car il entraîne une stigmatisation. Or, être schizophrène, ce n’est pas nourrir des personnalités multiples mais nourrir des altérations de la perception, donc percevoir des choses qui ne sont pas vraies, assimilables à des intrusions dans le cerveau d'informations, ou entendre des voix. Quand on parle de schizophrénie, c’est une erreur, il faudrait parler de troubles schizophréniques, et ce n'est pas une réalité partagée avec les autres". 

On peut tous faire des expériences psychotiques, schizophréniques, paranoïaques… mais cela ne fait pas de nous des schizophrènes- Anne-Victoire Rousselet, psychothérapeute en TCC

La psychothérapeute souligne que le schizophrène est très différent du paranoïaque, plus "stable" en apparence, dont on le rapproche parfois. "Les idées délirantes du schizophrène ne sont pas structurées, explique-t-elle : il peut penser un jour que les autres le persécutent (ce que l'on appelle la "schizophrénie paranoïde") ou encore, comme un de mes patients, qu'il y a des caméras embarquées sur des pigeons contrôlés par la pègre. Mais le lendemain, il oublie son délire, se révèle accordé avec la société. Ce qui incite à tordre le cou à un autre cliché sur les schizophrènes, infiniment plus vulnérables que dangereux. Le paranoïaque, lui, propose une cohérence dans le délire, celui-ci est plus organisé, très proche du délire de persécution, et il ne lâche rien."

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Selon Anne-Victoire Rousselet, près de 1 % de la population générale française pâtit de ce trouble mental. Mais sommes-nous tous à l’abri ? "On peut tous faire un jour ou l'autre des expériences psychotiques, schizophréniques, paranoïaques… mais cela ne fait pas de nous des schizophrènes, assure-t-elle. On a tous eu des hallucinations auditives ou des hallucinations hypnagogiques (soit halluciner juste avant de s’endormir) ou éprouvé un sentiment de persécution (penser que tel collègue nous fait la tête parce qu’il ne nous a pas dit bonjour, par exemple). Chez ceux qui souffrent de troubles schizophréniques, cette angoisse est présente en permanence. N'importe quel événement peut devenir source d'angoisse. Se rendre chez son médecin, prendre les transports, partir en voyage… tout cela est problématique. Bref, ce qui fait que l'on devient schizophrène, c’est réellement l’intensité et la fréquence de ces symptômes." 

La schizophrénie, qui se déclare généralement chez les hommes entre 15 et 25 ans et chez les femmes entre 25 et 35 ans, s'explique à "85% par des facteurs génétiques" d'après la psychothérapeute : "Si vous avez cette base génétique et donc un parent atteint de troubles schizophréniques, il ne faut pas paniquer, vous pouvez très bien ne jamais déclarer la maladie tout en ayant une vulnérabilité à cette maladie. Une fragilité psychique comme le stress psychologique peut la déclencher. Tout comme un événement traumatique ou encore la consommation de cannabis." 

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