Elle touche les enfants comme les adultes : souffrez-vous de la peur de l’abandon ?

Psycho

ANGOISSE - Le film "Rémi sans famille", sorti en salles mercredi, joue sur les peurs enfantines et en particulier sur celle de l'abandon, qui touche souvent les tout-petits et peut perdurer à l'âge adulte. Comment naît-elle et comment en venir à bout ? Des psys nous éclairent.

Adaptation ciné du roman Sans famille d’Hector Malot, Rémi sans famille, en salles depuis mercredi, raconte les mésaventures d’un enfant vendu par ses parents adoptifs à un saltimbanque. Soit la trajectoire épique d'un jeune orphelin à travers laquelle le jeune spectateur affronte ses peurs, notamment celle, répandue, d'être abandonné par ses propres parents.  

Mais comment naît-elle, au juste, chez l'enfant, cette angoisse de la séparation ? "Elle prend naissance dans l’incapacité biologique du nouveau-né à assurer les débuts de sa propre survie et l’état de dépendance absolue à l’autre", nous répond la psychologue Mi-Kyung Yi. "L'enfant et sa mère ont vécu neuf mois en symbiose, la naissance va provoquer une première séparation", poursuit Bernadette Lemoine, auteure de Maman ne me quitte pas. D'où la nécessité que les futures séparations entre la mère et l'enfant se passent bien, en faisant en sorte, ajoute la psychologue, que 'le cordon ombilical psychique, affectif, perdure malgré tout" : "Pour se sentir heureux, l’enfant a besoin de se sentir lié à sa mère tout en devenant autonome. Au début, elle a veillé nuit et jour sur lui, puis diverses occasions de séparation vont se présenter (crèche, école…)." Et c'est généralement à ce moment-là que les choses se compliquent...

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Une suite de séparations

"Si les premières séparations n’ont pas été bien verbalisées et préparées, alors l’enfant va perdre ce lien de confiance qui va du coup s’abîmer, voire se casser", explique Bernadette Lemoine. "Et tout son comportement va révéler une souffrance abyssale, déclenchant différents troubles. Soit il va être allergique à toutes les séparations, soit il va au contraire tout le temps s’accrocher à quelqu’un pour ne pas être seul, soit il va refuser d'accorder sa confiance aux autres." 

Une peur de l'abandon qui peut aussi, selon le psychiatre Antoine Pelissolo, "être transmise dans l’éducation, dans la manière de se comporter face à ses enfants dans des situations de stress" et qui, lorsqu'elle perdure au-delà d'un certain âge, chez les enfants de 8-9 ans, se traduit par des signes physiques d'anxiété, des troubles du sommeil, de l’insomnie, "au point que la perspective de voir les parents s'éloigner quelques heures ou d’aller dormir ailleurs devient compliqué".

S’il reste une douleur, il y a eu dans l’imaginaire un sentiment de vulnérabilité- Antoine Pelissolo, psychiatre

Comment expliquer qu'elle perdure ainsi ? "Une séparation ou une maltraitance peuvent être à l'origine de ce trouble persistant. Mais d'autres événements en apparence mineurs dans la réalité (les parents absents de temps en temps par exemple) peuvent en être la cause, ayant pris une dimension démesurée chez l'enfant qui n'a pas été accompagné, à qui l'on n'a rien expliqué, à qui il a manqué une proximité rassurante, éclairante", nous assure le psychiatre. En d'autres termes, l'enfant n'a pas trouvé de sécurité affective dans son environnement : "S’il reste une douleur, il y a eu dans l’imaginaire un sentiment de vulnérabilité". 

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Une angoisse qui peut perdurer chez l'adulte

Se pose aussi la question de la peur de l'abandon une fois adulte. Parfois, certains en souffrent sans le savoir et ne savent pas d'où vient ce manque en eux : "Chez l'adulte, cette peur se révèle plus inconsciente, souligne Bernadette Lemoine. Si chez l'enfant, les troubles du sommeil constituent les premiers signes de l’angoisse de séparation (grosso modo, il surveille si ses parents sont toujours là), chez l'adulte, c'est la peur panique de la solitude qui s'exprime. Elle atteint alors des hommes et des femmes qui ne supportent pas cet état, vont se mettre en couple avec n’importe qui et qui, s'ils ou elles tombent sur un pervers narcissique, ne voudront pas quitter leurs bourreaux de peur de se retrouver seuls". 

Est-il malgré tout possible d'en venir à bout ? La réponse est oui mais "la route est longue", prévient Antoine Pelissolo : "La personne en souffrance doit travailler sur elle-même, plonger dans ses souvenirs, traduire le ressenti émotionnel de ce qui s’est passé dans son enfance. Surtout, elle doit être très bien accompagnée et il doit retrouver des liens affectifs sécurisants pour vaincre sa vulnérabilité." 

Selon Bernadette Lemoine, "une thérapie, qui va durer longtemps, s'impose. Pour ce faire, il faut absolument que le thérapeute soit bien au courant de la nature de cette angoisse de séparation, si possible qu'il comprenne ce qui l’a provoquée dans la petite enfance. Cela ne se règle pas d'un coup de baguette de magique: si elle peut être résolue en quelques minutes chez un très jeune enfant, elle nécessite plus de temps et de moyens à mesure qu'on grandit. Le mieux est de s'y attaquer le plus tôt possible." 

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