Ultra-connectés, narcissiques, accros au porno... Ces clichés qui font entrer tous les jeunes dans le même moule des "millennials"

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STÉRÉOTYPES - Les médias décrivent souvent les "millennials" comme "insouciants, nonchalants, hyperactifs, ultra-connectés"... Mais ces jeunes nés entre la fin des années 1970 et celle des années 2000 répondent-ils réellement à ces critères ou s'agit-il de clichés éhontés ? Un livre désamorce (brillamment) les préjugés les plus tenaces.

Dans le monde de l'entreprise, ils sont encore parfois scrutés comme des mutants et, dans la presse, ils ont tendance à être englobés dans le même sac. Les "millennials", tous pareils, vraiment ? C'est la question que pose Vincent Cocquebert, rédacteur en chef du magazine Twenty, dans son livre Millennial Burn-Out: X, Y, Z... comment l'arnaque des générations consume la jeunesse (disponible depuis vendredi aux éditions Arkhé). Le journaliste s'est rendu compte, au contact de ses jeunes rédacteurs, que rien ne collait réellement avec cette définition de la jeunesse française : "Le plus grand des stéréotypes, c’est de nous faire croire que la jeunesse est uniforme, tout le temps à l’avant-garde des mouvements économiques et sociétaux", assure-t-il à LCI. 

Les "millennials" vouent une haine profonde aux autres "millennials". Dans le détail, ils sont 85 % à utiliser un adjectif négatif pour évoquer leur génération.Vincent Cocquebert, auteur de "Millennial burn-out"

Et si le tableau de la jeunesse française était plus complexe et que le terme "millennial" tant cité n'était qu'un leurre ? C'est le postulat que prend Cocquebert dans son livre, clouant au pilori les lieux communs réduisant cette jeunesse autant séduite que redoutée à une vision marketing (le terme "millennial") pour mieux la dominer. Avec lui, nous avons passé en revue les clichés les plus répandus à l'égard de cette "génération Y" née entre la fin des années 1970 et celle des années 2000.

NON, les jeunes ne sont pas instinctivement "digital native"

"Pourquoi l'arrivée des "millennials" oblige 99% des entreprises à se réinventer", clame Challenges. Des mots que l'on retrouve souvent dans les médias, comme si seuls les géants de la Silicon Valley avaient le bon profil pour séduire les nouvelles générations. "Les idées reçues que nous cultivons autour d'elles ont beaucoup à voir avec le fantasme des 'digital native', pointe Vincent Cocquebert. Comme ils sont nés en pleine démocratisation de l’ordinateur personnel, ils seraient uniformément des cadors de l’informatique. En réalité, ce mythe des "digital native" semble avoir été bien utile comme levier de changement, pour justifier, par exemple, la numérisation de l’ensemble des services publics. Pourtant, 21 % de ceux qu’on appelle les "abandonnistes" (soit ces individus qui, au moins une fois dans l’année, ont laissé tomber une démarche car elle exigeait un recours numérique) font partie de cette fameuse techno-génération..." Pas tous des Steve Jobs en puissance, donc.

NON, les jeunes ne passent pas toute la journée sur YouPorn

Certes, les "millennials" sont issus d'une génération connectée et, en deux clics, il est possible à "nos jeunes" de trouver n’importe quel porno. Selon nos confrères de RTL citant une enquête Ipsos, "21% d'entre eux "regardent du porno au moins une fois par semaine". Cet accès libre a-t-il une incidence sur leur sexualité ? "La réalité n’a pas grand-chose à voir avec ces discours transformant le monde en "sexodrome" géant, ce serait même plutôt tout le contraire" constate Vincent Cocquebert. Dans son livre, il cite même une étude de la société américaine Viacom constatant que si la génération X privilégiait le sexe, les "millennials", eux, préféraient de loin l’amitié (58 %) devant l’amour (40 %) et les rapports sexuels de qualité (30 %). Des propos appuyés dans le livre par la philosophe Olivia Gazalé : "Ce que j’observe de mon côté, c’est qu’ils ont beau être saturés d’images pornographiques, les plus jeunes sont aussi très fleur bleue dans la vie, comme s’il y avait un retour de balancier un peu pudibond". En somme, malgré les discours sur le libertinage ambiant, la fidélité reste considérée comme une norme de réussite du couple pour 84 % des individus (ils n’étaient que 72 % à le penser en 1981)."

NON, les jeunes ne sont pas adeptes de slashing (accumulation de plusieurs jobs)

On accole souvent le terme "slasher" à celui de "millennial". Mais kézako le "slasher" ? C'est celui qui, selon les médias, est en train de révolutionner notre façon de travailler en cumulant plusieurs emplois. Dans son livre, Vincent Coquebert cite une enquête internationale de 2016, basée sur 19.000 individus issus de cette fameuse génération Y et répartis dans 25 pays, confirmant que l'argent et la sécurité de l'emploi constituent les deux facteurs déterminants dans le choix du travail." Soit un tableau très très éloigné des aspirations de slashing tant vantées par les médias et les hommes politiques eux-mêmes. 

NON, les jeunes ne sont devenus des monstres de narcissisme avec les réseaux sociaux

On dit les "millennials" accros aux selfies et aux notifications sur leur smartphone, vivant dans leur bulle narcissique 2.0. "Génération Y, génération narcissique", comme le titrait en 2015 nos confrères du "Point". Sont-ils réellement des monstres d'égoïsme, pis que les générations précédentes ? "Les études de synthèse nuancent le constat d’un narcissisme qui irait en augmentant chez les plus jeunes", tempère Vincent Cocquebert. "Une première fois en 2010 et une seconde fois en 2017, le chercheur Brent Roberts a comparé les résultats de 1 200 étudiants qui avaient répondu en 1990, en l’an 2000, en l’an 2010 et en 2017 au questionnaire de "Narcissistic Personality Inventory". Soit une sorte de QCM d’une quarantaine de questions, conceptualisé en 1979, pour tenter de prendre la mesure de l’ego d’un individu. À chaque fois, les résultats de ce professeur de l’université de l’Illinois sont venus infirmer la théorie d’une mégalomanie de masse en pleine expansion. Selon Brent Roberts, ce ne sont pas spécifiquement les ados de la génération X, Y ou Z qui seraient particulièrement narcissiques mais les jeunes en général, ceux-ci étant par définition dans l’âge de la construction de soi où l’on expérimente différentes postures et personnalités en quête d’un insaisissable moi." Comme disait ce cher Socrate, "A notre époque, les enfants sont des tyrans".

NON, les jeunes ne se perçoivent tous sous la bannière "génération Millennials"

Quand les médias titrent sous la bannière "Génération Millennials", comme Les Echos, est-ce réellement le cas ? Est-ce que la jeunesse française se sent uniformément représentée par la chanteuse Louane et le chanteur Kendji Girac ? Vincent Cocquebert note en réalité un rejet massif de l’étiquette "millennials" chez les principaux concernés, les jeunes, et seuls 40 % des 18-35 ans s’identifient à cette étiquette générationnelle : "Mieux encore, cette rhétorique dogmatique a réussi à provoquer un contre-effet de génération. Résultat : les millennials vouent une haine profonde aux autres "millennials". Dans le détail, ils sont 85 % à utiliser un adjectif négatif pour évoquer leur génération. À leurs yeux, leurs congénères peuvent être décrits comme des êtres paresseux (30 %), insouciants (27 %) et égoïstes (20 %) même s’ils se considèrent, à titre individuel, comme travailleurs (39 %), responsables (38 %) et généreux (38 %)."

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